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Émigrer en Irlande :la filière « études »

14 janvier 2007, 00:00

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Vous souhaitez vous installer en République d?Irlande ? Pour Rs 150 000 à Rs 200 000, certaines agences, engagées dans le recrutement des étudiants pour le compte d?institutions universitaires irlandaises, sont prêtes à tout. Il suffit de s?inscrire à l?institution qu?elles représentent. Si vous parvenez à jouer le jeu, vous renouvellerez alors votre visa d?étudiant jusqu?à l?obtention d?un permis de séjour.

C?est là la filière que choisissent de nombreuses personnes. « Ce sont, pour la plupart, des gens au chômage, qui n?ont pas de bon bagage scolaire et qui n?arrivent pas à joindre les deux bouts ici. Ils espèrent que l?herbe sera plus verte ailleurs, mais beaucoup franchissent le pas sans vraiment savoir ce qui les attend », confie une consultante en éducation tertiaire.

Étudier ailleurs coûte cher, et c?est sans compter les frais prélevés par les agences de recrutement dont les services devraient être gratuits. Ces officines prennent de Rs 5 000 à Rs 15 000 pour traiter un dossier. De ce fait, certaines familles s?endettent jusqu?au cou pour envoyer leur enfant se faire une place au soleil. « Il arrive que ces jeunes, choyés par leurs parents à Maurice, ne s?adaptent pas une fois là-bas. Ils craquent et rentrent au pays », poursuit notre interlocutrice.

D?autres s?efforcent de tenir coûte que coûte, quitte à mendier ou à se prostituer. « Ce n?est pas leur faute, ces personnes ont été mal informées avant de partir. Mais c?est notre réputation qui en prend un coup », explique-t-elle. Le Bureau de l?immigration irlandais s?apprêterait même, selon elle, à fermer les frontières du pays aux Mauriciens en raison de ces problèmes. D?où, peut-être, les méthodes convaincantes qu?utilisent les agences pour tenter de rafler la mise.

Entre-temps, les portes d?entrée pour la République d?Irlande se nomment Med-way College, Dublin Cultural Institute, Grafton College, Griffith College ou Dorset College. Le hic, c?est que les diplômes délivrés par la plupart de ces institutions, à l?exception du Griffith College, ne sont pas reconnus par les autorités éducatives locales (voir plus loin). C?est pourtant un risque qu?environ 7 000 Mauriciens ont pris durant les trois dernières années, estime un recruteur d?étudiants qui ne voit pas d?un bon ?il les agissements « peu recommandables » de ses collègues. Pour lui, ces agences n?ont qu?un but : se faire de l?argent sur le dos de personnes crédules.

<B>Certaines savent user de persuasion</B>

Mais il faut souligner que la plupart de ceux qui frappent aux portes des agences de recrutement ne se préoccupent guère des diplômes. Leur but c?est de fouler le sol irlandais, sous prétexte d?y faire des études, et y rester pour de bon si elles parviennent de s?adapter à leur terre d?accueil. L?en-quête discrète que nous avons menée dans ces agences permet de comprendre que certaines savent user de persuasion.

La première que nous avons visitée se trouve dans un bâtiment commercial de la rue Rémy-Ollier. Les nombreuses affiches et brochures placardées sur le mur des couloirs embrouillent le visiteur plus qu?autre chose. En moins de 45 minutes, cinq personnes, âgées de 30 à 45 ans, sont venues s?informer des possibilités d?émigration.

Dans son bureau, dont la porte est grande ouverte, une jeune femme explique à un couple, apparemment de conditions modestes, quelles sont les procédures à suivre pour s?inscrire à un cours. La femme, qui ne possède qu?un certificat d?études de niveau Form IV, hésite car elle ne maîtrise pas l?anglais. « Pa fer narien ou kapav suiv enn kour angle panda 2 mois isi. Li pou kout ou Rs 10 000, lerla ou pou kapav ale. Ou bizin fer enn ti sakrifis si ou anvi fer progre », lui confie la jeune femme. Cette dernière ajoute que la cliente pourra alors s?inscrire au cours qui lui coûtera le moins cher et travailler à temps partiel. « Les étudiants peuvent travailler 20 heures. Vous pourrez vous arranger pour bosser plus, mais il faudra veiller à ne pas vous faire attraper? »

Arrive alors une jeune femme qui souhaite rejoindre son mari, parti à Dublin il y a deux mois. Fonctionnaire, elle fait face à un dilemme. Elle ne veut pas suivre un cours qui lui reviendrait trop cher, mais souhaite obtenir un congé sans solde de trois ans de son employeur. « Nous pouvons trouver un moyen de faire croire que vous allez vous inscrire pour une licence en sciences. Mais lorsque vous serez là-bas, vous pourrez changer de matière », lui explique la préposée.

Et ces agences sont avares d?informations. Aucune ne nous informe des lois du pays, de ce qui est requis du futur étudiant, de la vie en Irlande, des coutumes, etc. « Pour prendre une telle décision, vous devez avoir toutes les cartes en main. Vous devrez savoir pourquoi vous entamez cette démarche qui vous coûte autant d?argent. Il faut que ce soit une décision mûrement réfléchie », ajoute la consultante en éducation tertiaire.

Deuxième agence, quatre étages plus haut. Le responsable nous accueille avec un sourire. « Pour une personne comme vous, nous vous recommandons un cours en information technology qui vous coûtera 2 500 euros. Cela n?inclut pas les frais d?hébergement, l?assurance médicale et nos frais qui s?élèvent à Rs 15 000 », explique, débonnaire, notre interlocuteur.

<B>Des informations erronées</B>

Au total, les frais, excluant le coût du billet d?avion, s?élèvent à Rs 195 500. Bien sûr, qu?il est possible de travailler en Irlan-de, assure le responsable de l?agence, en précisant que les pubs et restaurants sont toujours à la recherche de main-d??uvre.

Pour attirer les futurs émigrants, certaines agences n?hésitent pas à donner des informations erronées. « Vous pourrez travailler un certain temps en Irlande et rentrer au pays après quatre ou cinq ans. Vous pourrez aussi aller en Grande-Bretagne, si vous avez de la famille là-bas, et y travailler », nous explique une préposée qui, manifestement, ne connaît pas la sévérité des lois britanniques concernant l?immigration. Mais travailler clandestinement comporte des risques, répondons-nous. « Cela dépendra de vous », fuse la réponse.

Et si on ne s?adapte pas, s?il y a un problème de sécurité durant notre séjour en République d?Irlande, que se passera-t-il ? Les agences facilitent-elles le retour des étudiants dans les cas de force majeure ? Les réponses sont plus laconiques les unes que les autres. « Ne vous en faites pas, vous serez en sécurité », ou encore « pourquoi voudriez-vous rentrer ? Lorsque vous commencerez à gagner des euros ou des livres sterling, vous ne voudrez plus revenir à Maurice ».

Ainsi, les agences mettent les bouchées doubles pour attirer le maximum de personnes avant la fin de janvier 2007. À la prochaine admission en avril, débarquer en République d?Irlande ne serait plus aussi facile.

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