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«Je crois dans l?industrie locale»
Propos recueillis par Deepa BHOOKHUN
● Vous êtes à l?industrie depuis neuf mois et nous ne savons toujours pas quelle est votre vision et votre stratégie pour ce secteur ?
Nous croyons dans notre industrie locale et nous l?avons fait ressortir durant ces derniers neuf mois. D?abord, Enterprise Mauritius a fait son textile forum. Nous avons réuni tous les stakeholders pour leur expliquer ce que nous attendons d?eux et pour écouter leurs problèmes. Je dois vous dire qu?à l?heure actuelle il y a une promesse d?investissement de Rs 5 milliards de Tianli, Ciel, Star Knitwear, etc. Nous avons attiré deux autres entreprises ? une mauricienne et une pakistanaise ? pour investir dans le tissage. Cela démontre que nous commençons à avoir un regain de confiance. Mais nous voulons aussi créer une world class industry et nous sommes en train de développer plusieurs autres sources de revenus parce que nous ne voulons pas continuer à dépendre du textile.
● Et comment allez-vous faire cela ?
D?abord, nous sommes en train de créer des lois qui vont aider nos projets. Deux lois vont transformer Maurice ?- l?Equal Opportunities Act et le Competition Bill pour que le Mauricien puisse aspirer au Mauritian Dream et l?atteindre. Le Competition Bill va aider les nouveaux entrepreneurs et en même temps bénéficier aux consommateurs. C?est un fait qu?il y a des secteurs où il y a beaucoup de monopoles et cette législation va prendre cela en considération. Il ne faut surtout pas croire que je suis en train de parler de nationalisation, ce n?est pas du tout ça. Nous nous sommes inspirés des modèles anglais, singapourien et américain pour mettre au point notre législation. L?entrepreneur va être un joueur du marché de par sa force. Chacun aura sa chance.
● À part le cadre légal ?
Vous savez que nous avons 450 000 pieds carrés d?espace qui est disponible à Maurice ? Il faut des gens pour remplir cet espace et produire ! Les entrepreneurs se plaignent de ne pas avoir d?argent, d?espace et de permis. Nous allons régler ces problèmes. Je vais aussi responsabiliser les agences qui tombent sous mon ministère. Ils devront produire des résultats et s?ils ne le font pas, il y aura des sanctions. C?est comme le Mauritius Standards Bureau?
● C?est ce qui explique le limogeage d?Asraf Caunhye?
Mais oui. C?est une question de performances. La MSB ne fonctionnait pas, il n?y a même pas de laboratoire, ils sont en train de perdre des revenus. à une époque, la MSB avait la même réputation que la South African Bureau of Standards. Et vous savez, cela m?inquiète car nous sommes en train de gaspiller l?argent de l?état pour des personnes qui ne font pas leur travail.
«C?est dommage que l?industrie textile a une si mauvaise image. Notre industrie textile doit évoluer vers une ?fashion industry?.»
● Et il n?y a pas de raisons politiques à ce limogeage et à celui d?Appanah ?
Pas du tout. D?ailleurs ces personnes se sont jointes à ces institutions sous un régime travailliste. Ce qui m?importe, ce sont les résultats. Toutes les agences qui sont sous ma responsabilité doivent earn their living.
● Justement qu?êtes-vous en train de faire pour attirer plus d?investissements étrangers à Maurice dans le textile ou ailleurs ?
Je dois vous dire que cela ne tombe pas sous la responsabilité de mon ministère. Cela concerne le BOI qui tombe sous le ministère des Finances.
● Le Central Statistics Office prévoit une contraction de 4 %?
?Et c?est vrai alors que l?année dernière, c?était ?15 %. Donc, il y a une amélioration. Vous savez, notre rôle est celui de facilitateur et je suis confiant que cela va reprendre. Il est important de savoir que beaucoup de choses ne dépendent pas de nous mais nous devons savoir quel secteur est prometteur. Je vous donne un exemple ; je pense que le swim wear n?est pas assez exploité. Maurice est connue comme une destination touristique haut de gamme. Pourquoi ne pas utiliser ce branding pour vendre nos swim wear ? Et nous avons commencé à diversifier. Star Knitwear a produit 12 millions de pièces l?année dernière et n?a produit aucun t-shirt. Nous allons plus vers le higher quality garment. Nous ne sommes plus intéressés avec le basic garment, l?industrie elle-même commence à évoluer. Vous serez peut-être étonnée de savoir que Star Knitwear a 400 vacances à l?heure actuelle qui ne trouvent pas preneurs.
● Et comment allez-vous résoudre ce problème de «mismatch» ?
Notre main-d??uvre doit s?adapter. Un store-keeper aujourd?hui doit savoir manier l?informatique. C?est dommage que l?industrie textile a une si mauvaise image. Notre industrie textile doit évoluer vers une fashion industry. Et si nous allons dans cette direction, nous n?aurons plus à avoir peur du Bangladesh et de la Chine.
