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«Enn move penitans sa»

9 décembre 2005, 20:00

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Depuis dix ans, l?itinéraire quotidien d?Ajay Ramkalawon, 33 ans, se résume au trajet entre son lit et son fauteuil roulant et vice versa. C?est un accident de la route qui l?a condamné à cette existence de reclus. Ajay qui a désormais une vie pour réfléchir, est d?avis que les véhicules à quatre roues «fer dominer ar de laroue ek de lipie. Si pena robot, pieton kapav attan enn heure avant zot kapav traverse cimin. Bann kat larou bisin aret abriti dimounn? »

La date du 1er avril 1995 est gravée au fer rouge dans la mémoire d?Ajay car elle marque la fin de sa vie d?homme debout et le début de son existence d?infirme. Ce matin-là, cet enfant unique enfourche la motocyclette qu?il a achetée, il y a une dizaine de jours, pour aller vendre les «brèdes» que lui et sa mère Biswantee cultivent dans leur cour à Britannia.

Vers 8 h 50, il quitte son village et emprunte la route de La Flora. «Mo pe roule lentement dans mo bor. Enn bis ki pe al Rivière des Anguilles pe vini en sens inverse. Enn kout, enn taxi double bis-la et mo nek trouv enn ver ek zonn (NdlR: les couleurs du taxi) pe fons lor moi. Mo pann gaign letan fer narien.»

Il se retrouve au sol, pris de nausées et de vertiges et incapable de se mouvoir. Un médecin qui se rend à l?hôpital Jawaharlall Nehru de Rose Belle, s?arrête et l?embarque. Arrivé au centre de soins, le praticien qui s?occupe de lui déclare qu?il a la jambe droite écrasée jusqu?à hauteur du genou et le bras droit écrabouillé. «Ti ena telman chiping dans mo la jambe ki dokter la pa finn mem atann ki mo mama arive et finn dir moi li bisin tir lazam la pou mo kapav espere bien. Dan sa ler la, monn bisin aksepte.»

C?est ainsi que du jour au lendemain, il se retrouve unijambiste. Lors de l?intervention, les chirurgiens découvrent aussi qu?un os de la jambe s?est décalé pour se loger dans son ventre. Les médecins confient à sa mère qu?ils ne donnent pas cher de la vie de son fils car il fait une hémorragie nécessitant une transfusion. Quinze pintes y passent.

L?état de santé d?Ajay finit par se stabiliser. Des plaques et des vis sont placées dans son bras. Il reste trois mois et demi à l?hôpital à contempler le plafond. «Enn move penitans sa », dit-il avec un sourire désabusé. «Monn dekouraze net. Ou pense ou lavenir fini lamem. » Les visites et les soins constants de sa mère lui remontent momentanément le moral.

Il est autorisé à rentrer chez lui mais ne peut rien faire seul dans un premier temps. Sa mère doit s?occuper de lui comme un bébé. «Ou konne ki ete sa ? Enn zourne, enn nuit ou bisin alonze lor ledo parski ou blessir pa ankor sec e ki ou lamin dan plat ? E ler ou bouz en tigit ou soufer.» Il met un an avant de pouvoir s?asseoir. «E letan mo drese pou asise, mo senti mo kolonn vertebral kase.»

Lui et sa mère attendent beaucoup de l?issue du procès intenté par la police. Leur déception est à la hauteur de leurs espérances car au bout de cinq ans, l?affaire est rayée «e zame tor inn etabli», raconte Biswantee. Entre-temps, elle s?est lourdement endettée pour qu?Ajay puisse se rendre en Grande Bretagne et y recevoir des soins. «Pre de millions roupies monn pran prete e monn fer papie e ki zordi mo napa kapav rembourse parski pa finn gaigne dédomazeman. Ou riske trouv mo nom enn zour lor lagazet kouma enn dimounn ki doit», explique Biswantee avec tristesse.

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