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«Notre lutte, c?est la femme pas la politique»

19 février 2005, 00:00

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Media Watch est-elle affiliée à un quelconque parti politique ?

Ceux qui connaissent l?organisation savent que Media Watch n?est affiliée à aucun parti politique. Nous travaillons par contre en collaboration avec de nombreux organismes. L?un de nos plus proches collaborateurs est justement le ministère de la Femme. Il serait également bon de souligner que nous ne sommes pas directement financés par des compagnies locales. Et pour répondre à votre question, nous ne nous sommes jamais affiliés à aucun parti; nous sommes une ong et nous n?avons pas d?agenda politique. Notre lutte, c?est la femme. En relation bien entendu avec les médias et la façon dont elles sont traitées dans la presse.

Je vous pose la question par rapport au communiqué du gouvernement qui refuse dorénavant de reconnaître Media Watch comme une organisation apolitique. Vos commentaires?

Je trouve tout cela vraiment dommage, surtout que Media Watch a travaillé avec cette alliance à plusieurs reprises. Il ne faut pas oublier que Paul Bérenger avait lui-même lancé le livre Ringing up the changes à l?hôtel du gouvernement. Il avait dit ce jour-là que Maurice était la plus mauvaise élève de la SADC et qu?il croyait dans notre lutte. Je vous signalerai que l?opposition n?était pas présente ce jour-là. Arianne Navarre-Marie était quant à elle à la tête de notre délégation pour le gender summit à Johannesburg en septembre dernier. Tout cela me rend très perplexe, je vous assure.

Que s?est-il passé depuis ? Comment expliquez-vous ce revirement ?

Mais je ne sais pas. Je ne comprends pas? Que l?alliance MSM-MMM publie ainsi un tel communiqué me dépasse. J?avais appelé Paul Bérenger avant son départ pour la Chine et il m?avait alors fait part de son intérêt pour la question. J?ai aussi appelé Pravind Jugnauth, qui, lui, m?avait dit dès le départ qu?il n?était pas sûr de pouvoir être là. J?ai ensuite appelé Navin Ramgoolam, qui voulait m?envoyer un élément féminin au départ. Xavier Duval, lui n?a fait aucune difficulté. Je ne comprends pas en quoi j?ai failli parce qu?apparemment, Bérenger a dit que je ne l?avais pas traité comme on traite un Premier ministre.

Qu?avait-vous pu faire pour offenser ainsi le Premier ministre ?

Encore une fois, je ne sais pas. J?ai appris qu?il ne viendrait pas, le jour même de la fonction. Nando Bodha m?a informé que Bérenger allait se faire remplacer par Arianne Navarre-Marie et que lui, remplaçait Pravind Jugnauth. J?ai appelé Bérenger et il m?a dit qu?il n?était pas très content et qu?il me fallait mieux m?organiser si je souhaitais sa présence lors de mes fonctions. Ce qui m?étonne, c?est qu?un conseiller de Pravind Jugnauth m?avait appelé pour me demander dans quelle langue le VPM devrait s?adresser à l?audience. Et que le matin même, les policiers étaient présents ? ce qui me confortait dans l?idée que Bérenger allait être là.

Revenons aux reproches du Premier ministre. Sur quoi reposent-ils, selon vous ?

Comme je vous l?ai dit, je ne sais pas. Il m?a seulement dit qu?il était le Premier ministre et qu?on ne traitait pas un Premier ministre de la façon dont je l?ai traité. Allez comprendre.

Avec le recul, comprenez-vous les critiques qui vous sont adressées ?

Ecoutez, l?on m?accuse de ne pas avoir repris Navin Ramgoolam quand il a dit sur le ton de la boutade ? et tout le monde a ri ? qu?il fallait voter travailliste. Je réponds que Navin Ramgoolam était mon invité et que ce n?était pas à moi de l?empêcher de s?exprimer. De même, les autres participants ont pu s?exprimer librement. Si Arianne Navarre-Marie avait voulu reprendre Ramgoolam, elle avait le loisir de le faire. C?était d?abord à elle de réagir aux propos de Ramgoolam, pas à moi. Mais elle n?a laissé transpiré aucun malaise.

Que s?est-il passé ensuite ?

Danielle Perrier m?a appelée pour m?informer qu?elle n?allait pas participer aux prochaines sessions de travail parce qu?elle estimait que j?avais manqué d?égard envers le Premier ministre et que j?avais permis à Navin Ramgoolam de faire de la propagande. Mais je me pose la question suivante : de tous les pays de la SADC, Maurice a la plus vieille démocratie et nous sommes considérés comme le pays le plus démocratique. Mais, en 2005, ne pouvons-nous toujours pas avoir quatre leaders politiques réunis sur un plateau pour débattre et raisonner comme des adultes intelligents ? Je trouve que nous sommes tombés bien bas.