● Mais avant que cette nouvelle industrie émerge, nous passerons forcément par des moments difficiles ?
Non, nous sommes déjà passés par des moments difficiles. Notre industrie est diversifiée à l?heure qu?il est. La contraction est aussi due au fait que les Hongkongais sont partis à cause du démantèlement de l?Accord multifibre et des régulations de l?OMS. Mais quand les Hongkongais sont partis, ils ont laissé une solid base of Mauritian entrepreneurs.
● Donc vous dites que le gros des pertes d?emplois est derrière nous ?
Je le pense. Je pense que le secteur commence à se stabiliser. Disons que je suis cautiously optimistic.
● On avait fait un certain progrès à un moment concernant l?harmonisation du secteur textile et du secteur non textile. Avez-vous l?intention de continuer dans ce chemin ?
Tout à fait. L?entrepreneur doit s?occuper à produire. Il ne doit pas s?en faire pour des problèmes structurels ? sa facture d?eau est trop élevée, etc ? ça, c?est mon problème en tant que facilitateur.
● À part le textile, quels sont ces autres secteurs potentiels dont vous parliez plus tôt ?
La bijouterie a énormément de potentiel, je pense. L?année dernière, nous avons exporté des bijoux pour Rs 2,2 milliards et cette industrie a créé 3 500 emplois. Cela peut doubler. Je veux organiser un événement annuel mondial à Maurice pour que tout le monde vienne exposer ses bijoux à Maurice. Le secteur des meubles a aussi du potentiel. C?est un secteur qui génère Rs 624 millions par an et qui a créé 3 600 emplois. Le seafood processing et l?éthanol sont aussi des secteurs prometteurs. Savez-vous que très rapidement, nous allons produire 30 millions de litres d?éthanol annuellement ? Je pense au rhum aussi. Nous avons une capacité de production de 15 millions de litres de rhum par an et nous produisons moins de la moitié dont la plupart pour la consommation locale, qui ne m?intéresse pas trop. Expliquez-moi pourquoi il n?y a pas de bouteille de Green Island sur les étagères de Tesco ? Ce n?est pas normal. Je suis en train de négocier avec Richard Branson pour que Maurice puisse produire le Virgin Rum. C?est le branding qui est important.
«Le gouvernement veut avoir un droit de regard sur les produits essentiels. Quand il y a une distorsion des prix sur le marché, comme pour le lait par exemple, nous allons intervenir.»
● Parlons commerce.Vous avez été très critiqué à vos débuts quand vous aviez insisté sur le contrôle des prix. Avez-vous changé d?avis ?
Le gouvernement veut avoir un droit de regard sur les produits essentiels. Quand il y a une distorsion des prix sur le marché, comme pour le lait par exemple, nous allons intervenir.
● Puisque vous parlez de lait, êtes-vous prêt à refaire l?expérience ?
Oui parce que ce n?est pas normal que quelqu?un occupe autant de place sur ce marché. Ce n?est pas normal, ce n?est pas sain. Il faut de la compétition. Et l?enquête de l?Icac? enfin je ne peux pas me prononcer à l?heure actuelle puisqu?il y a une enquête en cours.
● Vous parliez de pertes du STC de Rs 1,3 milliard à décembre de l?année dernière alors que la STC dit que les pertes sont des Rs 167 millions pour l?essence et Rs 407 millions pour le diesel ? Which is which ?
Les pertes sont à Rs1,6 milliards au 31 mars 2006.
● Et comment avons-nous pu éponger autant de dettes en l?espace de 3 mois ?
Le prix de l?essence a baissé parce que l?Automatic pricing system (APM) a été appliqué à la lettre. La vente de l?essence a été augmentée pendant cette période et la STC a vendu 37 millions de litres pendant cette période alors que nous avions augmenté le prix de l?essence par 20 %.
● Mais ensuite le prix de l?essence a augmenté. Au lieu d?appliquer l?APM, n?aurait-il pas été plus raisonnable de faire un mélange de l?APM et l?ancien système de «Price Stabilizing Fund» ?
Peut-être que vous avez raison et qu?il faut revoir ce système. Car nous avons déjà un backload de 450 millions pour les produits pétroliers que l?APM n?a pas pris en considération. Mais à ce stade, il aurait été dangereux de jouer avec ce mécanisme. Il faudrait le mettre dans un cadre légal.
● On parle beaucoup de votre compagnie de sécurité qui est en train d?avoir beaucoup de contrats ces derniers temps?
Laissez-moi vous dire une chose. Quand je suis entré au gouvernement, j?ai dû démisssioner de la compagnie et vendre mes actions. Aussi, alors que j?avais fait mes débuts en politique, la compagnie avait 200 gardiens de sécurité. Aujourd?hui, il y a à peu près 150. Je vous laisse tirer vos propres conclusions?
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