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«Le gouvernement aurait dû donner l?exemple en matière de biocarburants»
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«Le gouvernement aurait dû donner l?exemple en matière de biocarburants»
● On a peut-être trop réduit le projet Maurice île durable (MID) à l?aspect énergétique. Or, c?est un projet bien plus global. Quels en sont donc les autres aspects fondamentaux ?
Le projet MID a été lancé sur la base de la crise énergétique et la nécessité de penser à de nouvelles sources et aux économies d?énergie. En fait, MID est plus large que nous ne l?avions imaginé au départ. Le projet touche à tout l?environnement, c?est-à-dire aux enjeux urbains, sociaux, d?emploi, de formation, de recyclage des déchets, de la gestion de l?eau et de l?air, de l?esthétique des bâtiments. Le projet prend de l?ampleur dans toutes ces dimensions.
● A la faveur du remaniement ministériel, le «Deputy Prime Minister» (DPM) Rashid Beebeejaun a été nommé également ministre des Energies renouvelables. MID est un projet global, dites vous. N?aurait-il pas fallu privilégier la forme interministérielle sous l?égide du bureau du Premier ministre par exemple ?
Le DPM a une place clé. C?est un des personnages les plus importants du gouvernement. Très tôt, le Premier ministre (PM) a mis sur pied un steering committee regroupant les ministères des Services publics et Energies renouvelables, des Finances, de l?Environnement, du Tourisme. Des mesures importantes ont été prises dans le cadre de cette coordination interministérielle et chacun pense qu?il faut aller plus loin dans cette démarche. Pour le moment, il est primordial de rassembler les différents ministères sous l?égide d?un grand ministère, ce qui est le cas aujourd?hui. Mais d?autres possibilités sont envisagées. Par exemple, un select committee composé de députés de la majorité et de l?opposition et dirigé par un chairman.
● Peut-on imaginer une structure alliant vision politique et citoyenne aux capitaux des entreprises privées, une structure indépendante sous la forme d?un partenariat public-privé ?
En voyant ce qui a été fait avec l?Empowerment Programme et son succès dans la lutte contre la pauvreté, je pense que cela peut être une option. Cette structure, qui est devenue une fondation, jouit d?une grande liberté dans le recrutement des collaborateurs, le choix des thèmes? Ce modèle pourrait être transposé en faveur des énergies renouvelables et de l?environnement. Par ailleurs, la mise en place d?un plan stratégique nécessitera une grande ouverture vers le public, les citoyens. Reste à définir la forme?
● Vous avez parlé de l?importance de la matière grise. Comment intéresser le secteur privé aux recherches universitaires ?
Cela se structure à l?échelle internationale. Toutes les grandes universités ont un système de valorisation de leurs découvertes. J?ai créé un système de valorisation à l?Institut Pasteur en France. J?avais recruté des gens pour travailler dans un service qui fait la promotion des brevets, des recherches, des découvertes, des publications des chercheurs, pour que les industriels puissent passer des contrats sur des actions précises. L?université de Maurice (UoM) doit se doter d?un tel système. Les recherches sont remarquables ici. Les départements de chimie et de biologie mènent des travaux très pointus sur la fermentation lignocellulosique, les parfums, les plantes médicinales. Malheureusement, ils ne sont pas assez connus. Je suis disposé à partager mon expérience en la matière en vue de créer un système de valorisation.
● Quels sont les exemples concrets de projet dans la logique de MID ? L?hôtellerie pourrait-elle être un fer de lance en la matière ?
Le terme de fer de lance est approprié. L?hôtellerie a un rôle moteur. Elle gagnerait beaucoup à transmettre aux touristes la notion de green tourism. Il y a de nombreux exemples concrets. L?eau chaude fournie par panneaux solaires ou le pompage de l?eau de mer à 6°C au-delà du récif pour alimenter les climatisations, qui représentent 30 % de la facture électrique d?un grand hôtel du littoral. Et cette technique existe, ce n?est pas une utopie. Il y a les digesteurs à biogaz pour fabriquer de l?électricité à partir des déchets. On peut installer, dans certaines zones, sans abîmer le paysage, des éoliennes pour les combiner avec le biogaz. Les usines de dessalement, certes très demandeuses en énergie, peuvent être couplées à ces systèmes. L?industrie hôtelière a donc un grand rôle à jouer. Des contacts ont été pris dans ce sens.
● D?autres petits opérateurs indépendants peuvent également participer du projet?
Oui. Ce sont des familles, des petits propriétaires terriens qui ont céder des terres dans le cadre des Integrated Resorts Scheme (IRS), RES ou regroupements sucriers. Ils nous demandent des conseils pour l?installation d?éoliennes, de centrales à biogaz ou hydroélectriques. C?est le concept de dé-centrale. On peut aller vers un éclatement sur le territoire de la production d?énergie. Aussi, nous réfléchissons à un clearing house pour la diffusion de l?information à ceux qui nous font des demandes.
● Vous vous êtes exprimé sur le projet de centrale à charbon CT Power. En quoi ne cadre-t-il pas avec le projet MID ?
Je m?exprime publiquement à titre de scientifique. Je connais les centrales à charbon, les critères, les sites, les contraintes, les précautions. Concernant CT Power, les techniques sont anciennes, les déchets stockés près de la mer, et les camions qui achemineront le charbon vont apporter une pollution sonore et visuelle. Il y a aussi des zones habitées et touristiques tout près. Nous en avons discuté avec le PM et on peut penser à des modes alternatifs de production de cette énergie dont on a besoin. Une centaine de Méga Watts pourrait être obtenue d?usines bagasse-charbon dans la région.
