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« Ma prochaine priorité sera la formation des directeurs d?école »

16 octobre 2004, 20:00

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L?enfant qui a achevé cette semaine son année de CPE est-il différent de celui d?il y a cinq ans ?

Il est trop tôt pour mesurer l?impact de la réforme, mais je dirais que les occasions de s?épanouir se sont multipliées. J?ose espérer qu?en termes de stress, il a été moins bousculé, qu?il a profité d?un programme plus aéré. J?aurais été plus catégorique s?il avait bénéficié de l?enseignement de la citoyenneté et des matières artistiques, mais nous avons été confrontés à d?énormes critiques selon lesquelles nous alourdissions un programme déjà chargé. Je garde espoir : certaines écoles ont suivi malgré tout.

Ce stress qu?on lisait sur les visages des parents devant les grilles des écoles cette semaine, ne signifie-t-il pas que l?on n?a pas encore dédramatisé le CPE ?

Ce stress-là n?a rien à voir avec le traumatisme associé au CPE du temps du ranking. Je crois qu?il est l?expression de cette dose saine de compétition que nous souhaitions d?ailleurs préserver. Il est normal que les parents veuillent pour leurs enfants les meilleures notes possibles. Cela dit, c?est vrai que l?obstacle majeur reste la mentalité, la lenteur avec laquelle le changement évolue. Nous devons gérer un héritage culturel?

... qui a aussi pour nom « leçons particulières ». Disons-le franchement : la pression sur l?enfant est toujours la même, malgré la régionalisation.

Les « leçons », c?est un cercle vicieux. Les profs les offrent parce que les parents en demandent, les parents en demandent parce qu?ils ont l?impression que le travail en classe ne suffit pas. Et le travail de classe se poursuit aux heures des leçons. Mais le problème de fond, c?est un programme trop chargé. Nous avons commencé à l?alléger en modifiant l?EVS. Mais aller trop vite conforterait la thèse de ceux qui nous reprochent d?avoir détruit l?élite en régionalisant. On risque aussi de se heurter à l?incompréhension des parents qui n?accepteraient pas aisément l?idée que l?enfant apprenne « moins ».

Mais comment changer les pratiques sans actions fermes ?

L?éducation est un secteur extrêmement sensible. Touchez à tout, pas aux enfants. Toute réforme doit être financièrement soutenable, moralement juste, pédagogiquement bien fondée et socialement acceptable. Après trois ans et demi, j?ai senti une certaine lassitude par rapport aux réformes. On doit réformer mais pas tout, tout de suite. Plutôt que d?arriver à faire cela, il était plus important pour moi de « pérenniser » la réforme, de poser des bases pour que l?on continue à progresser graduellement. Nous avons ainsi ouvert beaucoup de chantiers.

Cette tension qui persiste, tient à la crainte de ne pas avoir un bon collège. Un « beau » collège n?en fait pas un « bon ».

Les qualifications requises pour enseigner ont été rehaussées : un « A level » plus deux-trois ans. En 2000, il y avait 52 % de diplômés d?université dans les collèges. Début 2004, ils étaient 59 %. Les choses évoluent. Il faut du temps. À cela s?ajoutent des facilités accrues pour la formation professionnelle. En 2000, 30 % des enseignants détenaient un certicat du MIE. En 2004, ils étaient 44 %, et en 2005, ils devraient être 50 %. En outre, désormais, un jeune qui s?intéresserait à la profession peut aspirer à une formation du MIE directement après le HSC au lieu d?enseigner d?abord et d?attendre une occasion. Au MCA, enfin, nous négocions des cours à distance.

Les bonnes écoles sont aussi celles qui sont bien gérées et celles où les parents s?impliquent. Elles ne sont pas aussi bien gérées qu?elles devraient l?être. Nous sommes en négociation avec les Britanniques pour une formation pointue destinée aux chefs d?établissements, calquée sur celle qui, en Angleterre, est une condition préalable à toute désignation.

Je compte faire de la formation des directeurs ma priorité l?an prochain. Je voudrais aussi voir les parents jouer un plus grand rôle dans les school boards, dans la gestion du budget des écoles. C?est un terrain très sensible. Nous parlons là d?une bureaucratie qui a duré très longtemps. Il faut une structure pour que les parents expriment correctement leur intérêt.

Quand vous dites 21 800 « admissions», vous voulez dire qu?il y aura de la place pour tout le monde ?

