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«Il y a eu trop de mauvaise gestion et de soif de pouvoir?»

2 décembre 2006, 00:00

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<I>Propos recueillis par Deepa BHOOKHUN</I>

Quels sont les enjeux de ces élections présidentielles?

(Monsieur l?ambassadeur nous montre le manifeste électoral du président Ravalomanana.) Le président Ravalomanana est le seul candidat à avoir un plan d?action. Pour la première fois, les intentions et les engagements du président sont mis sur papier. Et le président fera un suivi systématique chaque six mois car chaque ministre devra venir rendre des comptes. Il y a aussi les indicateurs. Par exemple, en ce qui concerne la criminalité, le nombre de crimes pour 1 000 citoyens est de 4,2 et nous prenons l?engagement qu?en 2012, il sera de 2,6. En bref, à travers ce document, les gens savent où Madagascar veut aller.

Ce plan d?action est-il une rupture avec la politique pratiquée jusqu?ici ?

Pas du tout. (Hésitations?) Vous savez, les gens ont la mémoire courte et occultent les années très difficiles que Madagascar a connues. Après 25 ans de règne de Didier Ratsiraka, le pays était endetté, l?économie, était au plus bas, la pauvreté était à son comble. Marc Ravalomanana hérite donc en 2002 d?une situation catastrophique et ces cinq dernières années ont servi à recoller un peu tous les pots cassés, redémarrer l?économie et l?administration, en bref, remettre Madagascar sur scène. Et il faut avoir une vision de ce que l?on veut faire de Madagascar.

Mais la situation que décrit le plan d?action est celle d?un pays dans un état critique que le président s?engage à améliorer. Il se critique aussi en quelque sorte, non ?

Écoutez, pour pouvoir réaliser un plan pareil, il faut avoir une base. Et c?est cette base qui a été mise en place ces dernières années. Ce n?est pas facile de construire un pays. (Hésitations?) Tout ce qu?il a fallu refaire ces dernières années est colossale ! En 2002, il n?y avait plus de voie ferrée à Madagascar et ce depuis 15 ans. Et nous les avons remises en place. Nous avons réhabilité 5 000 kilomètres de routes. C?est énorme. Mais vous savez si l?on veut faire de la démagogie, on peut venir dire qu?il aurait fallu prendre tout l?argent dédié à la réhabilitation des routes et le donner aux pauvres.

La pauvreté a-t-elle causé un sentiment de ras-le-bol envers l?actuel gouvernement ?

(Hésitations?) Tout est une question de choix. Ou vous faites des routes ou vous donnez cet argent au peuple et vous faites du social. Mais si l?on se contente de faire du social, à long terme, on n?aura plus de projets pour Madagascar. C?est vrai qu?économiquement on n?a pas eu la croissance escomptée mais c?est tout à fait normal quand on prend en considération le passé du pays. Ainsi toutes les ressources ont été utilisées pour remettre le pays à flot. Mais il faut souligner que l?alphabétisation est passée de 40 % à 80 % et il y a énormément de choses qui ont été faites aussi au niveau de la santé. Mais c?est vrai que l?argent n?entre pas nécessairement dans la poche des gens.

Les gens qui ont le ventre vide écouteront-ils ce langage de raison ?

Pas nécessairement. Mais je peux vous dire que la pauvreté est moins grave que dans les années 80 et 90. Mais cette pauvreté a toujours existé, et continuera d?exister si l?on ne met pas en place des projets qui ne sont peut-être pas populaires.

Mise à part la mauvaise gestion des politiciens, comment un pays aussi riche en ressources que Madagascar peut-il avoir autant de pauvreté ?

C?est tout simplement à cause de cette mauvaise gestion, cette soif de pouvoir affolante et peut-être aussi que les priorités nationales n?étaient pas les mêmes que les priorités personnelles. Mais je peux vous dire que cela fait 15 ans que je suis dans ce métier et jamais les choses n?ont été aussi claires et aussi limpides que maintenant. (Il pointe du doigt le plan d?action.)

Quelle est en moyenne le pourcentage de votants à Madagascar ?

Vous me posez une question très difficile. Officiellement, nous sommes 17 millions mais je pense que nous sommes plus près de 20 millions d?habitants. Mais je ne sais pas combien de gens vont voter.

Les gens se sentent-ils concernés par ce qui se passe dans leurs pays ?

Je pense que cette fois-ci, ils vont se sentir très concernés. Avant il y avait beaucoup d?abstention mais je ne pense pas que ce sera le cas cette fois-ci.

La communauté internationale s?est posé des questions lors des dernières élections. La transparence sera-t-elle de mise durant ces élections ?

