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« Panem et circenses »

27 mai 2007, 00:00

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La formule est péremptoire. Mais tellement vraie. On a les dirigeants que l?on mérite. Et en retour, ils nous infligent le juste traitement que nous méritons d?eux. C?est l?une des nombreuses merveilles des démocraties? Quand nous choisissons nos représentants ? politiques ou syndicaux ? il faut s?attendre à ce que ces derniers interprètent, à leur manière, ce que nous attendons d?eux. Et à la manière des empereurs romains, nos dirigeants croient savoir ce que nous voulons. Pour eux, la plèbe mauricienne n?a besoin que de « panem et circenses ». Du pain et des jeux du Cirque. Ils ont peut-être raison !

C?est le « panem » de chacun qui importe. Aujourd?hui, comme hier, des décisions sont prises en fonction d?une somme d?intérêts particuliers. Qu?importe si, à l?échelle de la nation, chaque Mauricien s?endette et s?appauvrit ! À l?échelle de sa personne ou de sa famille, il demande toujours à être mieux traité. Ou du moins, à rester dans son confort ? en termes de pouvoir d?achat et de qualité de vie. On en a eu une illustration parfaite cette semaine. Si on se fiait aux syndicalistes, les rues de Port-Louis auraient dû être noires de manifestants jeudi. Mais au final, on a eu droit à un modeste et risible défilé de? 400 personnes !

Ce n?est pas de la faute de nos leaders syndicaux. Certes, ils avaient de manière tonitruante décrété que le « National Pay Council » (NPC) est un tue-syndicaliste et un « casus belli » envers les travailleurs du pays. Mais ils ont surestimé l?attachement des Mauriciens pour leur « pa-nem ». Satisfaits des Rs 260 à Rs 400 d?augmentation qu?ils obtiendront à partir de juillet, nos travailleurs, prétendument très en colère, sont restés, qui au bureau, qui à la maison? douillettement.

Si on ne lui offrait que du « panem » le brave citoyen mauricien ne serait sans doute pas aussi docile. C?est le « circenses » habilement mis en scène qui l?enfonce dans sa léthargie. Tout ce cirque l?amène à regarder tout ce qui se fait d?insipide dans le pays, plutôt que de s?interroger sur toutes les actions utiles qu?il convient de mener.

Les syndicats se braquent sur le NPC, les nouvelles lois du travail? sur tout. Mais ne proposent rien d?alternatif ni de constructif? sinon le « statu quo ». Le gouvernement, en panne d?idées pour donner davantage de « panem » à la plèbe, se résout à faire tout un cirque autour d?une démocratisation, avec un léger accent de revanche. Et à trouver que tous les problèmes du pays seraient résolus en cassant du conglomérat et en réclamant une dîme à quelques rentiers.

Il demande 1500 à 2000 arpents de terre. Mais ne dit pas encore ce qu?il en fera concrètement. Au lieu de clarifier les zones d?ombre et de vulgariser sa politique et son bien-fondé, il décide plutôt de dire que tous ceux qui le critiquent participent à une cabale visant à discréditer le Premier ministre. Si ce n?est pas du cirque, cela y ressemble étrangement !

Alors comment s?éloigner de cette stupide attitude consistant à attendre sa becquée, tout en se gavant du mauvais cinéma qu?on nous propose ? Il y a sans doute mille façons d?y arriver. Mais l?une des manières les plus efficaces demeure l?effort. Notre « Événement » l?illustre à merveille. Ces hommes et femmes que nous vous présentons ont tous pris leur destin en main et n?ont nullement attendu la becquée. Et ils ont, chacun à leur manière, détourné le regard du cirque ambiant pour s?atteler à améliorer leur condition personnelle, sans attendre l?aide ou la bonne volonté de quiconque. Leur « panem », ils le fabriquent eux mêmes. Quelle belle leçon !

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