Ce chiffre est une projection de la demande, une moyenne établie à partir des données sur le taux de réussite des quatre dernières années. Le nombre de places disponibles est légèrement supérieur. 21 800, ce sont donc les admissions projetées dans les collèges d?État et privés ? pour ceux qui ont réussi ? et dans les classes pré-professionnelles pour ceux qui ont échoué mais sont trop âgés pour refaire le CPE. En 2004, nous ne sommes pas parvenus à absorber dans la filière préprofessionnelle tous ceux-là; avec 3 300 admissions effectives sur 4 200 demandes, nous perdions 3 %. Cette année, nous avons des places pour toute la « clientèle ». La totalité des établissements offrira la filière pré-professionnelle. Nous discutons actuellement d?une harmonisation.

Où mènent ces classes pré-professionnelles ?

Dès l?an prochain, nous lancerons, à titre expérimental, le projet d?une attestation de compétences que l?adolescent pourra décrocher quand il quittera l?école à 16 ans. Elle prouvera ses compétences en écriture-lecture, en mathématiques, en informatique. Nous sommes aidés, dans l?élaboration de ce projet, par le ministère anglais de l?Éducation, une équipe d?experts canadiens et l?Unesco. Le professeur Manrakhan vient, dans ce cadre, de rencontrer le privé.

La filière pré-professionnelle est un succès dans certains collèges. Dans d?autres, ces classes se résument à des garderies. Nous entreprenons dans quelques mois une première évaluation. Nous repenserons le recrutement du personnel. Concernant la pédagogie, je suis en présence des premières recommandations fort pertinentes d?un groupe de travail « pluriel » (syndicat, enseignants du privé et du public, etc.). Avec ces recommandations et celles du comité présidé par Rada Tiravasen sur le médium d?enseignement, nous devrions arriver à quelque chose.

Pourra-t-on, grâce au projet ZEP, observer dès cette année ne serait-ce qu?un léger recul de ce taux de près de 40 % d?échec scolaire ?

L?absentéisme dans les écoles ZEP a chuté de 9 %, toutes écoles confondues : c?est une première victoire. Mais il faudra attendre au moins six ans pour des résultats concluants. Il y a plusieurs causes à l?échec scolaire : l?environnement de pauvreté, culturelle et économique ; la pédagogie ? un programme d?études trop chargé, des méthodes qui ne facilitent pas l?apprentissage, la non-reconnaissance de la langue maternelle, la qualité des enseignants ; les infrastructures scolaires et la gestion de la vie scolaire. Nous avons commencé à agir sur tous ces plans. Comme tout projet, cela prend du temps. Par exemple, il faut gérer la menace des enseignants de lever le pied s?ils n?ont pas d?allocations pour le projet de « literacy ». Beaucoup d?écoles manquent de salles spécialisées.

Rappelez-nous le processus d?admission en Form I.

Tout est informatisé. Depuis deux semaines, le MES a entré une liste de collèges choisis par ordre de préférence à côté du nom de chaque enfant. Ceux qui ont les meilleurs résultats verront leur premier choix approuvé. Dans un collège de 80 places, par exemple, les 30 premières places sont allouées à ceux ayant un aggregate de 20, les 30 autres aux aggregate de 19, et les 20 places restantes allouées selon le critère résidentiel. Ce critère intervient quand il y a plus de demandes que de places.

Deux mille mécontents pour la place allouée l?an dernier. Des mesures ont-elles été prises pour éviter les demandes de transfert?

C?est inévitable. La perception que l?école urbaine est meilleure est tenace, à tel point que nous avons dû inclure une ville dans chaque zone. Résultat : il y a toujours des demandes venant de Mahébourg pour un transfert à Curepipe, jamais l?inverse. Cela donne une idée de ce qui motive les parents : toujours rechercher un « meilleur » collège. Ces demandes sont examinées une à une. Il y a également ce qu?on appelle le serious medical case, authentifié par un médecin de l?État.

L?admission ne risque-t-elle pas d?être plus compliquée cette année avec le « four best out of 5 » ?

Le MES effectue ce travail depuis 23 ans, et je le crois suffisamment rodé. Je n?anticipe pas de problèmes.

La formule du BEC est un peu compliquée, non ?

Oui, un peu. C?est pour cela que j?ai dit au BEC qu?il serait souhaitable qu?elle soit expliquée, qu?il joue la carte de la transparence. Il y a eu un début d?explication. J?espère que cela va se poursuivre.

Après les langues orientales et les 50 %, la guerre scolaire est-elle finie ?

L?éducation est un domaine sensible. Et c?est tant mieux. Plus les gens s?intéressent à l?éducation de leurs enfants, plus ils en débattent, plus nous avons des chances de l?améliorer.

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