Publicité

«Choqué par les propos du Premier ministre»

7 mai 2005, 00:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

L?Union européenne fait entendre sa voix à intervalles réguliers surtout quand il s?agit d?allocations de contrats. N?est-ce pas là de l?ingérence ?

Non. Pourquoi ingérence ? En novembre 2004, il y a eu une réunion de bailleurs de fonds avec le gouvernement de Maurice. Ce dernier s?était donc engagé à jouer la transparence. Certaines informations de presse avaient cependant laissé entendre que certaines choses n?étaient pas transparentes. C?est la raison pour laquelle j?ai demandé si ces informations étaient vraies, dans le cadre de l?excellent dialogue que nous avons avec le gouvernement. Normalement je ne peux réagir aux articles de presse mais toujours est-il qu?il n?y a pas de fumée sans feu. Le gouvernement m?a assuré que les informations parues dans la presse étaient incorrectes et qu?il allait mettre en place un système d?évaluation beaucoup plus élargi. Je trouve que le dialogue est nécessaire entre partenaires. Il faut aussi dire que la Commission européenne et le Fonds européen de développement ont fait des dons et des prêts bonifiés. Au total, avec ce que nous avons déjà investi et ce que nous allons investir, cela dépasse les Rs 5 milliards. C?est un élément important?

A prendre en considération quand on alloue un contrat ?

Non. Nous ne sommes pas ici pour dire que le contrat doit être alloué à une compagnie européenne ou non européenne. Là n?est pas la question. Ce que je dis c?est que le procédé doit être transparent.

Je reviens à ce que vous disiez : il n?y a pas de fumée sans feu. Y avait-il du feu ?

Je ne sais pas. Le gouvernement m?a dit que tout allait bien et je dois croire ce que mon partenaire me dit.

Nous avons le sentiment que les Européens pensent que Maurice a tendance à privilégier l?Inde alors que les Indiens pensent le contraire. Est-ce que ce sentiment est justifié ?

(Rires?) Je pense que non. Maurice doit jouer toutes ses cartes dans ses relations avec ses partenaires. De dire qu?elle privilégie l?un ou l?autre, je considère que ce n?est pas un débat.

Vous ressentez quand même cette complexité dans les relations qui lient Maurice à la France et à l?Inde ?

Non, non, non. A cet égard, je n?ai pas ressenti cela. C?est logique que, dans le domaine des Tic, le partenaire soit l?Inde. Mais, dans le développement du «seafood hub», par exemple, je pense que c?est vers l?Europe que Maurice devrait se tourner. C?est en fonction des intérêts pour le bénéfice de Maurice.

Comment réagissez-vous à la virulence des propos du Premier ministre contre la France au meeting du 1er mai ?

Je peux vous dire que cela m?a choqué étant donné que l?Union européenne (UE) reste un des partenaires les plus importants de Maurice si on considère les contextes commerciaux où Maurice peut exporter dans le cadre des relations privilégiées. J?étais donc un peu surpris puisque la France a aussi été citée dans le contexte de l?élimination de M. Cuttarree de la course à l?Organisation mondiale du commerce (OMC). (Hésitations?) Je relativise fortement cette déclaration car ces paroles ont été dites dans le contexte électoraliste.

C?est correct d?insulter ses partenaires lors d?une élection ?

Non, on ne devrait pas le faire mais néanmoins je peux considérer que, dans la ferveur d?un discours à ses partisans, on se laisse aller. Mais c?est quand même le Premier ministre qui parle?

Mais est-ce que vous pensez qu?il y a ce sentiment, du moins du gouvernement, que l?UE et la France, en particulier, ont laissé tomber Maurice ?

Ecoutez, je pense que Maurice garde une position tout à fait privilégiée dans sa relation avec l?UE. Maurice joue un rôle déterminant parmi la famille Afrique, Caraïbes et Pacifique (ACP). C?est remarquable ce qu?a fait Maurice et personne ne peut dire le contraire.

Mais est-ce que la France aurait donné de faux espoirs à Maurice ?

Ecoutez, la déclaration du Premier ministre dans ce sens a été faite dans le contexte des élections au poste de directeur général de l?OMC. Ce sont les membres de l?OMC qui décident, ce n?est ni la France, ni l?UE. Il n?y a pas de relation, il n?y a pas de lien entre la déclaration dans le contexte de l?élimination regrettable de Monsieur Cuttaree et les relations avec l?UE.