● La cogénération doit donc être davantage développée ? Peut-on aussi mettre en place une filière «sylvo-énergétique» utilisant le bois ?
La cogénération est mal connue. Elle permet de produire de la chaleur et de l?électricité dans un même processus bien plus efficace que la production de l?un ou de l?autre, et avec moins de pollution. Les gens ne pensent souvent qu?au solaire, à l?hydraulique ou l?éolien. On oublie qu?il y a le bois. La Suède a fait des efforts considérables pour alimenter par des trémis des grandes chaudières qui chauffent des maisons et des villes entières. On utilise des copeaux de bois traités avec de la résine, un formidable combustible. La condition est de bien gérer les forêts. Il y a aussi la géothermie. Maurice est une île volcanique. Sous nos pieds, il y a de la vapeur à haute température à exploiter. Par ailleurs, le biogaz en Chine est très utilisé. Enfin, l?énergie des vagues se développe rapidement. On est passé des prototypes à des produits commercialisés au Portugal, en Espagne ou en Australie. Tout cela est à ajouter au mix énergétique mauricien pour arriver aux 65 % d?autonomie énergétique en 2028, à condition d?avoir une approche systémique et intégrée.
«C?est un projet culturel, citoyen et social. Il conduit à plus de solidarité, plus d?entraide, la croissance et le partage des ressources.»
● On peut aussi aller plus loin dans l?utilisation de la canne.
Les biocarburants et le bioéthanol n?auraient pas dû être abandonnés. Le gouvernement aurait dû donner l?exemple. Les camions de cannes et les bus devraient rouler au biocarburant. Je me réjouis de la baisse des taxes sur les voitures hybrides et bientôt sur les voitures électriques. Cependant, il est vrai qu?il y a une compétition entre food et fuel. On va donc vers une troisième génération de biocarburant. La bagasse brûle mais la gazéification est plus efficace encore. L?UoM est très en pointe sur ce sujet. On est à deux-trois ans de la réussite. Il s?agit de fermentation lignocellulosique. Des bactéries modifiées par génie génétique dégradent la lignine du bois et la cellulose, produisant un jus fermenté avec d?autres bactéries. On obtient ainsi du biocarburant. Et là, ce n?est pas que la canne qui est concernée, mais aussi des plantes à croissance rapide comme le bambou.
● Choisir un bus lane plutôt qu?un mode de transport alternatif ne colle pas à la logique MID. Qu?est-ce qui peut être fait en matière de transport pour réduire la pollution, la demande d?hydrocarbures, les embouteillages ?
Le transport, c?est 50 % de la consommation d?énergie mauricienne. Il y a d?autres options. Surtout qu?il faut réduire la facture d?hydrocarbures, qui représente USD 2,2 milliards pour un Produit intérieur brut d?un peu plus de USD 7 milliards. Les Mauriciens travaillent deux jours par semaine pour payer cette facture ! On peut s?inspirer de ce qui se fait ailleurs, comme la bicyclette à Paris. Des horaires plus flexibles pour réduire les embouteillages, et donc la consommation des voitures et la pollution. Développer le co-voiturage. Cela a pris 20 ans en France pour fonctionner. Il faut être patient.
● Vous émettez des réserves quant à la pertinence de l?introduction de l?heure d?été.
Pour Maurice, il faut bien savoir ce vers quoi on va. En France, nous avions des réserves par rapport aux économies d?énergie compte tenu de l?impact du stress et des ruptures dans les rythmes biologiques des gens. Je ne suis pas certain que les économies espérées sont en relation avec les désordres sociaux et de santé, sans compter les pratiques religieuses.
● Beaucoup reste encore à faire, notamment en matière d?aménagement du territoire. La ville nouvelle de Highlands pourrait-elle être au moins un laboratoire pour les techniques urbaines de développement durable ?
Pourrait, oui. On parle au conditionnel. Il faudrait se centrer sur les travaux des architectes. On sait faire des bâtiments à énergie positive qui produisent plus d?énergie qu?ils n?en consomment. L?éolien urbain existe, pas sous la forme d?hélices mais de tubes dans lesquels l?air entre. Des panneaux solaires flexibles peuvent être mis comme persiennes. Or, que ce soit Tianli, Highlands, la zone franche ou encore les IRS, on ne s?est pas intéressé, à ma connaissance, aux bâtiments à énergie positive. Ces acteurs -à devraient produire tout ou partie de leur énergie. Malgré les normes Haute qualité environnementale pour les IRS, il faudrait que ces zones deviennent des exemples. La construction devra jouer un grand rôle dans le projet MID.
l● Le projet MID est aussi culturel et citoyen. Il vise à changer les mentalités, à indurer dans la conscience collective de nouveaux réflexes et modes de pensée?
C?est un projet culturel, citoyen et social. Il conduit à plus de solidarité, plus d?entraide, la croissance et le partage des ressources. Trop longtemps les ressources ont été accaparées par quelques-uns et là, il s?agit de les partager. Le projet MID permettra de sortir par le haut des conflits traditionnels. C?est un projet culturel car il vise à nous faire passer de l?égo-citoyen égoïste, qui pratique le chacun pour soi, à l?éco-citoyen solidaire qui pratique le chacun pour tous. ça s?enseigne dans les écoles. D?ailleurs les jeunes sont plus écologistes que leurs parents. Je milite pour un programme massif de formation et de pédagogie avec la télévision mauricienne. Déjà des entreprises locales ont préparé des petites brochures très bien faites. Il faut regrouper le tout pour bien le diffuser auprès du public mauricien, pour qu?il sache ce qu?il peut faire au quotidien, dans sa maison, son entreprise. Bref, pour être acteur du projet.
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