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« Le Coureur » entre deux eaux

5 juin 2005, 00:00

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Ce mois de juin verra la fin de la première étape des recherches sur l’épave retrouvée l’année dernière au large de Mahébourg. Certains émettent l’hypothèse que ce navire était Le Coureur, une goélette qui faisait du trafic d’esclaves, alors qu’en même temps, Robert Farquhar, le gouverneur de l’épo-que, mettait tout en œuvre pour combattre ce trafic. C’est dans ce climat que Le Coureur, pourchassé, sera brûlé, probablement par l’équipage qui cherche à détruire des preuves. Les matelots auront cependant le temps de débarquer des esclaves avant de prendre la fuite.

Certains éléments pourraient bien corroborer la thèse suggérant que l’épave retrouvée serait celle du Coureur. Une équipe de plongeurs, menée par Ibrahim Metwalli, archéologue égyptien, et Yann Von Arnim, responsable de la protection du patrimoine sous-marin, a étudié l’épave et les objets qui s’y trouvent.

<B>Plusieurs détails troublants</B>

Plusieurs détails troublants sont apparus. Tout d’abord, la structure en bois montre que le navire a bel et bien brûlé. Du lest utilisé sur les bateaux d’esclaves de l’époque a aussi été découvert, de même que de la porcelaine, des tessons de bouteilles, de la vaisselle d’étain et de la céramique datant de la fin du XVIIIe et du début du xixe siècles.

Enfin, des anneaux de fer qui pourraient s’apparenter à des chaînes et des menottes ont aussi été retrouvés, ainsi que des balles de plomb. Mais tous ces objets doivent être nettoyés avant d’être identifiés. Ce travail de fourmi demande énormément de patience car, selon Yann Von Arnim, « deux mois de travail sous l’eau donnent lieu à un an de travail sur terre ». À la fin des travaux de cette première étape, le 18 juin, seulement 5 % du travail sera accompli, estime Yann Von Arnim.

Et si c’était bien Le Coureur, en quoi cette découverte serait-elle particulière ? Selon l’historien Jocelyn Chan Low, « cette épave est le premier navire négrier sur lequel nous travaillons et son identification pourrait permettre d’apporter un éclairage sur une partie de l’histoire de Maurice ». « Le Coureur est un point de repère, car il serait le dernier bateau à avoir pratiqué le commerce illégal d’esclaves à Maurice », nous révèle Ibrahim Metwalli.

Les résultats de cette campagne archéologique pourraient être officiels d’ici un an. Selon les responsables, si ce travail se veut scientifique, il n’est pas possible de tirer des conclusions dans l’immédiat. Mais Ibra-him Metwalli confie avoir « un sentiment très fort qu’il s’agirait bien de la goélette négrière Le Coureur ».

La traite des Noirs fait beaucoup plus parler d’elle ces derniers temps. Au début de semaine, le lancement officiel du projet de la Route de l’esclave a été lancé. Ce projet vise à briser le silence concernant la traite négrière et à étudier de ses conséquences. « Il s’agit aussi de montrer comment la traite négrière a été le premier système de globalisation de l’histoire. Il vise aussi à mettre en avant l’interaction culturelle issue de l’esclavage, qui a donné naissance à la culture créole », ajoute Jocelyn Chan Low.

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