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« Mon parti m?a lâché »

4 mai 2008, 00:00

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Quand avez-vous entendu prononcer pour la première fois le nom de Jean-Hugues Michaud ?

Pravind Jugnauth m?en a parlé il y a deux mois. Il m?a dit qu?un chef d?entreprise, qui habite dans ma circonscription, souhaitait se joindre au MSM. Et il m?a annoncé son intention de l?intégrer pour m?aider.

Et alors ?

Disons que l?aide en question a été plus importante que prévu. Contrairement à d?autres avant lui, cet homme ne s?est pas contenté d?assister à mes réunions. Et personne ne m?a dit qu?il allait prendre les rênes de la circonscription, jusqu?à revoir le comité régional. Tout ça dans mon dos !

En clair, l?allié vous a doublé.

Disons-le comme ça. J?ai surtout le sentiment que mon parti m?a lâché.

Pour vous, il n?était donc pas question de collaborer avec Michaud ?

Au début, si : un coup de main n?est jamais de trop. Mais ensuite, sa façon de faire m?a déplu. Ses projets de réorganisation, tout ça, à aucun moment il ne m?en a parlé. Un minimum de correction, mon ami !

Dès lors, vous vous retrouvez dans la peau d?un démissionnaire ?

Non, ça remonte à plus loin. Démissionner me trottait dans la tête depuis l?année dernière. En fait, je n?ai jamais été à l?aise au MSM, ça a coincé dès le début.

Que s?est-il passé ?

Après la défaite de 2005, la ligne du parti, c?est de dire que nous avons perdu à cause de Bérenger. Cette analyse, moi, je n?y ai jamais adhéré. Ensuite, plus les mois passaient, plus je me sentais en marge du parti. Mes convictions, mes valeurs, mes principes ne cadraient plus avec les directives du Sun Trust.

Dimanche dernier, vous avez rencontré Pravind Jugnauth. Que vous êtes-vous dit ?

Ce week-end-là, j?étais très mal. Pas seulement moi, ma famille aussi. L?escalade de la rumeur, la presse qui s?en mêle, le téléphone sans arrêt ; nous étions à bout. Alors, dimanche, je décide d?agir. Je téléphone à Pravind Jugnauth en début de soirée pour lui demander de me recevoir. Il me dit de passer chez lui vers 21 heures. Là, je lui explique que je compte m?en aller. Mais il me demande de rester, il me dit qu?il peut tout arranger. Trop tard, j?ai pris ma décision. Finalement, on passe une heure ensemble, puis on se serre la main. Sur le chemin du retour, en voiture, je sais que je n?irai pas plus loin avec le MSM. Le lendemain après-midi, j?écris ma lettre de démission et je la faxe au Sun Trust. Là, c?est comme un grand boom à l?intérieur de moi. Aujourd?hui encore, je dors mal.

Partir à trois jours du 1er mai, sacré timing?

Il fallait prendre une décision, meeting ou pas. Je n?ai pas envie de rentrer dans les détails, mais si je continuais comme ça, ma famille en aurait souffert.

Vous avez reparlé à Pravind Jugnauth depuis ?

Non.

À Nando Bodha ?

Je l?ai vu mardi à l?Assemblée nationale.

On s?est salué sans se dire un mot.

Avez-vous des regrets ?

Un seul : le fait d?avoir mis mes convictions entre parenthèses. Peut-être aussi de ne pas avoir démissionné plus tôt.

D?autant que vous aviez un autre point de désaccord, au sujet du retour de la peine de mort.

C?est exact. Cette proposition du MSM m?a bouleversé, ça a été la goutte d?eau. En janvier, après un quadruple meurtre à Tyack, les gens ont commencé à reparler de la peine de mort. Pravind Jugnauth s?est engouffré dans ce débat avec une bonne dose de populisme. Du pur racolage électoral.

Il n?y a pas eu de débat au sein du parti ?

Un débat ? Vous plaisantez ! Il n?y a pas de débat au MSM. Ni sur la peine de mort, ni sur rien d?autre. Ce parti a un gros déficit de communication interne.

Qui est le monarque : le père ou le fils ?

Difficile à dire, les frontières sont floues.

En privé, vous déploriez également l?entêtement de Pra-vind Jugnauth concernant le poste de Premier ministre. Là-dessus, vous n?étiez pas non plus sur la même longueur d?onde?

Non, c?est vrai. Moi, je suis convaincu qu?un non-Vaish peut être élu à la tête du pays. Pravind Jugnauth, lui, n?a rien d?autre à proposer que d?être Premier ministre et de rétablir la peine de mort. C?est un programme, ça ?

