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« La société est encore patriarcale »
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« La société est encore patriarcale »
Diriez-vous qu?à Maurice, les femmes utilisent pleinement leur créativité ?
Non. Leurs compétences sont sous-utilisées, à cause de leurs peurs, il faut dire. Comment faire autrement, quand on sait qu?elles sont entourées de feedback négatif. Dès qu?elles montrent le bout du nez, on les casse, et on voit cela dans beaucoup de situations. Prenez le cas de la directrice du MGI. La presse attaque les femmes qui se sont mobilisées lors des dernières élections en demandant où elles étaient quand il fallait soutenir Madame Gayan. Mais pourquoi ne demande-t-on pas où sont passés les hommes pour soutenir Monsieur X qui a été remercié ? La société est encore patriarcale. On croit toujours fortement que la place de la femme est à la maison, et on attend toujours qu?une femme soit fraîche et maquillée lorsque le mari rentre.
Si l?on en croit le « complexe de Cendrillon » de Colette Dowling, les hommes ont une culture de combat et les femmes attendent. Quelle est votre opinion sur cela ?
Je vois là le message d?une société plus que quelque chose de propre à la femme. On nous habitue à l?idée qu?un prince charmant viendra nous sauver. On raconte aux petites filles des histoires de fées, on nous montre combien Barbie a besoin de Ken, et on nous fait comprendre que Cendrillon a le beau rôle et que la belle-mère est la marâtre. Quand une femme pleure, on trouve que c?est mignon, quand un homme pleure on veut le rabaisser en le traitant de femme. Quand une femme crie, elle est agressive. Tous ces messages conditionnent la femme à être docile et à croire que, de toute façon, elle est inférieure. Il n?y a qu?à voir comment fonctionne le langage. C?est la femme qu?on attaque dans les jurons.
Est-ce qu?on peut dire qu?inconsciemment les femmes ont intériorisé les rôles traditionnels et qu?elles se sentent coupables quand elles font passer leur carrière avant la famille ?
Les femmes veulent sortir de ce cercle mais l?influence extérieure est plus forte. Celles qui ont étudié à l?étranger, qui ont fréquenté des Européennes osent renverser ce courant. Mais la pression reste quand même très forte. Quand une femme veut aller plus loin, on attaque sa féminité, on dit qu?elle est une mauvaise mère et que c?est pour cela que son mari l?a quittée. Pour percer il faut pouvoir être insensible au qu?en-dira-t-on.
Il y a des femmes qui inconsciemment ne veulent pas voir plus de succès que leur mari et se mettre en avant, parce qu?elles pensent que ce n?est pas décent. Il y a également tout un tas de clichés, comme, par exemple, le fait que les femmes ne peuvent rien comprendre au fonctionnement du moteur d?une voiture ou à l?ingénierie. Les gens concluent donc qu?elles n?ont pas des postes à responsabilité dans le domaine de la construction ou dans la mécanique. Le fait même de ne pas avoir l?habitude de voir des femmes à ces postes-là fait qu?on doute de soi.
Beaucoup de professionnelles disent que les titres, le pouvoir ne les intéressent pas?
Elles se convainquent que cela ne les intéresse pas. C?est en fait un gros mensonge qu?elles se font quand elles savent que, de toute façon, elles ne pourront pas y accéder. Mais un titre, une promotion c?est toujours une reconnaissance. Il ne faut pas se mettre en tête qu?ambition ne colle pas avec femme. Si à force de se battre, la femme finit par se faire mal et abandonne, cela ne veut pas dire qu?elle ne vaut pas mieux.
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