Media Watch a-t-elle des relations de proximité avec l?opposition ?

Pas du tout. Nous n?avons jamais travaillé avec l?opposition. Cependant, à chaque fois que j?ai travaillé avec le gouvernement, l?opposition n?est jamais venue m?accuser de parti pris.

Il y a des rumeurs selon lesquelles vous serez peut-être candidate travailliste aux prochaines élections ?

J?ai eu vent de ces rumeurs mais je ne fais pas de politique. Je dirige une ONG et on a attaqué ma personne aussi bien que mon organisation.

Cela veut-il dire que la collaboration Media Watch-gouvernement est maintenant à jamais compromise ?

Notre travail continue. Avec ou sans le gouvernement. Nous travaillons avec la presse majoritairement et nous allons continuer.

Le travail que fait votre organisation, justement, n?est pas pour plaire à tout le monde?

Non, je n?ai jamais entendu cette critique. Tout ce que j?ai entendu a été très positif. Les gens ont remarqué un changement depuis que nous faisons notre travail de monitoring. Il y a dorénavant moins d?images sexistes de la femme?

Que qualifiez-vous d?image sexiste ? Où est le problème si la femme est représentée de façon sensuelle et sexy ?

Ce n?est pas correct de présenter une image dégradante de la femme.

Pas correct d?après qui ? Pourquoi cela n?est-il pas correct ?

La femme n?est pas qu?un corps. Je trouve inadmissible que l?on reproduise une photo d?une femme à demi-nue.

Et qui cela dérange-t-il ?

Excusez-moi ?

Media Watch s?est élevée contre plusieurs campagnes publicitaires présentant une image que vous estimez dégradante. N?est-ce pas un peu extrême ?

Non, nous ne sommes pas des extrémistes. Il y avait par exemple une publicité où l?on représentait une femme qui dansait à l?intérieur d?une bouteille de vodka. Trois hommes, dans des postures vulgaires, dansaient autour de la femme. Quel est le message que nous envoyons à la population alors que nous avons de plus en plus un problème de femmes abusant de l?alcool. Le message est aussi que nous pouvons agir comme bon nous semble avec une femme. Rappelez-vous la publicité où une femme s?est déshabillée devant un bloc UBP. C?était à cette époque qu?il y a eu le meurtre de Nadine Dantier. Je ne dis pas que la publicité est responsable de ce crime, je dis que les publicités influent sur la mentalité des gens.

Mais n?est-ce pas là aller chercher la petite bête ?

Je ne pense pas. Nous avons eu un très bon response. Maintenant, les gens savent à qui s?adresser quand ils sont choqués par les publicités. Cela dit, n?étant pas des extrémistes, nous ne condamnons pas une publicité simplement parce qu?une femme n?est pas habillée décemment.

N?y a-t-il pas le danger d?enfreindre la liberté d?expression des citoyens ?

Pas du tout. Mais il faut être responsable quand cette liberté est exercée.

Que pensez-vous donc des magazines pornographiques ?

Nous ne sommes pas des pudiques. Ce genre de créneau a son type de lecteurs et c?est un choix que fait le lecteur. Mais que ce ne soit pas imposé dans la tendance générale. La MBC est vue par la population, les journaux lus par tout le monde.

Et quid du choix de la femme qui veut poser nue pour une campagne publicitaire ?

Si c?est le métier de cette personne, très bien. Je ne dis pas qu?il faut lui nier le droit d?exercer son métier. Il faut simplement que les publicitaires respectent la femme.

Vous décririez-vous comme une féministe ?

Bien sûr. Mon mari est aussi un féministe !

Votre définition de féministe...

Une personne qui croit dans l?égalité des hommes et des femmes?

Mais nous sommes différents.. .

Biologiquement, oui. Mais nous devons avoir les mêmes droits et les mêmes chances.

«On m?accuse de ne pas avoir repris Navin Ramgoolam quand il a dit sur le ton de la boutade ? et tout le monde a ri ? qu?il fallait voter travailliste. Je réponds que Ramgoolam était mon invité et que ce n?était pas à moi de l?empêcher de s?exprimer.»

«Les gens ont remarqué un changement depuis que nous faisons notre travail de ?monitoring?. Il y a dorénavant moins d?images sexistes de la femme?»

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