Vous pensez que Jayen Cuttaree avait de bonnes chances ?

Ecoutez, Monsieur Cuttaree était un candidat crédible. Je dois vous avouer franchement que j?avais pensé à une finale entre Lamy et Cuttaree et j?ai été surpris que ce dernier soit tombé à ce moment de la course. Mais je dois rappeler fortement que c?est une décision des membres d?un club. Le club s?appelle l?OMC et les membres sont des pays qui travaillent en toute indépendance.

L?opposition à Maurice dit souvent que Maurice n?a plus d?amis parce que nous ne savons plus être diplomates. Nous allons en guerre contre la Grande -Bretagne, les Etats-Unis et maintenant la France? partagez-vous cette opinion?

Non, pas du tout. Maurice a une diplomatie très dynamique. Je peux vous dire que c?est une vraie locomotive parmi les pays ACP et que l?UE considère le rôle de Maurice d?une façon très positive. Maurice n?est pas seule. Pas du tout.

Donc il n?y a pas à revoir notre politique étrangère ?

Ecoutez, tout ce qui est mise à jour, révision, c?est bon. Mais Maurice ne doit pas se remettre en question sous pretexte qu?elle n?a pas d?amis. Maurice a des amis et beaucoup.

En ce qui concerne le dossier sucre, est-ce que l?UE nous a laissé tomber ?

Je ne pense pas que ce soit une question de laisser tomber ou ne pas laisser tomber. Le protocole sucre est lié directement à la politique agricole commune. Cette politique est très ancienne, elle a plus de 40 ans et il fallait absolument la renouveler. Malheureusement, on a perdu vis-à-vis du panel représenté par le Brésil, l?Australie et la Thaïlande et je peux vous dire que cela n?est pas une stratégie pour profiter à d?autres producteurs de sucre car c?est un fait que le Brésil peut changer le prix mondial du sucre car il a une capacité de production énorme. La réforme était nécessaire au niveau interne de la politique européenne. Les conséquences du changement affecteront le protocole sucre.

Mais l?UE propose de baisser davantage le prix ?

Ce n?est pas un secret que la modification de la politique agraire demandait une réduction de prix. Nous avons proposé de réduire d?environ 30 % d?une façon volontaire. Maintenant nous devons répondre à nos engagements au niveau de l?OMC. Ce n?est agréable ni pour les pays ACP ni pour nous.

Pourquoi pas pour vous ?

Parce que nous sommes obligés de tenir en compte les facteurs externes quand nous parlons de politique interne.

Et qu?en est-il de la compensation ?

Je ne veux pas parler de compensation parce qu?il n?y a rien à compenser. Ce qu?il y a, c?est un engagement de la commission qui reconnaît le besoin des pays africains. Donc, nous allons offrir des mesures d?accompagnement. Nous avons identifié trois axes de soutien. Nous allons améliorer la compétitivité du secteur. Nous allons suivre le dossier de diversification et aider les pays ACP à s?adapter à la situation.

Je note que vous n?aimez pas le terme de compensation?

Parce qu?il n?y a rien à compenser.

Est-ce dû au sentiment que les pays «défavorisés» ont tendance à trop demander des pays développés ?

Non. Je pense que c?est une approche proportionnelle. Les opportunités sont là et il faut les saisir.

Quand vous êtes arrivé ici, il y a quatre ans, la pauvreté vous a-t-elle surpris ?

Oui. La question de pauvreté est un élément clé de notre coopération. Et la pauvreté dans un pays avec un revenu d'environ $5 000 par tête d?habitant est choquante.

Je suppose que vous devriez être content de la décision d?Air Mauritius d?avoir porté son choix sur Airbus ?

Ah oui ! Cette décision nous donne satisfaction car c?était un choix qui relevait d?une décision interne d?Air Mauritius. Nous n?avons pas fait de lobby. C?est une reconnaissance aussi de la technologie européenne.

Et la réaction de Boeing ?

Je pense que dans ces situations, le pire c?est d?être un mauvais perdant?

«La question de pauvreté est un élément clé de notre coopération. La pauvreté dans un pays avec un revenu de $5 000 par tête d?habitant est choquante»

«Je peux considérer que, dans la ferveur d?un discours à ses partisans, on se laisse aller. Mais c?est quand même le Premier ministre qui parle?»

Publicité