Publicité

« Les politiques ne doivent pas faire de ?capital bashing? »

3 septembre 2005, 20:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

Rama Sithanen a placé le tourisme au centre de la relance de l?économie. Comment réagissez-vous ?

D?abord, je dois dire que j?ai beaucoup d?admiration pour le ministre des Finances, qui tente de naviguer dans un contexte difficile. Mais il faut reconnaître qu?il n?avait pas une grande marge de man?uvre : le textile et le secteur sucre se portent mal? Le tourisme, un des piliers de notre économie, a souvent eu à se défendre seul, sans protection.

Le ministre des Finances, c?est vrai, ne pourra faire des miracles, mais il se doit d?envoyer des signaux forts. Les politiques ne doivent pas faire de capital bashing. Nous sommes tous pour la démocratisation de l?économie, mais cela doit s?accompagner de leadership, de compétences? Il faut faire attention à ne pas démotiver : sans capitaux, ni compétences, l?hôtellerie mauricienne ne serait pas considérée comme l?une des meilleures au monde et servir d?exemple pour la qualité des services.

Rs 130 millions de plus pour la MTPA. Où doit aller cette somme ?

J?accueille avec joie l?augmentation budgétaire allouée à la Mauritius Tourism Promotion Authority (MTPA) et je pense que cet organisme gagnerait à attirer encore plus de compétences pour mieux vendre la destination Maurice. Il faut renforcer l?équipe de la MTPA pour qu?elle soit mieux de même de répondre aux nombreuses sollicitations de manière professionnelle. Il faut que l?argent alloué à la MTPA soit dépensé à bon escient.

Et les autres mesures annoncées ?

Si le gouvernement réussit à débloquer le goulot administratif actuel, c?est déjà plus de 50 % de fait pour l?avancée des projets d?investissement. Le secteur privé éprouve des difficultés à obtenir tous les permis nécessaires pour des projets conséquents. Le ministre des Finances semble l?avoir bien compris et s?il réussit ce tour de force, une grosse partie de la bataille sera gagnée.

Pour le sucre comme pour le textile, il nous faut bouger très vite si nous désirons améliorer notre compétitivité. Pour le sucre, ce serait une grave erreur de se dire que l?Europe proposant de rééchelonner ses mesures, nous avons tout le temps de voir venir. C?est faux. Nous ne pouvons nous permettre de perdre du temps.

Quant au textile, il faut donner une nouvelle orientation à tout ce secteur. Il faut nous attaquer à du haut de gamme et délocaliser. C?est ce que nos principaux producteurs ont compris ! Je pense que le textile n?est pas mort à Maurice, mais il faut nous réadapter.

Quel est l?avenir du tourisme ?

L?industrie du tourisme dépend de plusieurs acteurs ? transporteurs aériens, tour-opérateurs ? mais il est un fait que la base dépend de l?hôtellerie. Les professionnels étrangers le disent : le produit hôtellerie Maurice est d?excellente qualité. Mais il nous faut toujours l?améliorer, d?où l?investissement financier conséquent dans la formation continue.

Le développement de l?industrie touristique, comme le désire le gouvernement, passe inexorablement par une ouverture de l?accès aérien. Cela fait dix ans que je ne cesse de répéter qu?il faut s?attaquer à cette question.

Mais cela ne doit pas se faire contre Air Mauritius, un des gros atouts de notre industrie touristique. Les compagnies aériennes régulières ont été de fidèles partenaires durant ces trente dernières années et le problème de l?accès aérien est d?actualité et délicat. Pour certains pays comme l?Autriche ou l?Allemagne, il faut faire de la place à d?autres compagnies aériennes. Pour les vols de Paris ou Londres, les choses sont déjà décidées et le ministre du Tourisme dit attacher beaucoup d?importance à ces projets.

En revanche, dans le cas d?Emirates ? une ligne agressive qui ne peut que nous apporter un plus au niveau des arrivées ? on ne lui permet que quelques vols supplémentaires sur un mois, ce qui est largement insuffisant. Il aurait fallu lui accorder l?autorisation d?un autre vol hebdomadaire.

L?ouverture du ciel permettra d?augmenter le nombre de sièges disponibles. Comment allez-vous en tirer profit ?

Nous allons accentuer notre marketing sur nos marchés traditionnels : Grande-Bretagne, France, Allemagne et Italie. Ce sont des marchés où nous sommes déjà bien implantés et nous allons tout faire pour augmenter le nombre de nos clients. L?ouverture de l?accès aérien est vitale pour notre industrie.