On croirait entendre Rajesh Bhagwan?

Ça n?a rien à voir ! Moi, je crois qu?une alliance entre le MSM et le MMM est encore possible. Si j?arrivais à être ce pont, je serais l?homme plus heureux du monde. Quitte à démolir le pont une fois que chacun l?a franchi.

Sauf qu?un viaduc PTr-MSM pourrait bien enjamber votre pont?

Oui, je vois ça venir. Ce n?est pas un hasard si le leader du MSM épargne Ramgoolam et s?acharne sur les seconds couteaux. Mais bon, une telle alliance serait purement électoraliste, ce se-rait triste pour le pays.

Parlons de votre avenir. Votre rencontre avec Rajesh Bhagwan a donné quoi ?

Rajesh Bhagwan est un ami. Il sait que je vis une période très dure psychologiquement. Il m?a simplement appelé pour me réconforter.

Vous ne vous êtes pas vus ?

Si, mardi, au Parlement? Bon d?accord, on s?est vu aussi en privé, et alors ? On se voit régulièrement. Mais nous n?avons pas évoqué mon avenir politique.

Mais n?êtes-vous pas élu dans une circonscription MMM ?

Si, mais la seule chose dont j?ai envie pour le moment, c?est d?être libre.

En privé, on dit que vous négociez un ticket mauve pour 2010?

C?est faux. On dit n?importe quoi, notamment que je suis déjà au MMM. Quelqu?un m?a même arrêté dans la rue pour me féliciter. Une adhésion contre un ticket, c?est vrai, ce serait logique. Mais je n?en suis pas là.

Qu?est-ce qui vous retient ?

Je vous l?ai dit, c?est ma liberté.

J?ai besoin de souffler après ce que j?ai vécu.

Résumons : vous dites que le navire MSM se trompe de cap, vous sautez en marche, un autre bateau passe, vous êtes ami avec l?un des capitaines, il vous fait signe de monter? et vous ne montez pas ; vous aimez la nage, vous !

J?aime l?eau fraîche et ça tombe bien, car j?ai besoin de me rafraîchir les idées. Donc je reste là un moment avant de prendre une décision.

Décider de quoi ?

De continuer ou d?arrêter la politique.

Et si votre ami Bhagwan vous aide à décider en vous faisant une proposition ferme ?

Alors j?y songerai.

En attendant, je vous propose de songer à votre moralité.

« Moralite pa rempli ventre », a dit un jour Jugnauth !

Oui, mais on pourrait vous demander ce questionnaire si vous changez de camp, alors autant prendre un peu d?avance. Test un : un chauffard vous dou-ble en vous humiliant. Un peu plus loin, vous le retrouvez en panne ; vous arrêtez-vous ?

Oui.

Je n?ai pas dit que le chauffard était une déesse?

Peu importe, je m?arrête.

La banque se trompe et ajoute Rs 100 000 sur votre compte. Vous leur en parlez ?

Immédiatement et je rends l?argent ! Même une roupie si elle n?est pas à moi.

Le dalaï-lama est à Maurice. Si vous le recevez, la Chine annule le projet Tianli. Que faites-vous ?

Aïe, difficile? Je l?aurais bien rencontré, le bonhomme dalaï-lama. Hum? non, je pense d?abord à mon pays et je lui envoie un mot de soutien.

On vous remet une cassette vidéo qui décrédibilise Pravind Jugnauth, qu?en faites-vous ?

Je la détruis.

BIO EXPRESS

● Né le 12 avril 1958, à Beau-Bassin.

Marié, père de deux filles.

● Profession : directeur des ressources humaines chez Total-Mauritius.

● Député de Beau-Bassin-Petite-Rivière.

● Ex-membre du MSM (2005-2008).

● Diplômé en ingénierie mécanique (université de Delhi).

● Signe particulier : ce guitariste féru de jazz est devenu une encyclopédie sportive après des milliers d?heures d?entraînement? devant sa télévision.

SES 5 DATES

■ 1982. Obtient son diplôme d?ingénieur en Inde.

■ 1989. Entre chez Esso (devenu Total) comme Marketing Assistant.

■ 2001. Attentats du 11 Septembre. « Le monde n?est plus pareil depuis. »

■ 2005. Élu député de Beau-Bassin-Petite-Rivière sous l?étiquette MSM-MMM.

■ 2003. Décès de Pandu Naidu, son père. « Il me manque encore plus depuis que je suis en politique. »

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