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“Élargir la gamme d’instruments financiers est une priorité pour Maurice“

21 mars 2007, 00:00

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● <B> Quels sont les traits saillants des systèmes financiers et monétaires des pays émergents par rapport à ceux des économies développées ? </B>

Une des différences fondamentales est que les pays développés ont des marchés financiers plus vastes. On y trouve des bons du gouvernement et des bons émis par des entreprises privées. Il y a aussi des marchés d’actions très sophistiqués.

Il y a une plus grande variété d’instruments financiers disponibles aux institutions financières et aux investisseurs. Il existe aussi d’autres forces. Dans un pays comme Maurice, ces marchés ne sont pas encore mûrs. Dans d’autres pays développés, ils n’existent même pas. Vous ne trouverez pas beaucoup de compagnies cotées en Bourse. Il est assez difficile pour les investisseurs de diversifier leurs portefeuilles avec de différents actifs. Les offres de bons du gouvernement sont limitées. Dans certains pays moins développés que Maurice, les marchés d’obligations de l’État n’existent même pas.

D’ailleurs, les étrangers hésitent à prêter de l’argent à ces pays qui sont très vulnérables aux crises financières qui peuvent déboucher sur de sérieuses instabilités économiques. Mais Maurice se trouve entre les deux extrêmes. Les marchés financiers ne sont pas très grands en raison de la petitesse de l’économie. Elargir la gamme d’instruments financiers est une priorité. Il faut un meilleur mécanisme pour réallouer les risques. La Banque centrale fait des efforts en ce sens.

● <B>Les capitaux étrangers nous rendent-ils plus vulnérables en tant qu’économie en transition ? </B>

L’investissement direct étranger (IDE) ne représente pas un danger. Les IDE sont une source stable de fonds extérieurs et sont très bénéfiques pour améliorer les revenus nationaux, les salaires et la croissance économique. De manière générale, les IDE sont bénéfiques à la fois pour les investisseurs et pour les pays qui reçoivent des capitaux. Il y a un engagement à long terme.

Ce sont les mouvements de fonds à court terme qui peuvent poser problème car les gens peuvent retirer leur argent aussi rapidement qu’ils l’ont investi. Les marchés de capitaux internationaux ne sont toujours bien informés sur la situation dans des pays individuellement. Si une panique se développe dans une région donnée, les investisseurs étrangers auront tendance à quitter le pays où ils ont mis leur argent même s’il n’y a aucun problème sérieux.

● <B>Il y a eu une crise financière dans le Sud-Est asiatique il y a dix ans. Sommes-nous plus exposés à ces risques lorsqu’on est davantage intégré à l’économie mondiale ?</B>

Certes, mais il y a des risques également lorsque vous n’avez pas accès aux capitaux étrangers. Maurice a été dépendant sur le sucre et le textile-habillement. Il est urgent de diversifier la base de croissance. L’apport des IDE et d’autres formes de fonds étrangers est très essentiel dans cette diversification. Il faut un bon équilibre entre les opportunités de croissance et les risques.

La crise financière asiatique était une mauvaise expérience. Toutefois la bonne nouvelle est que nous n’avons pas connu de problèmes similaires depuis. Nous avons vécu une décennie relativement stable malgré quelques secousses en Russie, en Turquie et en Indonésie notamment.

● <B>La politique de taux de change fait débat à Maurice. Avons-nous besoin d’une roupie faible ou d’une roupie forte ? </B>

Des dangers existent à la fois dans une roupie forte et dans une roupie faible. Une monnaie forte provoque des problèmes dans le court terme. Les entreprises ont des difficultés à exporter en raison de la cherté relative de leurs produits.

La valeur en roupies des recettes d’exportation baisse. Les profits des entreprises exportatrices et les emplois sont menacés avec l’appréciation de la monnaie nationale.

D’autre part, lorsque la devise locale chute, l’inflation s’installe avec les prix des produits importés qui prennent l’ascenseur. Deuxièmement, les revenus d’exportation qui sont en croissance peuvent encourager des dépenses additionnelles au sein de l’économie. Les liquidités supplémentaires risquent de créer à leur tour l’inflation de manière plus persistante. Cela ne sert l’intérêt de personne dans le long terme.

● <B>Comment les banques centrales font-elles face à ce dilemme ? </B>

Beaucoup dépend du cadre des politiques qu’on adopte. L’on peut par exemple décider de fixer le taux de change. Une approche dans ce sens serait l’imposition d’un currency board où vous identifier une devise d’un autre pays pour servir de guide au mouvement de votre monnaie nationale.

Vous rattachez (peg) le taux de change de votre monnaie à la devise étrangère. Il s’agit-là d’un système rigide qui est en vigueur dans certains pays.

Par ailleurs, les pays peuvent également choisir de pratiquer une politique de ciblage de l’inflation. Les autorités fixent un objectif du taux d’inflation. Le taux de change évolue de manière à atteindre cet objectif à terme. Il y a des pays qui ont mis en place des cadres monétaires qui sont entre ces deux modèles.

<I>Propos recueillis par</I> Akilesh ROOPUN</B>

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