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«L??aid for trade? ne doit pas être un attrape-nigaud»

1 août 2007, 00:00

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lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

● <B>Quelle lecture faites-vous de l?état actuel des négociations sur le commerce international du point de vue des pays en développement comme Maurice ? </B>

D?abord un constat. Le libéralisme que favorise le système de commerce multilatéral a échoué dans les pays en développement. Même dans les pays qui enregistrent un taux de croissance élevé, cela n?a pas vraiment permis de faire reculer la pauvreté. Les fruits du progrès économique ne sont pas distribués équitablement dans la population.

Il est temps de revoir le système de commerce multilatéral. Le présent cycle de négociations à l?Organisation mondiale du commerce (OMC) était lancé à Doha en 2001 sous la pression des événements du 11-Septembre. Six ans après, nous sommes toujours en train de tourner en rond. Les intérêts des grandes nations prédominent alors que c?était censé être un cycle de développement au service des pays pauvres et ceux en développement. Le processus est bloqué par les pays qui ont les moyens. D?où la nécessité de remettre en question le fonctionnement de l?OMC qui passe actuellement par une crise de légitimité. Pour l?instant, il y a quatre grands blocs, en l?occurrence les Etats-Unis, l?Union européenne (UE), l?Inde et le Brésil qui sont en train d?imposer leur agenda à Genève.

Les Etats-Unis et l?UE essayent par tous les moyens de préserver leurs subventions agricoles. Il existe aussi aux Etats-Unis des tendances protectionnistes dans le cas du textile, par exemple.

?La croissance économique n?entraîne pas forcément une réduction de la pauvreté et une amélioration du bien-être humain. Pour que la libéralisation profite à la population, il faut une approche systémique du développement qui met l?accent sur le partage des fruits du progrès économique.?

● <B>Où se situent les pays comme Maurice dans un tel paysage ? </B>

Les pays en développement, dont Maurice, se retrouvent dans une situation confuse. Ils ne sont pas sûrs si le package de Doha qui préconise une ouverture agressive des marchés leur sera bénéfique. Le système ultralibéral a échoué. Il y a des gens, même à Maurice, qui croient toujours que l?ouverture agressive des marchés est la voie à prendre. Or, nous voyons que plusieurs pays riches n?ont pas ouvert l?accès à leurs marchés et qu?ils continuent à se battre pour maintenir les protections.

● <B> Le libéralisme a néanmoins permis à plusieurs pays de connaître la prospérité économique?</B>

Il est vrai que le Japon et plusieurs pays du Sud-est asiatique ont réalisé des progrès considérables. Ils ont cependant utilisé des méthodes, telles des protections aux industries locales, qui ne sont maintenant plus acceptées par l?OMC. Les pays qui veulent aujourd?hui suivre ce modèle de développement sont pénalisés. Les pays à la traîne souffrent le plus.

Beaucoup d?experts sont d?avis que le cycle de Doha comporte des injustices au détriment des nations pauvres et en voie de développement. Mais il y a comme une certaine acceptation de la réalité selon laquelle il y aura des gagnants et des perdants dans le système. Cela exaspère beaucoup de monde.

● <B>Ne partagez-vous pas l?idée que la libéralisation des échanges stimule la croissance économique, qui à son tour, favorise la prospérité des populations ? </B>

Une étude de la Banque mondiale (BM) en 2005 indique que malgré les réformes entamées par les pays africains, très peu ont réussi à décoller. La BM vient dire que les pays qui ont réduit considérablement leurs tarifs douaniers et autres restrictions quantitatives n?ont pu faire avancer leurs économies. Bien au contraire, les indicateurs sociaux ont continué à détériorer. D?ailleurs, de par les objectifs de développement du millénaire, le continent est à la traîne malgré les réformes macroéconomiques.

J?ai bien peur que cela ne se reproduise à Maurice. Le gouvernement parle d?expansion dans les exports. Toutefois, cela ne se reflète pas sur le visage des gens. Partout, les gens se plaignent et disent ne pas se retrouver dans cette croissance.

