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« Les chants et les danses seront un moyen d?exorciser la violence »

16 avril 2006, 00:00

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Vous organisez un carnaval le 22 avril, quel en est le but ?

Il s?agit d?un événement organisé dans le cadre d?une campagne pour la prévention de la violence contre les enfants. C?est un moyen de sensibiliser le public et de lui faire prendre conscience de ce problème. Nous avons, pour ce faire, choisi une forme d?expression ludique pour attirer les enfants. Ceux qui y participeront sont principalement des enfants qui viennent de milieux défavorisés ou des groupes qui travaillent sur la violence. Le carnaval permettra à ces petits de dire eux-mêmes ce qu?ils pensent de la violence.

Mais le carnaval en lui-même n?est pas le but principal. Ce qui le précédera est également très important. Nous avons, en effet, donné la possibilité aux jeunes de travailler sur différents thèmes qu?ils ont eux-mêmes choisis par rapport à leur vécu, par exemple l?alcoolisme, la prostitution des mineurs, les châtiments corporels et la violence sexuelle. Les chants et les danses seront un moyen d?exorciser la violence dont ils ont été victimes.

Comment se déroulera le carnaval ?

Il ne s?agira pas d?une simple marche. À partir de 8 heures, il y aura un atelier de peinture sur visage sur l?esplanade du Plaza. À 9 h 30 le spectacle débutera. Au fur et à mesure, nous marcherons en direction du stade de Rose-Hill. Durant le trajet, nous nous arrêterons à trois reprises pour que certains numéros se déroulent. Nous comptons arriver au stade à 11 heures. Les touts petits seront déjà installés dans les gradins depuis 10 heures, les invités à 10 30, alors qu?un autre spectacle aura déjà débuté au stade. Quand les participants arriveront sur place, leur spectacle continuera.

Il y aura donc deux spectacles qui se dérouleront en simultané avant de fusionner. Nous aurons beaucoup de couleurs et de musique, avec la participation de différents groupes comme Abaim, qui a composé une chanson spécialement pour l?occasion.

Le public a l?impression que les cas de violence contre les enfants deviennent de plus en plus fréquents. Constatez-vous ce phénomène ?

On ne peut pas se fier aux chiffres officiels pour faire un constat objectif de la situation car ils ne traduisent pas la réalité. Il existe certainement un plus grand nombre de cas qui ne sont pas rapportés.

Ce que je constate en revanche, c?est qu?il y a un double phénomène. D?une part, les gens sont beaucoup plus sensibilisés. Des formes de violences qui n?étaient pas considérés comme telles auparavant et qui existent depuis toujours sont maintenant dénoncées ; par exemple, l?usage des rotins bazar et des graines de filaos pour les châtiments corporels. Ces anciennes méthodes sont reconnues comme étant inacceptables.

Mais il y a, d?autre part, des formes de violence qui sont arrivées avec les nouvelles technologies et l?industrie du tourisme. Nous avons l?exemple du clip pornographique et l?utilisation d?Internet, sans parler du risque que le tourisme sexuel se développe un jour.

« 60 % des enfants victimes
de violence deviennent des travailleurs sociaux »

Souvent, les victimes de violence deviennent, par la suite, elles-mêmes, des agresseurs. Quelle en est la raison ?

Il faut préciser qu?il y a des victimes directes de violence et d?autres qui sont témoins de ces actes. Et, de fait, il existe malheureusement un pourcentage d?enfants qui adoptent un comportement violent par la suite.

Par exemple, certaines filles sont des victimes toute leur vie. Enfants, elles étaient violentées par leurs parents et, devenues adultes, elles le sont par leurs maris. Pour elles, cela n?a rien d?extraordinaire. Elles développent alors une culture de victime et considèrent cette situation comme normale.

Toutefois, une étude internationale démontre que 60 % des victimes d?actes de violence deviennent par la suite des travailleurs sociaux, des travailleurs engagés pour aider d?autres victimes. Il ne faut donc pas faire de généralisation hâtive.

Les campagnes de sensibilisation contre la violence se font principalement par le biais des ONG. Que faut-il faire pour que le public se sente plus concerné par ce problème ?

À chaque fois que nous organisons une campagne, nous faisons passer le message par la presse. Nous utilisons également l?art et de la culture, par exemple, en organisant le carnaval et le spectacle de rue du 22 avril. Nous constatons que c?est efficace et qu?un plus grand nombre de personnes viennent nous soutenir dans notre lutte. Durant l?organisation de notre carnaval par exemple, beaucoup de pa-rents nous ont apporté leur aide précieuse.

Propos recueillis par S. A.

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