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« La moitié des organisations publiques ne servent à rien »

16 avril 2006, 00:00

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<B>Quelles sont les principales suggestions du budget mémorandum du JEC cette année ?</B>

Tout tourne autour de l?ouverture de l?économie. S?ouvrir signifie déjà laisser intervenir chez nous des gens extérieurs. Cela suscite des peurs. Celle de voir les étrangers prendre ce que nous avons et venir imposer des méthodes qui ne nous plairont pas. Amenant, dans la foulée, certaines personnes à perdre de leur importance ou leur influence.

Si nous voulons attirer des étrangers, il faut aussi leur proposer un contexte fiscal attrayant, pour éviter qu?ils n?aillent voir ailleurs. L?État peut ainsi craindre de perdre des revenus. Mais il y a aussi l?ouverture intérieure. L?État doit se retirer de beaucoup d?activités qui sont du domaine concurrentiel et se concentrer sur ce qui est sa responsabilité : l?éducation, la santé et les routes, par exemple. En feuilletant l?annuaire de la fonction publique, je me dis qu?il y a la moitié des organisations publiques qui ne servent à rien ! Il faut les fermer.

<B>Y a-t-il des mises en garde que vous adressez à Rama Sithanen ?</B>

Il ne faut pas qu?il fasse les choses à moitié. On ne peut pas faire cohabiter ouverture de l?économie avec nationalisation et contrôle des prix. Le danger, c?est que nos équipes dirigeantes, avec des points de vue parfois opposés, ne finissent par couper la poire en deux, faute d?entente. J?attends que le prochain budget prenne une direction claire en faveur de l?ouverture.

<B>Vous n?avez toujours pas eu de retour par rapport à votre « agenda de l?ouverture » depuis sa soumission au gouvernement en janvier. L?avis du JEC compte-t-il toujours ?</B>

C?est la question que je me pose depuis des années. Et quand on m?a proposé de rejoindre le conseil, j?ai posé la question. À quoi ça sert de balancer des rapports qui disent la même chose depuis dix ans et qui s?entassent dans un coin tandis que rien n?est fait ?

Mais j?ai senti deux choses : la situation évolue un peu et certains commencent à dire un peu plus nettement ce qu?ils veulent. Chose encourageante toutefois, derrière les rapports et communications que nous soumettons au gouvernement, il y a un travail plus régulier qui est fait. Notamment dans l?entourage du ministre des Finances et de certains conseillers, plus « évolués » et ouverts que d?autres. Ils s?assoient autour de la table avec des représentants du secteur privé pour de vraies séances de travail. Ils échangent des points de vue pour trouver des solutions.

<B>Le président sortant de la Chambre de commerce n?a pas été tendre envers le gouvernement dans un récent discours. Le privé est-il exaspéré devant un gouvernement qui ne l?écoute plus ?</B>

Il y a effectivement une certaine exaspération ou lassitude de la part du secteur privé. Depuis quelques années, les grandes entreprises ont fait énormément de progrès en termes de productivité, de choix de personnes en fonction de leurs compétences, de rationalisation et vers le retour au core business. Mais que voyons-nous en face ? Toujours autant de ministres, de belles voitures. Et toujours autant de pauvreté. Est-ce qu?on est obligé d?acheter une nouvelle voiture à chaque fois qu?on est nommé conseiller au ministre ? Ne peut-on pas prendre celle du conseiller d?avant ?

Quand je vais à l?étranger, je n?ai pas de per diem. Je vais à l?hôtel, je ramène ma facture et on me rembourse. Tandis que des ministres roulent dans de belles voitures et font des voyages à l?étranger dont on se demande à quoi ils servent. Le fossé s?est creusé entre le gouvernement et le secteur privé qui fabrique la richesse. Le secteur public n?a pas changé et il est devenu un centre de coûts. Nous avons fait un gros effort, nous demandons au gouvernement d?en faire aussi.

<I>« Les gens qui bloquent les permis sont des criminels qu?on devrait sanctionner »</I>

<B>Souhaitez-vous qu?on reprenne les rencontres gouvernement-secteur privé tous les deux ou trois mois ?</B>

Il y a des choses qui marchent à certains moments et pas à d?autres. Au départ, c?était intéressant de rassembler tout le monde. Mais au bout d?un moment ces grands-messes sont devenues un peu ridicules. Il y avait trois personnes du secteur privé et 25 du public en face. Et puis chacun essayait de se faire bien voir?

<B>Durant des débats stériles?</B>

Il n?y avait pas de débat ! Le privé disait de quoi il était content ou pas. En face, le ministre défendait sa position en n?essayant pas nécessairement de nous comprendre. Mais il y a quand même eu un pas dans la bonne direction car les gens ont appris à se connaître.

On sent une bonne partie du privé obsédée par les possibilités d?Easy Money dans le foncier. Vous réclamez de la témérité du gouvernement mais vous n?en faites pas preuve?

Un des problèmes est que le secteur privé n?a pas tellement d?argent finalement. Beaucoup d?entreprises et de propriétés sucrières sont endettées. On peut avoir des terres, mais sans acheteurs elles ne valent rien. Alors tomber sur le secteur privé en lui disant : vous ne faites rien, investissez, n?est pas juste.

<B>Si la situation économique locale ne s?améliore pas, nos entreprises s?exileront-elles sous d?autres cieux ?</B>

Je n?y crois pas trop car il n?y a pas tellement d?argent disponible. Ce que je crains le plus, c?est l?exode des gens capables. Aujourd?hui des jeunes partent au Canada ou en Australie à la fin de leurs études ou après quelques années d?expérience. Cela m?ennuierait qu?il n?y ait que les imbéciles qui restent au pays au bout de quelque temps. On tomberait dans le sous-développement.

La situation est déjà grave dans la fonction publique. On a beaucoup de mal à trouver des grands commis de l?État très compétents dans les entourages des hauts fonctionnaires ou du gouvernement. Rama Sithanen a fait revenir Ali Mansoor, il en faudrait beaucoup d?autres.

<B>Que vous inspire « l?affaire Dulull » ?</B>

Toute la population sait qu?il y a toujours eu, à certaines époques, de la corruption dans les allocations de terres. Mais c?est vrai que c?est une question stratégique pour le gouvernement. S?il donne l?impression qu?il ne prend pas ce cas au sérieux, cela va décrédibiliser davantage les politiciens. Les derniers signaux que nous avons sont encourageants. Il semble que le Premier ministre n?a pas envie de laisser passer l?affaire.

Mais au-delà de ce cas allégué de corruption, il faut dire que ce n?est pas normal qu?on mette autant de temps pour avoir un permis. Les gens qui bloquent les permis sont des criminels qu?on devrait sanctionner. Ce sont les ennemis du pays. Face à cette situation on a beau créer des organismes comme le Board of Investment, mais finalement qu?est-ce qu?ils apportent ? Ils n?ont aucun pouvoir. On empile des organismes pour régler des problèmes qui restent les mêmes.

<B>Ne croyez-vous pas que les entreprises alimentent la corruption en pensant à raison ou à tort que les bakchichs débloqueront certains dossiers dans les ministères ?</B>

Il n?y a pas de raison qu?on ne sanctionne que le corrompu et pas le corrupteur. Il y a certaines entreprises qui ont régulièrement donné pour avoir quelque chose en retour. Mais on sait aussi que certaines entreprises existent toujours sans avoir jamais versé un sou. Cela veut dire qu?on peut survivre sans le faire.

<B>Propos recueillis par Rabin BHUJUN</B>

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