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« Nous aurons une saison cyclonique normale »

24 décembre 2005, 20:00

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lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

Par Erick BRELU-BRELU

<B>Quel temps prévoyez-vous pour cette période de fêtes ?</B>

Il n?y aura pas de grande évolution : nous aurons le même type de beau temps et ce, jusqu?à la fin de la semaine. Nous sommes toujours sous l?influence d?une dorsale de haute pression qui va s?affaiblir peu à peu. Ce système de haute pression nous amène un courant d?air chaud du Nord-Est, qui soufflera pendant cette période. Toutefois, il y a de fortes probabilités de brise de mer nous apportant, dans l?après-midi, des ondées localisées dans la partie sud-ouest de l?île et sur le plateau central. Il y a également une faible possibilité d?orages isolés. La mer, quant à elle, sera bonne. Les températures seront au-dessus de 28 °C sur le plateau central et de 33 °C sur le littoral. Ainsi, l?on pourra fêter Noël dehors.

À partir de lundi ou mardi, il y aura un changement de régime climatique sur Maurice et Rodrigues. Nous devons nous attendre à plus de pluies, surtout les après-midi. L?atmosphère sera très instable et cela durera jusqu?à vendredi prochain. Des pluies orageuses sont à prévoir pour le nouvel an. Mais on ne le dit pas assez : la météorologie n?est pas une science exacte !

<B>Que pouvons-nous dire de l?actuelle saison cyclonique ?</B>

D?après nos observations et projections, nous aurons une saison cyclonique « normale », avec une dizaine de formations qui seront nommées. Nous prévoyons un temps plutôt mouvementé fin janvier et en février. Il faudra s?attendre à des températures très élevées durant la deuxième partie de janvier et tout le mois de février. Si cette situation dure, elle sera inconfortable et il faudra protéger les personnes vulnérables : enfants, personnes malades et âgées. Elles devront être maintenues à l?ombre et s?hydrater régulièrement.

<B>Quelles sont vos prévisions quant à l?intensité des cyclones ?</B>

Nous prévoyons des cyclones de forte intensité dans l?océan Indien. Mais cela ne veut pas dire que nous en aurons qui passeront sur ou très près de nous. Tout cyclone sera suivi de près, et nous pourrons donner des informations fiables quant sur sa trajectoire quatre jours à l?avance.

<B>Pourquoi aurons-nous des cyclones de forte intensité ?</B>

C?est tout simplement dû au fait que nous vivons une période de changements climatiques. Il y a plus d?humidité dans l?air. La température de l?eau dans les zones de formation des cyclones est plus élevée, ce qui entraîne plus d?évaporation. D?où une basse pression amenant la formation de cyclones. Qui dit température plus élevée sur une période conséquente dit formation de cyclones plus intenses.

<B>Et qu?en est-il des effets des phénomènes El Nino et El Nina ?</B>

La situation est actuellement revenue à la normale dans le Pacifique Sud, où ces deux phénomènes ont lieu. Consé-quence : leurs effets sur l?ensemble des climats de la planète sera très faible cette année.

<B>Aurons-nous un été plus sec ou plus pluvieux ?</B>

Nous prévoyons une pluviométrie « normale », soit une moyenne de 1 300 mm à Maurice et 800 mm à Rodrigues. Nous n?aurons pas de sécheresse. Côté agriculture, cette pluviométrie ne sera pas une catastrophe pour les cultivateurs? sauf si un cyclone violent survient dans nos parages ! Mais, je le redis, en cas d?absence de cyclone puissant dans nos environs, nous aurons une pluviométrie normale et favorable à l?agriculture, plus particulièrement pour la canne à sucre.

<B>Cela fait un an que le tsunami a frappé l?Asie du Sud-Est?</B>

Il faut savoir qu?un tsunami d?une telle intensité est un phénomène très rare. En outre, tous les tremblements de terre dont l?épicentre se trouve sous la mer ne génèrent pas de tsunamis. Il faut que des conditions précises soient réunies pour qu?un tsunami se manifeste : un séisme sous-marin, le déplacement vertical des plaques tectoniques.

Dans l?océan Indien, il y a deux zones qui, de par leurs plaques lithosphériques, sont susceptibles de provoquer des tsunamis après des séismes sous-marins. La première concerne l?Indonésie, longe la fosse de Java, alors que la seconde concerne la plaque iranienne (Inde, Pakistan et Iran). Si un tsunami est signalé dans ces zones, nous en serons immédiatement informés et cela nous donnera entre sept et huit heures pour agir.

