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?À la poste, on aurait eu de la place...?

12 septembre 2005, 00:00

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● Jean Yves Violette, président du conseil d?administration a été limogé. Le ?board? a été dissous. Comment fonctionnez-vous au quotidien ?

Je fais tout, tout seul, que vous voulez-vous ? C?est le secrétaire permanent au ministère des Arts et de la Culture, Nayen Koomar Ballah qui est responsable du centre. Toutes les activités, toutes les dépenses doivent être avalisées par lui.

● Et cela marche ?

(Soupir) C?est est un homme sympathique?Prenons le cas de la Revi Kiltir Kreol, la situation est un peu compliquée parce qu?il faut faire un appel d?offres pour l?imprimeur, la mise en page, etc.. Si on doit ramer, on le fera. Nous allons cravacher pour y arriver.

● Comment envisagez-vous la suite des événements ?

Le conseil d?administration a été dissous le 15 juillet. Depuis, nous avons organisé deux activités principales : la tournée de la troupe réunionnaise Véli et la Journée du souvenir de la traite négrière et de son abolition.

Avec le peu de moyens dont nous disposons, nous préparons la Journée internationale de la langue et de la culture créole, le 28 octobre. Nous proposerons un calendrier d?activités au ministère cette semaine. Nous nous serrons la ceinture pour investir dans ce qui est prioritaire. Dans trois mois, le ministère va nous demander des propositions pour la Noël.

Nous pensons déjà au 1er février 2006. Que voulez-vous, c?est le ?changement? pour utiliser un mot à la mode. Ma démarche personnelle n?est pas d?organiser des concerts sur des caisses de savon, mais de donner une vraie dimension artistique et culturelle aux commémorations.

?(...) nous faisons la promotion de toute l?Afrique, qu?elle soit maghrébine
,sub-saharienne? ?

● Vous parlez du peu de moyens du centre. Quel est votre budget et comment est-il réparti ?

La volonté de l?ancien conseil était d?augmenter la visibilité du centre. Il avait sollicité un budget de Rs 11 millions pour l?année financière 2005-2006. Le gouvernement a demandé une révision à la baisse. Le conseil d?administration a ramené le chiffre à Rs 7 millions. Le gouvernement nous a finalement accordé Rs 4 millions, comme au centre islamique.

De cette somme, les dépenses récurrentes, c?est-à-dire le salaire du personnel, les heures supplémentaires, le 13e mois, etc. engloutissent Rs 3,4 millions, alors que les dépenses non récurrentes nous coûtent plus de Rs 500 000.

● Qu?est-ce qui reste ?

(Haussement d?épaules.) Plus rien. L?autre jour, Jean Clément Cangy de Le Mauricien a écrit sur le caractère misérable du centre... Il faut être honnête. Le ministère nous avance une petite somme quand il s?agit d?activités à portée internationale. On reçoit aussi de l?aide du Haut commissariat d?Afrique du Sud. Mais on ne peut pas dépendre des pays amis.

● C?est une fuite en avant? Mais quand vous jetez un ?il dans le rétroviseur, quelles ont été les réalisations depuis votre arrivée au centre ?

Je suis en poste depuis fin 2002. En fait, j?étais membre du conseil d?administration depuis 1999. J?ai démissionné en 2002 pour postuler comme directeur. Le centre est un livre ouvert avec des chapitres qu?on mettrait des heures à énumérer.

Rien qu?en termes de publication, je peux citer le livre de Mgr Nagapen, Le marronnage à l?Isle de France ? Ile Maurice : Rêve ou Riposte de l?esclave ?, la Méthode de la ravanne de Menwar, notre premier roman, celui de Serge Ng Tat Chung, Terre d?orages, et les quatre numéros de la Revi Kiltir Kreol.

Nous recevons pas mal de demandes pour des publications, mais il y a un choix à faire. Nous devons savoir en quoi cela fera avancer le centre. Je suis fier de dire que nous avons publié des écrits qui restent.

Nous avons aussi produit des cassettes avec Menwar, un CD sur la danse avec Jean Renat Anamah, un autre sur le marronnage avec le Mauritius College of the Air. Nous travaillons sur un VCD traitant de la cuisine des îles.

● Vous travaillez aussi sur le retour du centre à La Tour K?nig ? Où en est la décision de déloger le centre Nelson Mandela de la poste centrale vers le lieu où l?ancien président sud-africain avait posé la première pierre en 1998 ?

(Laconique) Je ne sais pas. Le ministère convoquera certainement une réunion bientôt. (Demi-sourire?) La plaque (la première pierre) est chez nous, vous savez.