La croissance économique n?entraîne pas forcément une réduction de la pauvreté et une amélioration du bien-être humain. Pour que la libéralisation profite à la population, il faut une approche systémique du développement qui met l?accent sur le partage des fruits du progrès économique.

On ne peut pas renvoyer le développement humain en attendant que l?expansion de l?économie le rende possible. Or, à Maurice, le gouvernement demande à la population de serrer la ceinture en attendant le boom économique dans trois à quatre ans. Sans le développement humain, on n?a pas de croissance durable. Si le peuple est au centre du développement, il faut que le gouvernement prenne ses aspirations en considération.

Dans cette optique, nous constatons que l?agenda de développement du cycle de Doha a été complètement mis à l?écart en faveur des règles qui favorisent les riches et les puissants au détriment des pays pauvres et en développement.

Je me demande si l?OMC n?est pas devenue un club des riches. Certes, il y a une plus grande participation des pays pauvres. Toutefois, ces derniers n?ont pas une grande influence sur les décisions. Si c?est vrai que l?OMC préconise un système de commerce international équitable, pourquoi voit-on une multiplication des accords commerciaux bilatéraux et régionaux ? La notion de traitement spécial et différencié qui était censée assurer une dimension de développement au cycle de Doha n?est plus à l?agenda.

● <B> L? aid for trade? (AFT) n?est-elle pas un moyen d?apporter une part de développement au commerce international ? </B>

L?on est en train de pousser en faveur de l?ouverture des marchés des pays en développement pour satisfaire l?appétit des pays industrialisés et émergents. Il faut voir le concept de l?AFT dans cette optique. La notion est en soi une bonne chose. Mais elle suscite beaucoup de questions.

Il y a eu des engagements de grands pays en faveur de l?aide au commerce. Maurice doit faire attention sur ce dossier. Il ne faut pas mettre à dos nos amis qui sont dans la même situation que nous car il s?agit de faire avancer cette cause dans le système multilatéral. Il y a plusieurs obstacles à aplanir avant que l?idée puisse prendre forme.

Il faut d?abord déterminer les domaines qui doivent bénéficier des financements sous l?aide au commerce. Il faut aussi mettre en place les instruments pour déployer ces ressources. Il est aussi important d?établir quelles sont les institutions qui vont gérer ces fonds. Toutes ces questions restent encore sans réponse.

Nous savons que l?OMC n?a pas la capacité de gérer un tel programme. Va-t-on créer une nouvelle institution à cet effet et qui va prendre du temps avant de devenir opérationnel ? Ou alors ce sont les mécanismes existants tels que le Fonds monétaire international ou la BM qui vont faire le travail ? Or nous savons que ces institutions déploient les ressources de l?aide selon des critères définis.

Je suis d?avis que l?AFT ne pourra pas fonctionner avec un système basé sur les conditions. Or, j?ai l?impression que Maurice est en faveur d?une telle approche. Lorsqu?on parle d?accès aux marchés, il faut aussi se demander si les pays comme le nôtre ont les moyens pour prendre avantage des nouvelles opportunités d?exportation. Nous avons un problème de capacité de production que l?AFT est supposée aider à résoudre. Cependant, si on commence à appliquer des conditions à l?aide au commerce, celle-ci n?aura pas sa raison d?être.

Je me demande si l?AFT n?est pas en train d?être utilisée pour que les pays pauvres et en développement ne bloquent pas les négociations à l?OMC. Ne serait-on pas en train de mettre de l?argent à la disposition des perdants potentiels du cycle de Doha ? L?AFT ne doit pas être un attrape-nigaud pour les pays comme le nôtre. A Maurice, nous sommes en train de discuter de l?AFT alors que le système de commerce international se met en place sans tenir compte de nos intérêts.

Propos recueillis par <B>Akilesh ROOPUN</B>

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