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“Crazy kung-fu”
On peut supposer que si jamais Jackie Chan, Quentin Tarantino, Buster Keaton et Tex Avery devaient se rencontrer pour faire un film ensemble, cela donnerait quelque chose comme Crazy kung-fu, un incroyable délire signé Stephen Chow. Après Shaolin Soccer (mutilé par les distributeurs américains, dit-on), le cinéaste hongkongais revient avec cette histoire d’affrontement épique dans le Shanghai des années 1930, entre le gang des Haches qui règne sur toute la ville et une bande de miséreux habitant un quartier insalubre surnommé “La Porcherie”.
On aura rarement vu des héros plus improbables : un marchand de beignets appelé “Beignet”, un tailleur efféminé que tous appellent “Tailleur”, un portefaix au nom de “Coolie”; tous doivent des mois de loyer à un vieil ivrogne et obsédé sexuel qu’ils appellent “Propriétaire” et ce dernier est marié à “Mme Propriétaire”, une abominable (et adorable) mégère qui distribue les baffes, toujours en robe de chambre avec ses pantoufles, ses bigoudis et sa cigarette au coin des lèvres. Toutes ces petites gens sont des maîtres du kung-fu. Tous, excepté le héros, un escroc pas très doué nommé Sing (Stephen Chow).
Beaucoup ont établi des parallèles entre Crazy kung-fu et les comédies musicales d’autrefois. La présentation du gang des Haches au début du film, est une séquence proche d’un numéro de danse, et les morceaux de bravoure sont accompagnés par une musique bien choisie, mambo des années 30, musique traditionnelle chinoise et même czardas hongrois.
Ce film est baigné de cette grâce qui émanait des comédies musicales, les personnages ayant, avec la violence, les mêmes rapports qu’entretenaient Fred Astaire et Ginger Rogers avec les sentiments amoureux. Il y a aussi cette sensation d’émerveillement pour le spectateur. D’accord, Fred et Ginger dansaient pour de vrai, alors que dans son film, Stephen Chow fait usage de fils invisibles et d’images numériques, véritable plaie du cinéma contemporain.
Seulement, les moyens qu’il utilise, sans réellement innover, sont loin d’être une fin en eux-mêmes. Les morceaux de bravoure sont des références à plus d’un demi-siècle de cinéma populaire occidental et asiatique. On y retrouvera des allusions à Matrix, aux films de Bruce Lee , aux “films de sabre” hongkongais, à l’énergie et l’humour des dessins animés Tex Avery.
Souvent les clichés sont détournés (à bon escient), quelques fois les effets numériques ne sont là que pour la beauté d’une séquence et, surtout, Stephen Chow parvient à démontrer qu’il les utilise uniquement pour son plaisir et le nôtre. La preuve étant ce premier tiers du film. On a l’impression d’assister à l’intrusion de Buster Keaton dans ce que devaient être les films de gangsters hongkongais d’autrefois et, c’est à hurler de rire.
Ce film survitaminé n’est pas toujours maîtrisé ni très équilibré dans son ensemble, mais, alliant le burlesque et la beauté du spectacle, Crazy kung-fu est un divertissement réussi.
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