● Vous avez cité la ?Revi Kiltir Kreol? à deux reprises. Vous semblez en être particulièrement fier. Pour quand la prochaine édition ?

C?est prévu pour fin octobre, pour la Journée créole. En ce moment, on bute sur les articles. Il y a deux comités de rédaction, l?un local, l?autre international. Le comité local mis sur pied par l?ancien conseil d?administration ne fonctionne plus? Nous avons choisi le thème: Créolité et métissages. Nous attendons des contributions des Seychelles, de la Réunion, de Madagascar.

(Sautant du coq à l?âne) Vous me parliez de bilan. Nous avons fait pas mal d?acquisitions. Des batiks hors de prix, faits par des Massaï, que nous n?avons jamais eu l?occasion de montrer au public.

A la poste on aurait eu de la place pour les exposer? Vous savez, quand on parle de l?Afrique, les gens ont tendance à ne penser qu?à l?Afrique noire, mais nous faisons la promotion de toute l?Afrique, qu?elle soit maghrébine, sub-saharienne?

● On pense aussi à l?esclavage. L?une de vos récentes activités a été de distribuer ?Ze ek Melia?, une BD sur l?esclavage produite en 2004. Un an après, vous ressortez le même livre pour la même commémoration. Pourquoi ?

Effectivement Ze ek Melia est sortie un an auparavant. L?intention était de sensibiliser les enfants à la problématique de l?esclavage. Malgré le prix modique de cette BD (Rs 50), la vente a été moyenne. L?une des faiblesses du centre concerne le marketing et la distribution des publications du centre?

● Ce sont les invendus que vous avez ressorti?

Nous avons pensé distribuer la BD dans toutes les écoles primaires de la République pour rejoindre les v?ux de l?Unesco, qui veut toucher tous les milieux, y incompris le scolaire. Avoir au moins un exemplaire dans la bibliothèque de chaque école primaire, c?est un peu une ?victoire? pour le centre. Il est nécessaire de dire aux enfants que la traite n?appartient pas au passé, qu?elle aide à comprendre le racisme et les formes de discrimination.

● Il est question d?une suite à ?Ze ek Melia??

C?était l?intention de départ. Mais Alain Romaine, co-ordonnateur du projet n?est plus au conseil d?administration. On verra bien. On attendra probablement l?année prochaine, pour savoir si le ministère de l?Education pense que l?esclavage doit être au cursus scolaire.

● Où en est le projet pour aider ceux qui le souhaitent, à retracer leurs origines ?

Le projet a vu le jour en juillet 1996. Baptisé L?origine des esclaves à travers l?étude du mouvement spatial et démographique, il est basé sur les recensements de 1815 à 1911. L?objectif était de tenter une analyse culturelle, ethnique et sociale de la population afro-malgache.

Au début, on recevait en moyenne une centaine de personnes par jour qui voulait retracer un ancêtre. Souvent c?était pour des questions d?héritage, pour récupérer un terrain. Maintenant, c?est une personne par mois qui se présente au centre. On peut situer une ?période haute? à l?époque où l?on parlait beaucoup de compensation aux descendants d?esclaves. Certains ont alors eu recours à ce service gratuit.

L?essentiel, c?est que nous avons aboutit à une base de données constituée à partir du recensement de 1823 et ses 5 059 esclaves, jusqu?à celui de 1835 avec 40 100 esclaves. C?est Vijaya Teelock, responsable du projet qui nous a grandement aidés. Le projet a vraiment démarré en 1999. Jusqu?à maintenant, nous avons reçu près de 20 000 visites au centre.

● Avec la baisse d?affluence, le projet est-il condamné à une mort lente ?

Nous souhaitons déboucher sur une deuxième phase : la généalogie. En l?état actuel, la base de données retrace un individu, ce n?est pas évident de construire l?arbre familial à partir de là.

On voulait démarrer cette année, créer un système analogue à celui du Mahatma Gandhi Institute qui aide les personnes désireuses d?obtenir une carte People of Indian Origin (PIO). Les fonds sont là. On a Rs 1,5 millions.

Mais avec l?intention du gouvernement de mettre en place un institut de généalogie, nous ne savons pas si nous serons intégrés dans cet institut. Je peux vous dire que nous avons approché le MGI pour accorder nos violons, dans le cadre d?une rencontre avec le ministre des Arts et de la Culture pour avancer, selon les v?ux du discours-programme. L?argent est là, mais nous ne savons pas comment faire.

Propos recueillis par Aline GROËME

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