Ainsi, le système qui a été mis en place à Maurice nous permettra d?avertir la population de manière efficace trois à quatre heures avant qu?un éventuel raz de marée ne touche nos côtes. Notre expertise au niveau des alertes cycloniques sera également d?une grande aide. Nous avons les moyens d?éviter d?être pris au dépourvu et le temps de prendre les précautions nécessaires.

L?année 2006 verra l?installation, à Maurice, d?équipements pour mesurer tout séisme ainsi que le niveau de la mer. Nous serons ainsi mieux armés pour faire face à tout éventuel tsunami.

<I>« L?année 2006 verra l?installation
à Maurice d?équipements pour mesurer tout séisme »</I>

<B>Quels ont été les résultats concrets de la conférence de l?Organisation des Nations unies pour l?éducation, la science et la culture (Unesco), organisée à Maurice en début d?année ?</B>

Sur les 29 pays de l?océan Indien concernés, 28 ont déjà identifié une institution qui doit donner l?alerte. Un réseau de communication inter-États a déjà été élaboré. La question du tsunami nous touche tous, et elle a été traitée de manière très sérieuse par tous les protagonistes. La conférence a ainsi permis de créer quatre groupes de travail.

<B>Jacques Chirac avait annoncé que le centre de coordination régional serait situé à la Réunion. Qu?en est-il ?</B>

La rencontre de Maurice a été suivie par d?autres à Perth, Singapour et, la semaine dernière, à Hyderabad. Cela démontre l?attention que porte la communauté internationale au fait que nous puissions prévenir les conséquences désastreuses d?un tsunami comme celui de l?an dernier. En tant que scientifiques, nous avons identifié des critères pour la localisation des centres régionaux, mais le choix final dépend des politiques.

Jusqu?au 1er juillet de l?an prochain, l?alerte anti-tsunami sera donnée par le Japon et Hawaï. D?ici là, les pays de la région (Inde, Malaisie, Indonésie, Thaïlande, Australie, France?) doivent mettre en place un système foolproof certifié par le comité d?océanographes de l?océan Indien de l?Unesco. Il faudra également décider quel pays hébergera ce centre régional. Chacun fait son lobbying?

En tant que scientifique, je recherche la meilleure option pour Maurice : nous essayons de bâtir un pays prêt à faire face à toute catastrophe naturelle ? cyclone, tsunami, glissement de terrain, volcan?

<B>Tout cela demande un personnel qualifié et formé?</B>

Nous avons une centaine d?employés ? professionnels, techniciens météo et techniciens électroniciens, responsables de l?entretien de tous nos équipements. Notre personnel doit être encadré et bénéficier de formation continue pour être les meilleurs. Il faut savoir qu?en météorologie, les choses avancent à pas de géant et si vous n?êtes pas à jour, vous êtes largué.

De ce constat est née notre décision de « construire » une formation qui pourrait répondre à ce besoin. Nous avons travaillé sur ce projet et avons, avec l?aide de la Commission de l?océan Indien et de l?Union européenne, initié un centre de formation et de recherches à Vacoas. Il s?adressera à l?ensemble des pays de la région (Madagascar, Seychelles, Comores, Réunion et Maurice) et proposera des formations diverses, surtout l?utilisation des données satellite pour améliorer les conditions économiques des habitants de nos pays. Notre centre fera appel à l?expertise internationale de Metéo France ; des services météorologiques britanniques, australiens et américains ; de l?Unesco. Ce centre ouvrira ses portes en janvier de l?année prochaine.

<B>Ce centre offrira-t-il des cours à des non-spécialistes ?</B>

Il proposera des formations taillées sur mesure pour différents publics : par exemple, un cours d?initiation à la météorologie pour les journalistes? Mais l?essentiel des cours sera destiné aux professionnels ou amateurs confirmés en météorologie. La science liée à cette discipline évolue très vite, plus particulièrement pour tout ce qui concerne la technologie spatiale. D?où l?importance d?avoir des gens bien formés. Il nous faut les encadrer pour être les meilleurs.

<B>Combien de stations synoptiques comptez-vous ?</B>

Nous avons six en tout : deux à Maurice, deux à Rodrigues, une à Agaléga et une à Saint-Brandon. Nous avons aussi un réseau d?observation de 25 stations automatiques. Nous bénéficions d?un réseau d?environ 200 amateurs qui gèrent des stations d?observation météorologiques et font des relevés de pluviométrie et de température.

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