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« L?accession de Bérenger n?est certainement pas une fin en soi »

4 octobre 2003, 20:00

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> Maintenez-vous que tous les indicateurs économiques sont au rouge après les trois années de Paul Bérenger aux Finances ?

Ce n?est pas moi qui l?affirme, ce sont les chiffres officiels qui parlent. Je fais référence aux critères utilisés dans le monde pour diagnostiquer l?économie d?un pays. D?abord la croissance : à 2,3 %, elle est la plus basse de ces 20 dernières années. Le déficit budgétaire est de 6 % du PIB, soit de plus de Rs 9 milliards. Il reste très élevé malgré une TVA en hausse de 50 % ! Il y a surtout la dette publique que Bérenger lui-même reconnaît comme étant un fardeau insupportable. La dette a augmenté de Rs 38 milliards durant les trois années qu?il a passé aux Finances. Elle a atteint Rs 110 milliards : soit plus de 73 % de notre PIB ! Plus inquiétant, l?ennemi public n° 1, le chômage, a dépassé les 11 %. Enfin, l?investissement est en panne. Il a reculé par rapport à l?an 2000 : la part du privé a dégringolé de 73 à 59 %.

> Le Premier ministre est fier de deux indicateurs : les réserves et l?inflation ramenée à 4 %?

Ces deux indicateurs résultent ni plus ni moins de la conjoncture. Il faut savoir que plus la croissance est basse, plus l?inflation baisse. C?est normal. Malgré cela, à 4 % selon les chiffres de Bérenger, l?inflation demeure élevée par rapport à nos partenaires étrangers. Dans certains pays, Japon et Allemagne, c?est la déflation, c?est-à-dire que les prix baissent. Dans d?autres, le taux d?inflation est de 1 %. Quant aux réserves, il est logique que plus la croissance des importations diminue, plus les réserves augmentent. C?est comme ce chauffeur de taxi, qui n?a pas eu une seule course de la journée, et qui, rentrant à la maison le soir, est fier de dire à son épouse qu?il n?a pas dépensé d?argent pour l?essence. Ce qu?il ne dit pas, c?est qu?il n?a pas travaillé !

> Quel est votre diagnostic au niveau sectoriel ?

Là encore, il y a beaucoup de difficultés : croissance négative pour la deuxième année consécutive pour la zone franche. L?agriculture patauge dans une situation difficile, l?offshore est en déclin, l?ICT demeure au stade de rêve, notre principal marché touristique (la France) accuse une baisse.

> En tant que citoyen, qu?attend Rama Sithanen de Paul Bérenger ?

J?attends qu?il accorde la priorité à l?économie. Il faut la faire redémarrer. Sinon le clivage sera accentué et il sera très difficile de gérer le pays au niveau social. J?attends aussi qu?il instaure un climat de sérénité dans la population. Bérenger est au pied du mur. Il doit produire des résultats concrets et non pas faire du « spin doctoring », c?est-à-dire réduire les inégalités criantes.

> Les vrais défis sont sur le plan mondial. N?est-ce pas puéril de se battre sur des chiffres au niveau local ?

L?un n?empêche pas l?autre. C?est vrai qu?il faut se battre pour notre survie sur le plan international, surtout après l?échec du sommet de Cancun et bientôt l?accord UE-ACP. Il faut dégager un consensus sur les vrais défis qui nous attendent. Mais à l?intérieur, il faut que la démocratie fonctionne, que la voix de l?opposition soit entendue et écoutée, parce qu?il existe différentes approches de la politique économique dans cette conjoncture difficile.

> Si vous aviez un conseil à donner à Berenger, que lui diriez-vous ?

C?est difficile de lui donner un conseil. Mais je peux lui dire ceci : que son accession soit un moyen de changer la vie de tous les Mauriciens. Ce n?est certainement pas une fin en soi, la fin d?une carrière.

Propos recueillis par Nad SIVARAMEN

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