Publicité

« Nous sommes en échec, le sida est une catastrophe humanitaire ! »

17 juillet 2004, 20:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

<B>C?est votre 4e conférence internationale sur le sida, comment s?est-elle déroulée ? </B>

C?est la conférence la plus organisée et la plus forte que j?ai eu l?occasion de vivre. Vingt mille délégués ainsi qu?une masse d?individus, de prostituées, transsexuels, homosexuels étaient présents. À titre individuel, c?est un moment fort et important. Vous avez là tout ce que les gens peuvent apporter comme solutions pour lutter contre le sida. Des scientifiques, des politiciens, des nutritionnistes, des statisticiens même des activistes.

<B>Parlez-nous des décisions qui ont été prises et des arguments qui ont été débattus ? </B>

L?injustice, on la vit de plein fouet ! Kofi Annan a prononcé un très beau discours visant à rappeler aux politiciens toutes les mesures qu?ils devaient entreprendre pour combattre le sida et qu?ils n?ont pas entreprises. Le discours du Premier ministre chinois était politiquement correct, il a promis d?ouvrir l?accès aux antirétroviraux à la Thaïlande. J?espère que ce ne sont pas des paroles en l?air, parce que jusqu?à présent, 2 000 toxicomanes sont morts à cause d?un manque d?accès aux soins ! Maintenant il clame vouloir faire l?inverse, c?est-à-dire, apporter un soutien et une aide aux usagers de drogue.

<B>À l?heure qu?il est, quelle est la réalité du sida dans le monde ? </B>

(Avec véhémence). Le virus progresse ! Cinq millions de gens sont morts ! Nous sommes en échec. Et pourtant, nous avons les outils pour combattre la maladie. C?est la pandémie la plus grave que l?humanité n?a jamais connue. Est-ce que vous savez que 38 % de la population du Botswana est contaminée ?

<B>Quel a été le sujet le plus controversé de la conférence ? </B>

L?accent a été mis sur les femmes et les jeunes. Notamment en ce qui concerne la contamination par les seringues. Il a été question de distribuer des seringues aux drogués. J?ai été surpris parce que, l?Iran, qui est pourtant un pays très fermé, distribue des seringues dans ses prisons ! Ou encore, l?association indienne de lutte contre le sida a fait venir des témoignages des femmes, belles, confiantes, qui ont le sida mais qui sont toujours debout ! J?aimerais que les Mauriciens entendent cela, parce les femmes mauriciennes porteuses de la maladie sont stigmatisées.

<B>Vous dites que le sida peut être éradiqué. De quelle manière est-ce possible ? </B>

Il existe plusieurs moyens ! Nous avons aussi évoqué l?utilisation des préservatifs féminins. En Afrique, 68 % des infections sont féminines ? La femme est à la merci de l?homme ! Et là où le bât blesse le plus, c?est que 99 % des fonds sont consacrés au traitement par les nouvelles molécules par exemple le Fuzeon. Et seulement 1 % du fonds pour la recherche d?un vaccin ! C?est peut-être vrai qu?il est plus rentable de soigner à long terme, mais c?est un vrai scandale. Lors de la conférence, les spécialistes ne prévoient pas de trouver un vaccin sûr avant 20 ans au moins !

<B>Parlez-nous des temps forts de cette conférence. Qu?est-ce qui vous plonge dans cette profonde émotivité ? </B>

J?ai vu des groupes de gens des trois sexes défiler ensemble. Des individus qui demandent le droit de vivre, des activistes qui élèvent la voix contre ceux qui ont de beaux discours et qui ne bougent pas ! Je connais ces militants depuis bientôt 10 ans et on se soutient mutuellement dans cette lutte. Ce qui me touche aussi, c?est de voir Richard Gere, par exemple, sensibiliser l?opinion en utilisant sa notoriété. Après notre marche symbolique, nous avons aussi planté un arbre, en signe d?espoir.

<B>Cette expérience a forcément renforcé votre combat contre ce fléau. Quelles sont vos projets ? </B>

Cette conférence a surtout renforcé mes convictions. Le sida tue 10 000 personnes par jour, alors il faut agir ! En ce moment, je puise de nouvelles idées, et dès que je rentre au pays, j?attaque une nouvelle stratégie. Il faudra se réunir autour d?une table, discuter avec les politiques, que l?opposition aille dans la même direction que le gouvernement. Nous n?avons plus le temps ni les moyens d?attendre et de ne rien faire ! Notre lutte, elle est continuelle, elle ne sera jamais finie !

Publicité