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« L?enseignant est trop conservateur : Il a peur du changement »
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« L?enseignant est trop conservateur : Il a peur du changement »
Les résultats du CPE sont officiels. Taux de réussite en hausse de 1,89 %, 13 points d?avance chez les filles, progression remarquable de certaines ZEP? Qu?en pensez-vous ?
Il y a eu, certes, une petite amélioration au niveau des chiffres, mais je constate que notre système souffre d?un problème de fond qu?il nous faut attaquer au plus tôt. Le ministre Dharam Gokhool vient d?annoncer un « package of quality initiatives » pour janvier. C?est plus que souhaitable.
Un des gros problèmes concerne le pont à créer entre le préscolaire et l?entrée à l?école primaire. Il faut pouvoir et savoir assurer la transition entre ces deux mondes. Le nouveau curriculum (programme d?études) devra le permettre dans les meilleures conditions.
Concernant le taux de réussite, je suis têtu et demande à voir la qualité de cette performance. L?ancien gouvernement avait consacré beaucoup d?efforts dans la construction des écoles et avait mis en veilleuse la question de la qualité de l?éducation dispensée.
Et l?écart important entre garçons et filles au niveau de la réussite ?
Un facteur important de cette situation est la complexité culturelle de Maurice : les parents sont beaucoup plus stricts et exigeants avec les filles, donnant plus de « liberté » aux garçons. Avec la montée de violence au sein de notre société, elles demeurent à la maison et passent ainsi plus de temps à étudier. De ce fait, elles acquièrent des techniques d?apprentissage qui maintiennent cet écart en leur faveur jusqu?en HSC.
Une récente étude de Vikram Ramarhai, de l?Institut de pédagogie (MIE), avance que plus de la moitié des candidats au CPE échouent à la rédaction?
Il est inconcevable que des élèves ayant réussi au CPE ne puissent pas écrire et compter convenablement. Il serait intéressant de connaître les chiffres sur la rédaction pour cette année. Le problème vient également du fait que les compétences de l?écriture ne sont pas vérifiées avec des questions à choix multiples et puis, l?élève n?a besoin que de 75 % pour obtenir un « A ».L?instituteur fonctionnant toujours, dans sa tête, selon le schéma CPE, ce qui l?intéresse c?est que ses élèves obtiennent au moins 75 % pour le Grade A. En tant qu?ancien responsable de l?inspectorat du ministère, je peux vous dire que de nombreux instituteurs n?enseignent plus la rédaction. Pourquoi « perdre » du temps pour un exercice difficile et not scoring high marks? L?enseignant ne prendra pas le «risque», ni le temps d?éveiller la production du langage chez l?élève. Celui-ci reçoit un apprentissage calqué sur les examens dont l?objectif est d?atteindre les 75 %. Je crains que les manquements de ce système soient néfastes au secondaire.
Comment y remédier?
Il manque à notre système éducatif un monitoring (suivi) sérieux et fiable de ce qui se fait en classe. Le maître d?école doit être le premier concerné par le travail de son instituteur. Les syndicats ont un rôle important à jouer dans la responsabilisation et la professionnalisation du métier d?enseignant. Dans l?éducation, il faut toujours placer la barre plus haut. L?éducation donnée doit permettre d?unlock the potential of the nation. Notre richesse est notre peuple. Comment lui donner une éducation de qualité et non plus une où l?apprenant ne possède pas les compétences d?écriture et de calcul ? À quoi nous serviront des jeunes ayant obtenu un A dans une langue, mais incapables d?écrire quoi que ce soit dans cette même langue ? Voulons-nous des jeunes handicapés à ce niveau ? Autant de questions auxquelles nous devons répondre.
On parle de revenir sur le système de mixed abilities ?
