Publicité
«On ne m?a pas dit qu?on ne voulait pas de moi»
Par
Partager cet article
«On ne m?a pas dit qu?on ne voulait pas de moi»
● <B> Qu?est-ce qui est en train d?agiter ces détenus pour qu?ils provoquent autant d?incidents ? </B>
Il faut aussi souligner que la grande majorité des 2 500 prisonniers dans nos prisons, se comportent bien. Cela dit, il y a malheureusement un nombre de détenus dont les actes sont très perturbateurs et qui se sont particulièrement manifestés ces deux dernières semaines. Mais un des problèmes que nous avons dans le service pénitentiaire est le manque d?options en ce qui concerne la ségrégation. Nous avons un nombre limité de cellules de ségrégation, soit 24, alors que le nombre de détenus qui méritent d?être punis est nettement supérieur. Les fauteurs de troubles se retrouvent avec les autres prisonniers et c?est ainsi que tout commence.
● <B> Mais est-ce que la ségrégation ne risque pas de les rendre plus frustrés et donc envenimer les choses ? </B>
Écoutez, nous avons la politique de la carotte et du bâton. Quand la carotte ne marche pas, on a recours au bâton. Si le bâton est utilisé dans les règles, la ségrégation est la solution quand il doit y avoir punition ou quand il y a des évidences que l?individu devient une menace pour lui-même et pour les autres. Souvent, c?est une seule personne qui joue au perturbateur. Je peux facilement vous affirmer que c?est un prisonnier qui a causé des dégâts, qui a menacé et quand il a été isolé, il s?est fait violence à lui-même. Cette personne doit clairement être punie jusqu?à ce qu?elle réalise qu?elle doit changer d?attitude.
● <B> Mais il y a eu des incidents dans presque toutes les prisons donc ils ne sont pas nécessairement liés à une seule personne. Que veulent ces fauteurs de troubles ? </B>
Si nous regardons ce qui se passe dans la société, nous voyons une nouvelle gang type culture. Je ne peux qu?assumer que cette culture est en train de se reproduire en prison. Cela veut dire que le problème n?est pas seulement celui de la prison mais de la société en général. Cela dit, c?est ma responsabilité de traiter ce problème à la prison et je suis très conscient que nous ne sommes pas en train de le faire aussi bien que nous l?aurions voulu.
● <B> Les détenus agissent de la sorte parce qu?ils pensent qu?ils peuvent le faire?</B>
Absolument.
● <B> Est-ce parce qu?il y a un profond problème d?indiscipline ? </B>
Je dirais qu?il y a deux raisons historiques à cela. Quand je suis arrivé, j?étais surpris de voir qu?il n?y avait pas de pu-nishment units dans les prisons et que ceux qui ne se comportaient pas étaient envoyés à Phoenix pour une période de trois mois. La population carcérale a cependant doublé en dix ans et le nombre de fauteurs de troubles a aussi augmenté. Leur comportement a aussi changé et la drogue est de plus en plus présente. Malheureusement nos infrastructures n?ont pas évolué. Nous sommes donc à un stade où les pri-sonniers se conduisent mal mais ne sont pas sanctionnés. Ajoutée à cela, la rémission qui était un outil de contrôle sur le comportement de beaucoup, a été abolie, dix ans de cela, sur les délits de drogue. Le message qu?il y a un prix à payer pour le mauvais comportement ne passe donc pas. Voilà notre situation.
● <B> Est-ce que le fait que l?administration soit divisée, depuis votre arrivée, empire les choses ? </B>
On ne m?a pas dit qu?on ne voulait pas de moi. (Rires?) Ils me disent tous le contraire !
● <B> Mais est-ce qu?il y a un problème au niveau de l?administration ? </B>
Il y a un problème au niveau de la structure du management. Ce problème est dû au fait que les règles du service ci-vil ne sont pas flexibles. La situation est d?autant plus difficile qu?il y a actuellement une affaire en Cour suprême initiée par les principal officers. J?entends dire que cette affaire sera retirée bientôt. Il est clair que la seule façon pour nous d?avancer est que le senior management agisse comme une équipe soudée.