Le secteur des tour-opérateurs était déjà très professionnel et l?ouverture de ce secteur aux étrangers n?est pas mauvaise, même si c?était déjà bien organisé.

« Pourquoi investir tant d?argent et détruire la vallée de Ferney alors que le problème de Port-Louis n?est pas réglé ? »

On parle depuis longtemps des marchés japonais, chinois et australien?

Un fait : nous sommes très excentrés de ces marchés. Ils ont les îles du Pacifique et la Grande barrière de corail à côté. Toute campagne vers ces pays coûtera très cher et les résultats ne sont pas évidents. Il ne faut pas oublier qu?il nous a fallus trente ans pour développer le marché européen.

Vous êtes très critique face à l?environnement?

Oui. Je trouve que nous avons certains problèmes à régler et des situations à corriger : environnement, saleté des plages publiques, chiens errants, trafic routier congestionné, agression de touristes? Il ne faut surtout pas croire que le touriste reste dans son hôtel comme dans un bunker. Il parcourt l?île. Et ce qu?il voit le choque. Un exemple : quand il va sur une plage publique à 16 h 00 le dimanche, il se retrouve face à un lieu sale, avec des déchets jetés pêle-mêle? Il ne faut pas être devin pour dire quelle image ce touriste transmettra de notre île.

Je suis sidéré par le développement sauvage qu?ont connu Flic-en-Flac et Grand-Baie : ces villages ne ressemblent à rien, n?ont plus d?âme. Il y a un effort considérable à faire au niveau du cachet architectural « exotique » : le touriste veut du « pays » et ne veut pas être cantonné dans son hôtel et son parcours de golf. C?est à nous de faire l?effort nécessaire pour rehausser le planning de nos villes et de nos villages et de les rendre plus beaux.

Et puis, le nombre d?agressions contre les touristes ne cesse d?augmenter. C?était peut-être une bonne idée de créer une police du tourisme, mais est-elle efficace. Tous ces « petits » problèmes mis ensemble risquent d?influer de manière négative sur l?image du pays.

Quels sont, aujourd?hui, les atouts de Maurice au niveau touristique ?

En dehors de nos plages, de nos hôtels et de notre know-how à ce niveau, nous avons d?autres atouts. Je pense que notre pays possède une histoire fantastique sur laquelle il faut capitaliser. Autre atout : notre peuple est pluriel et notre bilinguisme est à valoriser.

Je pense également qu?il ne faut pas négliger les projets IRS. Ce sera un atout considérable pour le pays au niveau des créations d?emplois ; de la qualité de développement, avec une architecture originale et bien intégrée au pays ; de l?apport de devises, de « cerveaux » et d?investisseurs étrangers.

Autre atout : l?investissement dans la formation. Nous avons, à Maurice, une main-d??uvre avide de se former, de se perfectionner. La formation continue de notre personnel est un des atouts les plus importants de l?hôtellerie mauricienne. La qualité coûte cher. Si un touriste n?est pas content, il ne reviendra plus jamais.

Alors que l?on justifie la construction de l?autoroute de Ferney par la nécessité de diminuer la durée du trajet Plaisance-hôtels de l?Est, vous avez publiquement déclaré être opposé à cette route?

Cela fait plus de quinze ans que l?on parle de décongestionner le passage par Port-Louis, mais rien n?a changé. A quand le projet de route circulaire (ring road) ?

La route côtière du Sud-Est est magnifique et je n?ai jamais entendu la moindre protestation ou doléance de touristes ou de TO. Ce qu?il faut, c?est améliorer et rehausser la qualité de cette route. Pourquoi investir tant d?argent et détruire la vallée de Ferney alors que le problème de Port-Louis n?est pas réglé ?

Le calcul de la cotisation des membres de l?Association des hôteliers et restaurateurs de l?île Maurice (Ahrim) a changé pour être basé sur le nombre de chambres offertes. Les gros « contribuables » ont désormais plus de poids. L?Ahrim ne court-elle pas le risque de devenir un club ne défendant que les gros hôteliers ?

Je ne pense pas que ce soit le cas. Il y a une centaine d?hôtels à Maurice et nous avons besoin d?une organisation forte, sans la moindre mainmise de qui que ce soit. Le critère de l?adhésion est la qualité de notre prestation, de nos services. C?est cela qui réunit petits et gros hôteliers et restaurateurs au sein de l?Ahrim.

Publicité