Il faut savoir qu?il existe dans chaque pays une poignée de personnes qui ont tous les moyens et qui font tout pour préserver cela pour leurs enfants. D?où leur opposition aux mixed abilities. On parle de préparer les enfants à un environnement compétitif. Mais comment peut-on parler de compétition quand on veut mettre les enfants dans un environnement exclusif? L?Éducation nationale doit veiller à ce qu?il n?existe pas une école pour les riches et une école pour les pauvres. L?école est le reflet concret du projet de nation building. Il nous faut veiller à ce que le savoir et la connaissance soient accessibles à tous. On ne choisit pas son milieu de naissance.
« Il est inconcevable que des élèves ayant réussi au CPE ne puissent pas écrire et compter... »
Vous avez, lors d?une intervention, parlé d?accountability des enseignants?
Un collégien m?a affirmé n?avoir fait qu?une rédaction durant toute une année scolaire. Mais que fait le recteur de cet établissement? J?estime que ceux concernés par l?éducation doivent assumer leurs responsabilités. Il nous faut élaborer des critères stricts pour procéder à ces évaluations.
Vous êtes très sévère avec les enseignants?
Je suis quelqu?un qui adore enseigner. L?enseignant mauricien est trop conservateur : il a peur du changement. Il a subi jusqu?à atteindre la paralysie intellectuelle. Il pense toujours selon le système CPE : que le meilleur gagne. Il ne fait que du talk and chalk. Dès qu?il se retrouve en classe, il oublie tout ce qu?il a appris comme pratiques pédagogiques et ne reproduit que ce qu?il connaît. L?enseignant mauricien est trop timoré. Il n?a jamais appris à think out of the box. L?enseignant doit avant tout se demander si nous avons besoin d?enfants savants ou d?enfants compétents.
Êtes-vous de ceux qui estiment que le niveau scolaire a baissé ?
Oui. Cela est dû à un certain nombre de facteurs très complexes. Je soulignerai que l?on devrait se donner les moyens pour aller vers un all graduate staff. Qui dit qualité dit investissement financier. Nous avons besoin d?enseignants formés, curieux et ouverts sur le monde.
Et la question de langue maternelle comme médium d?enseignement ?
Il faut savoir que la législation prévoit déjà que, jusqu?à la Standard III, l?on peut avoir recours au créole. C?est à l?enseignant de savoir se servir de cet outil. L?enseignant formé saura se servir de tous les outils offerts pour faire progresser ses élèves. À l?initiative de l?Unesco, un projet avait été mis en chantier sur cette question sous l?ancien gouvernement.
Certains ont préconisé un « curriculum » national avec la possibilité pour une école d?aménager ce programme?
C?est ce qui a toujours été dit. Le curriculum n?est qu?une suite de repères et c?est à l?enseignant de faire preuve d?imagination pour l?appliquer et atteindre les objectifs prévus. De plus, il doit être à même de pratiquer la pédagogie différenciée, soit organiser sa classe de telle manière que les différents types d?élèves puissent apprendre ce qui est nécessaire à leur formation.
Vous êtes un ardent défenseur des « Prevoc »?
Oui, mais il nous faut maintenant revoir leur programme d?études afin de permettre aux élèves d?acquérir, en plus de compétences linguistiques et cognitives, des compétences pratiques quant à un métier. Le saut qualitatif doit également être fait à ce niveau. Et les enseignants du Prevoc doivent acquérir de nouveaux outils d?enseignement.
Maurice a pris un certain nombre d?engagements auprès de l?Unesco, notamment le programme d?éducation comme moyen de combat contre la pauvreté. Le nouveau gouvernement a-t-il remis cela en cause ?
Nullement. J?ai eu la chance de représenter Maurice à deux conférences à Madrid et à Genève, et nous avons opté pour une révision complète de notre programme d?études au Prevoc. Le Bureau international de l?éducation est disposé à nous aider dans cette tâche. Comme son prédécesseur, Dharam Gokhool soutient à fond ce projet bien en lien avec son objectif d?offrir une world class education.
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