● <B> Avez-vous le soutien du «senior management» ? </B>
Écoutez, quand je donne une instruction à un senior manager, il l?exécute. (Hésitations?) C?est clair qu?il y a des pro-blèmes en ce qui concerne la com- munication et je suis le premier à reconnaître que l?amélioration de la communication nous aidera considérablement dans notre travail. Que ce soit dans la gestion des incidents dans les prisons mais aussi et surtout dans celle des informations que nous avons pour prévenir des incidents.
● <B> Justement, vous avez dit au Premier ministre que les incidents ayant entraîné la mort de Steve Labonne étaient dus à une faille dans le mécanisme de renseignements. Pourquoi cette faille ? </B>
Je pense qu?une des raisons fondamentales est que les officiers de la prison ont oublié l?art de parler aux détenus. Si le seul échange entre les détenus et les gardes chiourme se résume à leur crier après, les chances de gather intelligence sont nulles. Si vous avez peur des détenus, vous ne pouvez pas communiquer avec eux. Il y a un besoin pressant pour que les officiers réapprennent l?art d?écouter. L?art d?écouter veut aussi dire la capacité d?interpréter ce que les détenus vous disent. Et puis, il y a un problème relationnel entre les officiers et le management. Cela va changer, j?en suis sûr mais ce ne sera pas fait du jour au lendemain.
● <B> Lors de votre récente absence du pays, le commissaire de police avait pris charge de la prison. Comment accueillez-vous la présence de la police à l?intérieur de la prison ? </B>
C?est clair qu?il faut garder au minimum toute présence policière à l?intérieur des prisons. Maintenir l?ordre dans la communauté et administrer les prisons sont deux choses complètement différentes. Cela dit, c?est quelquefois nécessaire d?avoir recours à la police.
● <B> Est-ce qu?il a déjà été question que la police administre les prisons après votre départ ? </B>
Le modèle recommandé internationalement est que l?administration des prisons devrait être totalement indépendante de la police ou du service militaire et je suis sûr que Maurice va suivre ces recommandations. Mais si les officiers de la prison se montrent incapables de faire leur travail, c?est le rôle du gouvernement de trouver des solutions à court terme.
● <B> Votre nom a été mentionné durant la campagne électorale. Comment est-ce que le changement de régime a-t-il affecté votre position comme commissaire des prisons ? </B>
Je ne pense pas que cela change grand- chose étant donné que j?ai un contrat de trois ans. Je serais très heureux de terminer mon contrat et encore plus heureux de voir un changement perceptible dans les prisons à la fin de mon contrat.
● <B> Comment réagissez-vous au conseil que le leader de l?opposition a donné au Premier ministre l?autre jour à l?effet que vous devriez rester à votre poste ? </B>
Je suis évidemment très heureux que ce que j?essaye d?accomplir dans les pri-sons soit reconnu.
● <B> La réaction du Premier ministre était qu?il considérait la question. êtes-vous inquiet ? </B>
(Rires?) Ai-je l?air inquiet ?
● <B> Il semble que chaque prisonnier a un portable et que ce soit devenu la norme. Comment expliquez-vous cela ? </B>
Mes renseignements me disent qu?il y a probablement dix cellulaires dans la prison des femmes à l?heure actuelle mais je suis incapable de vous dire où ils se trouvent. J?aurai besoin d?un body scanner. En ce moment, nous confisquons au moins dix cellulaires par semaine. Un portable se vend entre Rs 5 000 à Rs 10 000. C?est possible que des officiers vendent des portables aux prisonniers, tout comme c?est possible que les familles des détenus ont trouvé un moyen de les leur faire parvenir.
● <B> Comment font-ils pour recharger leur portable ? </B>
Cela s?appelle l?ingéniosité des prisonniers.
● <B> Le gouvernement a annoncé la mise sur pied d?un high-powered committee sur les prisons. En quoi est-ce que cela va aider ? </B>
Un high-powered committee est très utile dans le sens que les différents stakeholders sont réunis et ils peuvent voir de près les problèmes auxquels nous faisons face dans les prisons et étudier ensemble les différentes solutions.
● <B> Avez-vous l?impression que tout le monde croit connaître votre travail mieux que vous ? </B>
(Rires?) La connaissance de la prison est un peu comme apprendre à monter une bicyclette. Le problème, c?est que ma façon de monter à bicyclette est très différente de celle de Lance Armstrong !
Propos recueillis par <B> Deepa BHOOKHUN</B>
Publicité
Publicité
Les plus récents