Je vous rappelle qu?en 2002, Ratsiraka avait refusé d?avoir des observateurs. Il y a 3 000 observateurs étrangers pour ces élections et on ne pourra pas dire que ces élections ne sont pas transparentes ! La crise est finie, tout s?est bien passé pendant cinq ans et c?est maintenant l?heure des élections. Tout ce que l?on peut espérer, c?est que les élections se passent de façon normale.

Votre président est régulièrement accusé d?avoir une mainmise totale sur les affaires de l?état. Vos commentaires ?

J?entends ces accusations tous les jours mais pas une personne n?a réussi à me dire dans quel domaine, où et comment.

D?où vient la remarque ironique de «Madagascar incorporated» ?

Il faudrait demander à ceux qui le disent. Le président n?a pas attendu d?être président pour être chef d?entreprise, pour avoir des avions et des hélicoptères. Son entreprise est une des entreprises les plus florissantes de Madagascar. Pourquoi veut-on absolument que son entreprise soit l?entreprise la plus pauvre de Madagascar ?

Trouvez-vous normal que l?entreprise du président obtienne des contrats du gouvernement ?

Mais sortez-moi ces contrats parce que je ne sais pas de quoi vous parlez. Aujourd?hui, c?est Colas qui fait 80 % des routes à Madagascar et je ne pense pas que Colas appartienne au président. Et si le président à des intérêts dans les routes, ce sont de petits intérêts. En fait ce qui se passe, c?est que le président s?emporte souvent parce que les nationaux ne font pas l?effort de décrocher ces contrats. Il souhaiterait qu?ils prennent en main certaines choses. Mais quand cela ne se fait pas, peut-être que son groupe va de l?avant.

Mais n?y aurait-il pas un conflit d?intérêts ?

Mais il n?a plus rien à voir dans la gestion de la compagnie ! Sa société est gérée par sa famille.

Dites-vous que les Malgaches ne sont pas intéressés à devenir entrepreneurs ?

Ils sont peut-être intéressés mais ils n?ont pas toujours les moyens.

Le judiciaire est-il indépendant à Madagascar ?

Tout a été fait pour que le judiciaire soit plus indépendant. Nous avons un bureau anti-corruption mais on sait qu?il y a encore beaucoup à faire et ce ne sont pas des choses que l?on peut faire du jour au lendemain.

Les investisseurs étrangers se plaignent souvent des difficultés qu?ils rencontrent à Madagascar en termes de disponibilité de terres, de facilités, de bureaucratie, etc. L?investissement étranger n?intéresserait-il pas Madagascar ?

Mais si. Et nous en parlons d?ailleurs longuement dans le plan d?action. L?investissement à Madagascar n?est pas à la hauteur de ce qu?on souhaite. Nous sommes en train de monter l?Economic Development Board of Madagascar, qui est d?ailleurs présidé par un Mauricien. Nous sommes en train de créer dans toutes les ambassades, des antennes de ce bureau. Au niveau des terres, c?est vrai que le sujet a toujours été un peu tabou puisque les gens n?ont jamais voulu céder leurs terres. Mais nous sommes en train de régler le problème qui prendra un peu de temps puisqu?il faudrait d?abord un cadastre. Et un cadastre pour un pays qui est plus grand que la France, ce n?est pas évident. Cela étant, si on avait la chance d?avoir des gros projets comme les Integrated Resorts Schemes que vous avez ici, là on aurait pu trouver des solutions au cas par cas. Les solutions globales sont plus compliquées.

Pensez-vous que Madagascar envoie les bons signaux aux investisseurs étrangers ?

Je ne peux pas parler pour d?autres pays mais par rapport aux investissements mauriciens, cela marche très bien car la confiance a été retrouvée. Plus tôt cette année, nous avons organisé le Madagascar Investment Award 2006 pour remercier les sociétés mauriciennes qui sont présentes à Madagascar et pour encourager celles qui veulent venir. Et ces sociétés mauriciennes présentes à Madagascar sont beaucoup plus à l?aise maintenant qu?il y a cinq ou dix ans. Ce sont des sociétés florissantes comme Courts, La Sentinelle, deux banques, entre autres ; donc au niveau de Maurice, je suppose qu?il y a de bons signaux.

Quels sont les secteurs qui pourraient éventuellement intéresser les investisseurs mauriciens à Madagascar ?

Le secteur des services car la formation a été délaissée pendant longtemps. Dans l?hôtellerie et l?agriculture. Prenez l?exemple de l?importation par Maurice des pommes de terre de Madagascar. Un succès. Et je peux vous annoncer que l?année prochaine, nous exporterons des zébus sur pattes vers Maurice. C?est aussi à nous de développer un peu notre offre pour attirer d?autres Mauriciens.

Si Marc Ravalomanana perdait les élections, cela voudrait-il dire que vous partez aussi ?

Je ne pense pas que ce soit lié !

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