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Élever la voix contre la classification communale

3 juin 2005, 20:00

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● <B>Le refus des membres de votre parti d?inclure leur appartenance communautaire sur les formulaires de candidatures a débouché sur le rejet de ces dernières. Vous saviez que cela arriverait. Quel était votre but ? </B>

Avec notre refus, nous avons voulu déclencher un mouvement contre toute forme de catégorisation et de classification des citoyens, candidats et élus.

Nous avons exprimé haut et fort la conscience citoyenne de la grande majorité des citoyens et de la nouvelle génération de notre pays. D?ailleurs, beaucoup de personnes et d?organisations ont manifesté, depuis lundi, leur soutien. Beaucoup de personnes ont même été profondément choquées par le fait qu?une telle obligation existe encore.

Il faut souligner que tous les militants de Rezistans ek Alternativ viennent de Lalit. Depuis 1983, on refuse la classification communale pour participer aux élections générales. Pour les élections en 2000, il y a eu une contestation de Yousuf Mohamed devant la Cour suprême, présidée par le juge Seetulsingh. La Cour suprême, dans le cadre de ses prérogatives et de ses pouvoirs constitutionnels, a tout simplement reclassifié tous les candidats de Lalit et Nuvo Lizour, ce qui a finalement perpétué ce système.

Après ce jugement et après 20 années de contestations que nous avons faites à travers les tirages au sort, qui était une initiative innovatrice et louable, on a pensé qu?il était nécessaire de développer de nouveaux outils pour combattre l?imposition de la classification communale dans les élections. C?est comme ça qu?on a pris la décision de déclencher ce mouvement de refus.

● <B>Certains jeunes membres de votre parti ont expliqué qu?ils étaient incapables de se classifier parmi les quatre communautés de la population. Quel message est-ce que le «Best loser system» (BLS) leur envoie ? </B>

Oui, c?est ce que disent les jeunes candidats de Rezistans ek Alternativ. Ce ne sont pas que pour des raisons d?éthique et de politique que nous refusons de nous classifier mais aussi pour des raisons pratiques. Nous sommes incapables de nous classifier et de déterminer si on est ou pas dans une des quatre «communautés» qui sont mentionnées dans la fameuse first schedule annexée à la Constitution.

En fait, toute cette histoire de classification est absurde et aberrante. Pour un jeune, elle est encore plus erronée. D?un côté, on lui a enseigné le Citizen education à l?école et quand il décide de participer à la vie politique de son pays, il est obligé de se classifier comme du bétail ! Voilà le message que le BLS envoie aux jeunes d?aujourd?hui.

● <B>Le BLS a fait l?objet de nombreuses controverses au fil des années. Pourquoi pensez-vous que ce système n?a pas encore été aboli ? </B>

Parce qu?il y a des «vested interests». D?un côté, il y a ceux des partis politiques traditionnels et, de l?autre, il y a ceux des lobbies communalistes. C?est surtout à cause d?un mouvement politique, le MMM, qui a incarné la lutte anti-communale mais a abdiqué.

Quand le MMM est arrivé au pouvoir en 1982, il a refusé d?éliminer ce système. Après les élections de 2000, le gouvernement MSM-MMM a refusé de mettre cette question dans les terms of reference de la Commission Sachs. Le MMM a essayé de manipuler ces terms of reference en y attachant une de ses propositions . Malgré cela, la Commission Sachs a trouvé que le BLS a fait son temps et qu?il est devenu obsolète. L?agenda du MSM-MMM était en contradiction avec cette recommandation alors il n?y a pas eu ni de réforme électorale, ni de remise en question du BLS.

● <B>Rezistans ek Alternativ a porté l?affaire à la Cour suprême. Où en êtes-vous avec cette action ? </B>

Dans notre motion, on dit essentiellement que la condition qui nous force à nous classifier nous-mêmes, ne peut pas prédominer sur notre droit d?être candidat. Il n?existe d?ailleurs aucune provision ou mention de la question de « communauté » dans la Constitution. Cette affaire aura une portée historique dans l?affirmation de la citoyenneté mauricienne dans les systèmes politique et démocratique.

● <B>Certains pensent qu?un jugement défavorable de la Cour suprême ne ferait que renforcer la légitimité de la «first schedule» de la Constitution. Que répondez-vous à cela ? </B>

C?est quand on ne fait rien qu?on rend un système légitime. Un jugement défavorable démontrera simplement que c?est le système politique qu?il faut remettre en question. On est tout à fait d?accord que les moyens légaux ne suffiront peut-être pas pour venir à bout du BLS. C?est pour cela qu?on demande à tous ceux qui croient dans ce combat d?élever la voix pour contraindre tous les partis à inclure cette question dans leurs programmes.

● <B>Estimez-vous que la Commission nationale des droits de l?homme (CNDH) devrait se pencher sur le BLS qui est, comme beaucoup le disent, discriminatoire ? </B>

Ce serait intéressant de voir si la CNDH, qui est présidée par le juge Seetulsingh, devait étudier les implications du BLS sur les droits humains. La Commission peut faire cela de sa propre initiative si elle le juge nécessaire. On peut voir les entorses aux droits de l?homme rien qu?avec ce qui est arrivé aux membres de Rezistans ek Alternativ.

● <B>Dans son rapport, Albie Sachs avance que le BLS a créé une conscientisation politique qui a mené à l?élimination de toute référence à la communauté dans le recensement de la population. êtes-vous d?accord avec cette conclusion ? </B>

Non. Comme je l?ai dit auparavant, c?est le produit d?une période de notre histoire. En fait, c?est la lutte contre le communalisme et le BLS qui a mené à l?élimination de la classification communale dans le recensement !

● <B> Sachs a également conclu que le BLS a fait son temps et qu?il devient contre-productif. Quelle devrait donc être la marche à suivre à partir de là ? </B>

Nous pouvons adopter un BLS non-communal qui vise à rétablir la représentativité des courants politiques. On peut faire le BLS devenir son contraire !

● <B>Ne pensez-vous pas que, de l?autre côté, le BLS crée une sorte de stabilité même si elle est légèrement perverse ? </B>

La perversité ne peut pas entraîner la stabilité ! Même s?il est vrai que le BLS force les partis à diversifier leurs listes de candidats, le prix payé par la société est inacceptable.

● <B>La réforme électorale est donc un des grands défis de ce pays ? </B>

Oui. Il faut une réforme électorale profonde. La nouvelle formule électorale devrait permettre une plus grande représentativité des différents courants politiques et devrait augmenter la démocratie en donnant plus de pouvoir à l?électeur.

● <B>Comment percevez-vous les prochaines élections ? </B>

Ces élections vont se dérouler pendant une période historique mais malheureusement aucun des deux blocs qui aspirent à prendre le pouvoir n?a une vraie politique économique ou une alternative pour faire face à la crise qui a commencé à apparaître.

● <B>Qui est-ce qui semble avoir le dessus selon vous ? </B>

Le gouvernement a beaucoup de difficultés pour défendre un bilan qui a entraîné la paupérisation généralisée de la société.

<I>«Toute cette histoire de classification est absurde et aberrante. Pour un jeune, elle est encore plus erronée.»

<I>«Nous pouvons adopte r un BLS non-communal qui vise à rétablir la représentativité des courants politiques.»

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