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« Nous ne menons aucune lutte locale avec nos amis indiens »
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« Nous ne menons aucune lutte locale avec nos amis indiens »
> Les priorités de la France dans la francophonie sont la langue, la préservation de la diversité culturelle, de la démocratie et des droits de l?homme. Où se situent le développement et l?économie dans toutes ces notions ?
L?économie est un aspect important de la francophonie. La France perçoit la francophonie et la langue française comme le moyen pour les pays en développement, qui ont le français en partage, de communiquer avec le reste du monde, de maîtriser les instruments de la modernité et de participer au processus de développement. C?est un élément irremplaçable pour la plupart d?entre eux.
> La seule et dernière conférence des ministres de l?Économie et des Finances de la Francophonie date d?avril 1999. Pourquoi ?
Je ne sais pas pourquoi cette formation ne s?est pas réunie depuis 1999. Mais il y a eu récemment une réunion des ministres de l?Agriculture de la Francophonie à Paris à l?invitation du ministre français pour préparer le prochain sommet de la Francophonie qui aura lieu en novembre au Burkina-Faso. Il sera consacré aux questions économiques. Le ministre mauricien de l?Agriculture, Nando Bodha, a participé à cette réunion et a prononcé une intervention sur le thème de l?accès préférentiel aux marchés. L?agriculture est très importante pour de nombreux pays francophones en développement et aussi pour la France.
> La France est le premier partenaire économique de Maurice. Comment maintient-elle cette relation ?
Nous avons développé au cours des dernières décennies un ensemble d?actions qui font que les entreprises françaises sont présentes à Maurice et sont intéressées par le marché mauricien. Les entreprises mauriciennes ont également des correspondants et des partenaires en France. Les relations ont atteint un niveau où les choses s?auto-entretiennent avec l?appui des pouvoirs publics. Les Français sont les plus nombreux à s?intéresser à la cybercité et au développement des nouvelles technologies de l?information et de la communication à Maurice. En dépit des changements qui se produiront inévitablement, avec l?évolution des politiques européennes dans le domaine agricole et textile, cette relation entre la France et Maurice continuera à se renforcer.
> On a beaucoup parlé de coopération économique entre Maurice et la Réunion, mais rien n?a démarré jusqu?ici?
Les choses avancent. La difficulté entre la Réunion et Maurice, c?est la différence des régimes douaniers. Il faut définir un cadre spécial avec l?Union européenne et obtenir une dérogation aux règles commerciales de droit commun. Il est dans l?intérêt réciproque des deux îles de faciliter les échanges entre elles. Ce sera un pas important pour s?aguerrir et devenir plus compétitives dans un marché de plus en plus libéralisé.
> L?Inde risque à terme de devenir le premier partenaire économique de Maurice. Cela inquiète-t-il la France ?
Je ne crois pas que le problème se pose en ces termes. La France et l?Inde ont d?excellentes relations. À Maurice, les pouvoirs publics ont un rôle à jouer dans l?implantation des entreprises, mais finalement, ce sont les entreprises elles-mêmes qui décident d?investir ou pas. Les entreprises françaises ? et indiennes sans doute ? ne viendront ici que si elles trouvent des conditions pour être rentables. Ce qui est important pour elles, c?est que les conditions de concurrence soient équitables : pas de favoritisme ou de régime particulier qui soient accordés aux entreprises d?autres pays, d?Inde ou d?ailleurs. Il faut un level playing field pour tout le monde.
> Existe-t-il une lutte d?influence politique et économique entre la France et l?Inde à Maurice ?
Nous ne menons aucune lutte locale avec nos amis indiens. Comme le dit le Premier ministre Bérenger, les liens de Maurice avec l?Inde sont ombilicaux, nous en avons parfaitement conscience. Les racines de la culture et de la présence française à Maurice sont également très profondes. Mais chacun joue son jeu et c?est normal. Nous sommes ici pour développer nos intérêts et faire avancer notre façon de voir, nous comprenons parfaitement que nos amis indiens fassent de même. Mais il n?y a aucune agressivité dans notre démarche, ni vis-à-vis de l?Inde, ni vis-à-vis d?un autre partenaire.
> Le renouvellement de la flotte d?Air Mauritius attire Boeing et Airbus. Boeing songe même à apporter des aides socio-économiques à Maurice. Comment réagit la France ?
Depuis une quinzaine d?années, Airbus a développé une stratégie gagnante en créant une famille d?avions reconnus comme étant les meilleurs. Les propositions de Boeing, que je ne connais pas dans les détails, tendent à le prouver. S?il en est à proposer des avantages socio-économiques pour vendre ses avions, c?est peut-être que ceux-ci ne sont pas très concurrentiels. En tout cas, Airbus est intéressé à maintenir sa place prépondérante chez Air Mauritius en fournissant les appareils dont la compagnie a besoin, ce qui lui permettra de rationaliser sa flotte.
Propos recueillis par Rabin BHUJUN
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