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« Une personne sur cent est atteinte de schizophrénie et personne n?est à l?abri »
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« Une personne sur cent est atteinte de schizophrénie et personne n?est à l?abri »
<B>Qu?est-ce que la schizophrénie ? Soorendra Lingiah, Mauricien établi en Angleterre, et ex-senior lecturer du Forensic Mental Health de l?hôpital Broadmoor, a animé un atelier sur le sujet, mercredi, au Bureau de l?éducation catholique. </B>
Vous êtes venu à Maurice dans le cadre du symposium sur la diaspora mauricienne. Avant de repartir, vous avez animé un atelier sur la schizophrénie. Qui est Soorendra Lingiah en fait ?
Je suis un Mauricien originaire de D?Épinay. C?est important de le mentionner parce qu?on a souvent tendance à oublier que les petits villages font partie intégrante de la société. J?ai dû quitter Maurice en 1966 à cause du fort taux de chômage. Je refusais l?idée de devoir faire marcher les relations pour avoir un travail, j?ai donc postulé pour intégrer les hôpitaux britanniques.
J?ai ainsi reçu une formation d?infirmier généraliste. Je me suis ensuite spécialisé dans le domaine de la psychiatrie.
Le gouvernement anglais m?a offert des bourses. En plus de ma maîtrise en éducation hospitalière, j?ai plusieurs diplômes professionnels.
Avant de prendre ma retraite, j?enseignais et j?étais chef de département à l?hôpital Broadmoor. Il faut dire qu?au départ le service hospitalier ne m?attirait pas particulièrement, mais à l?époque on n?avait pas vraiment le choix. Si j?ai pu aller aussi loin, c?est parce que je me suis investi à 100 % et aussi parce que le gouvernement anglais m?a donné mes chances.
« La schizophrénie est une maladie qui affecte le domaine cognitif. Votre système nerveux est touché, vous ne pouvez plus vous concentrer? »
<B>Pourquoi avoir endossé la cause des schizophrènes ? Comment définissez-vous cette maladie ? </B>
Une personne sur cent est atteinte de schizophrénie et personne n?est à l?abri. Malheureusement par méconnaissance, on a tendance à stigmatiser les personnes qui en sont atteintes. J?ai choisi ce thème lors de cet atelier dans l?espoir de mieux sensibiliser les gens à cette question. C?est une manière pour moi de mettre mon expérience au service de mon île.
La schizophrénie est une maladie mentale qui affecte le domaine cognitif. Votre système nerveux est touché, vous ne pouvez plus vous concentrer, vous entendez des voix dans votre tête? Elle affecte aussi le domaine affectif, vous perdez toute motivation, vous n?avez plus d?intérêt pour rien, vous vous sentez perdu, émotionnellement vide. Finalement, cela affecte le domaine du psychomoteur. Il y a un décalage entre votre pensée et votre capacité à agir.
<B>Comment contracte-t-on cette maladie et est-ce qu?elle se soigne ? </B>
Des recherches se poursuivent toujours sur ce sujet. On sait que l?origine peut être génétique, elle peut venir d?un désordre au niveau du cerveau. Le stress et un environnement hostile peuvent aussi y contribuer. Selon les chiffres officiels, 25 % de personnes peuvent guérir complètement de cette maladie, 40 % peuvent s?en sortir mais avoir des rechutes deux à trois fois par an, et 35 % des cas sont chroniques. Ces personnes ne peuvent plus travailler et doivent être hospitalisées régulièrement. Pour les soigner, il faut des médicaments, de la psychothérapie, le soutien de la famille et il faut faire l?éducation du public.
<B>Vous avez l?air de beaucoup tenir à ce dernier point ? </B>
Je suis en fait contre toute discrimination et je pense que tout citoyen a une place à part entière dans la société et on ne devrait pas en exclure certains. Il y a ce mythe qui veut faire croire que les personnes qui souffrent de maladies mentales sont dangereuses. S?il y en a quelques cas, vous verrez que ce sont les gens dits normaux qui sont plus violents. Ceux qui souffrent de schizophrénie ont, au contraire, une frayeur en eux et ils restent dans leur monde.
<B>Le service hospitalier est parfois dur envers les malades?</B>
C?est vrai. Ce n?est pas toujours la faute des individus mais des institutions. Parmi les matières que j?enseignais à l?hôpital de Broadmoor, il y avait la gestion dans les hôpitaux, les relations humaines, la prise en charge des salles etc. Je dis toujours que le respect de l?autre est à la base de tout. J?ai animé, l?année dernière, un séminaire à l?intention de la Nurses Union où je traitais la dimension humaine dans les hôpitaux. Il faut savoir que les gens qui travaillent dans ces milieux sont souvent pris au dépourvu. Pour qu?ils ne soient pas déshumanisés à force de côtoyer la souffrance, ils ont besoin de ce que l?on appelle un « in service training » et de sessions de paroles. Ils ont besoin en d?autres mots de parler de leur relation avec le travail, de prendre du recul sur ce qu?ils font.
<B>Vous regagnez l?Angleterre, votre pays d?adoption. Concrètement comment comptez-vous, en tant que membre de la diaspora, contribuer au développement du pays ? </B>
Depuis que je suis à la retraite, je viens régulièrement à Maurice et j?essaye d?apporter mon expertise là où je peux. L?association Friends in hope, par exemple, m?a proposé de l?aider à monter une campagne de sensibilisation pour le grand public. J?envisage aussi d?investir.
J?avais mis sur pied une clinique privée à Fleet, l?Abbey field lodge. C?était une clinique qui offrait un cadre d?hôtel quatre étoiles avec un service de médecins, de psychologues etc. Si cela intéresse le gouvernement mauricien, on pourrait aller dans ce sens.
Dans tous les cas, je suis disposé à faire du bénévolat. J?ai toujours aimé faire du social. Le gouvernement britannique m?avait d?ailleurs donné l?occasion d?être son conseiller pendant trois ans sur un projet consistant à intégrer les intellectuels des ethnies minoritaires dans le monde du travail et dans des postes à responsabilité. Je pense que maintenant que j?ai plus de temps libre, je pourrai apporter mon expérience à Maurice.
<B>Propos recueillis par Corina Julie</B>
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