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À fond la caisse

5 juin 2004, 20:00

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Pour commencer, un direct en cockpit. C?est quelque chose! C?est sûr que je ferai des jaloux, mais j?ai bel et bien fait un tour dans la Peugeot 306 maxi de Rajesh Ramdanee, le champion en titre de Maurice depuis trois ans. Ahurissant! D?abord le bolide, bariolé d?autocollants de sponsors, n?a que deux portes et deux sièges. À l?arrière une véritable architecture se dévoile, des arceaux sont soudés au châssis. Les ceintures de sécurité? Plutôt des harnais qui vous scellent les épaules, le ventre et les pieds. Vous êtes comme dans une cage, bien protégé en cas de tonneaux.

C?est Abdul Jhummun, le copilote de Rajesh, qui va me donner un avant-goût de la course. Rien que dans son regard, on sent son côté téméraire. C?est lui qui « cravache » Rajesh, qui le pousse à aller encore plus vite lors des courses. C?est un as de la mécanique qui aime les sensations fortes. « La course automobile, tu l?as dans le sang. Pour le reste, tu ne te poses pas de question », affirme-t-il. Votre sang se glace, on sent déjà qu?on ne plaisante pas avec lui. Il tourne des boutons et un bruit infernal de moteur résonne à vos tympans. C?est parti pour un tour de piste vertigineux... à vitesse grand V.

C?est pire que lorsque vous êtes dans le « Tonnerre de Zeus » du parc Astérix. Vous sentez que votre c?ur va vous lâcher. Abdul prend son envol, ses mains virevoltent sur le volant, les roues s?arrêtent à deux doigts de la ligne blanche et on termine par un virage à 180 degrés. L?interview qui va suivre s?annonce palpitante. Cette expérience, on ne la fait pas deux fois si on n?aime pas la vitesse. Mais la vivre, c?est du tonnerre, même si Abdul me confie à la fin qu?on n?a fait que du 40 miles à l?heure.

Il faut dire que les voitures de rallye, sont particulières. Elles ont non seulement un look de compétition, ? ce sont les bébés de leurs pilotes, ? mais leurs accélérations n?ont rien à voir avec les voitures de tous les jours. Ces véhicules sont bricolés de façon à les rendre plus puissants. On donne plus de nerf au moteur, on installe des amortisseurs de compétition. Ce qui fait que les participants sont classés dans différentes catégories en fonction de leurs cylindrées et des modifications apportées aux voitures.

Bien sûr, elles sont équipées de tout un système de sécurité. Réglementation oblige, si l?on veut participer au rallye. En plus des harnais, l?extincteur est relié à un tuyau perforé qui diffuse de la mousse carbonique dans tout le véhicule en cas d?incendie. Si un accident survient, on peut toujours tourner la clef du coupe-circuit pour arrêter le courant et pour que la voiture ne s?embrase pas. Le capot est quant à lui retenu par des attaches de sécurité pour qu?il ne s?ouvre pas. « C?est sur une route normale, et avec la voiture de monsieur tout le monde qu?on risque plus d?accidents », soutient Marc K?nig, un pilote qui court depuis trente ans.

C?est le club auto sport qui se charge de l?organisation du rallye depuis cinq ans. Constitué d?anciens pilotes et de passionnés d?automobile, il s?occupe de toutes les formalités : trouver des sponsors, obtenir des permis au niveau des autorités, déterminer les parcours, veiller à la sécurité des spectateurs. Le club se conforme d?ailleurs de plus en plus aux réglementations internationales, ce qui permettra plus d?échanges entre différents pays.

Paradoxalement, si les as du volant, ces dieux de la vitesse, n?ont jamais eu vraiment d?accident grave à Maurice, ce sont les spectateurs qui doivent faire plus attention aux dérapages. Alain Dalais, le président du club, raconte qu?il y a deux ans, une voiture a fait une sortie de route et a heurté un arbre sur lequel se trouvaient des personnes. La casse, ce sont elles qui l?ont connu. Comme quoi, les malheurs arrivent parfois là où on ne les attend pas.

Rajesh Ramdanee, l?as de l?automobile

Pôle position, c?est la place de Rajesh Ramdenee dans les pelotons de rallye depuis trois ans. Avec sa Peugeot 306 maxi, il s?impose en patron face à ses adversaires. Son secret ? « Ce sont les accélérations et les freinages qui comptent. Il faut bien connaître le profil de l?épreuve, avoir une confiance absolue dans son copilote qui donne des consignes. » Rajesh a débuté le rallye en 1979. Il a attendu ses 18 ans avec impatience pour passer son permis et faire la course. En 93, Rajesh a la chance d?aller suivre un stage de pilotage d?une semaine chez Peugeot France. Rajesh s?est par ailleurs orienté professionnellement dans les pneus, il est le Managing Director de Tire Master. Son objectif pour la course : traverser les épreuves en moins de temps possible.

Son fils cadet Shayan se prépare à aller étudier l?ingénierie mécanique en Angleterre et à aller dans une école de kart. Père et fils se retrouveront sûrement sur le même circuit dans quelques années. En attendant, vroum, vroum? vous sentez le cambouis ? C?est Rajesh dans sa combinaison spéciale pilote de couleur bleu marine, prêt à prendre le large.

Marc K?nig le vétéran

Marc K?nig a derrière lui, comme devant lui d?ailleurs, une carrière prolifique de coureur automobile. Depuis 1972, ce passionné des quatre roues participe au rallye et a fait tous les circuits : Chamarel, Plaine-Champagne, La Nicolière, Salazie, il a même fait le record

Le Val en 76. « J?ai eu ma première voiture à l?âge de 22 ans. J?ai appris à conduire tout seul en kasé ranzé sur le koltar, et ce sont les virées avec les amis qui m?ont donné envie de faire la course. » Marc a 52 ans, et il court aujourd?hui avec son frère Norbert contre les fils de ce dernier.

À chaque approche de rallye, il ne tient plus en place. Pour cette nouvelle saison, il prendra la place de copilote. Sa mission : donner des instructions au pilote lors de la course « épingle serrée, gauche moyen », c?est lui qui dicte les man?uvres du pilote. Il n?a donc pas droit à l?erreur, un simple « gauche » à la place de « droite » peut aboutir au fracas. Pour ça, il faut qu?il ait de bonnes notes, qu?il connaisse bien les repères. Avec lui, il y a également son équipe d?assistance, qui le ravitaille en essence si besoin est, qui change les pneus, s?il la faut. Marc adore l?ambiance du rallye : les gens qui montent Chamarel à pied, qui emmènent leur barbecue sur place, qui restent là de jour comme de nuit. « Si on a une avance, on peut faire quelques man?uvres extravagantes pour leur donner du spectacle. » Et la formule Un, ça l?intéresse ? « ça, il faut être un extra terrestre pour le faire. Ils défilent à des vitesses ahurissantes? » Marc considère qu?il n?a plus les mêmes réflexes qu?il y a trente ans, mais il a l?expérience. Ses réflexes de rallyman lui ont permis d?éviter des accidents comme la fois où il a tourné en place sur le terre-plein pour ne pas faire partie d?un carambolage. En tout cas, le feu de l?action, c?est son oxygène.

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