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« La menace est plus que sérieuse pour l?alliance gouvernementale »

27 février 2005, 00:00

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<B>Les résultats des deux sondages semblent contradictoires sur le plan de la proximité avec les partis et des intentions de vote. Le MMM devance le PTr par quatre points dans le vôtre, et le PTr devance le MMM par 10 points dans celui de DCDM. Le rapport de force est également inversé dans les intentions de vote. Comment expliquez-vous ces différences radicales ? </B>

Les deux sondages ne sont pas comparables en termes méthodologiques. Il est donc normal d?observer des différences. Nous ne sommes pas en présence du profil de l?échantillon utilisé par DCDM. En outre, le seul redressement sur la variable ethnique ? DCDM précise avoir utilisé cette variable ? peut introduire des biais. DCDM a peut-être utilisé d?autres variables, mais nous n?en avons aucune indication. Or, si on ne fait le redressement que sur la base de l?ethnie, cela a un impact non négligeable sur les résultats. Car en matière électorale, le sexe, l?âge et la profession ont une incidence extrêmement forte. Les jeunes ne votent pas comme les parents, l?urbain ne votent pas comme le rural, les agriculteurs ne votent pas comme les cadres.

<B>Mais le choix des variables de redressement ne peut seul expliquer l?ampleur de cette différence. </B>

En ce qui concerne la proximité, ces différences s?expliquent simplement par le fait que les questions sont posées différemment. Le fait de n?accepter qu?une seule réponse ? NdlR : DCDM demande « de quel parti politique vous sentez-vous plus proche » - force l?interviewé à hiérarchiser ses préférences. Cette question est alors peu différente de la question posée ensuite concernant la préférence en cas d?élections.

Dans notre baromètre, nous donnons la possibilité aux interviewés d?exprimer un sentiment de proximité avec plusieurs partis. En effet, la réalité politique nous montre qu?il n?est pas contradictoire de se sentir proche de plusieurs partis à la fois, même si lor d?un choix on est obligé d?exprimer une préférence pour un parti quelconque. C?est ce que nous voyons dans notre baromètre : deux personnes sur trois (65,6%) disent se sentir proches de deux partis ou plus.

<B>Et les intentions de vote ? </B>

Pour ce qui est des intentions de vote, le sondage de DCDM présente un taux de non-réponse extrêmement élevé de près de 16 % alors que nous avons, nous, à peine 3 % de non réponse. Le nombre de non-réponses fait qu?il faut relativiser le résultat final. En revanche, le résultat est comparable au nôtre sur ceux qui ne savent pas pour qui ils vont voter.

Le fait d?avoir réalisé le sondage sur un très grand échantillon donne encore plus de poids aux non-réponses (qui ne sont pas de l?indécision mais un refus de répondre à la question).

Notre baromètre montre que les électeurs des petits partis ont plutôt tendance à faire confiance à l?alliance gouvernementale. C?est un fait important.

Si le taux de non-réponses au sondage de DCDM avait été moins élevé, la répartition des forces aurait été vraisemblablement différente. Les résultats se seraient rapprochés des nôtres.

<B>Vous sondez 607 personnes, et DCDM 1992. La photographie n?est-elle pas plus juste avec un échantillonnage plus large et un entretien en face-à-face ? </B>

Non, le baromètre a une plus grande valeur car les questions posées sont les mêmes d?une vague à l?autre et on observe ainsi des tendances de fond. La précision statistique est meilleure sur 2000 que sur 600, mais la fiabilité de la méthode est tout aussi importante.

<B>La marge d?erreur que vous donnez est plus importante. Expliquez-nous en quoi cela peut avoir une incidence sur les résultats. </B>

La marge d?erreur n?a d?intérêt que pour la significativité des résultats dans un même sondage ; elles n?influent pas sur la fiabilité du sondage.

Vous remarquerez que lorsque les questions sont posées identiquement, on a des résultats comparables (préférence entre Paul Bérenger et Navin Ramgoolam au poste de PM (Ramgoolam : DCDM 40% - SYNTHESES 36%) ? (Bérenger : DCDM 29,9% - SYNTHESES 34%). Et en outre, dans notre baromètre, on travaille sur trois leaders.

<B>Il y a l?usure du pouvoir, les démissions au sein du MSM. Or, l?alliance MSM?MMM reste l?option préférée et le MSM semble progresser. Cela est difficilement réconciliable avec l?opinion générale véhiculée. </B>

Non, le MSM ne progresse pas, il reste au même niveau par rapport à l?année dernière à la même époque. Par rapport à novembre, son score est à relativiser au regard de ceux qui ne se prononçaient pas ou refusaient de répondre. Statistiquement, il n?a pas progressé.

La démission de plusieurs ministres n?entraîne pas mécaniquement une désaffection de l?alliance MSM-MMM. Elle a plutôt pour effet de renforcer l?attractivité de l?opposition qui augmente de 10 points son score par rapport à février 2004, alors que l?alliance gouvernementale fait du sur place.

Il ne fait donc aucun doute que les démissions et l?usure du pouvoir sont des facteurs de renforcement de l?opposition.

<B>Vous maintenez donc que la dynamique est toujours du côté de l?opposition, alors même que l?écart se resserrait progressivement entre les deux alliances depuis février 2004 (20-19-9) et que la tendance notée cette fois est inverse (13) ? </B>

La dynamique est plus que jamais du côté de l?opposition. L?alliance gouvernementale ne progresse pas et fait du sur-place. L?opposition, au contraire, se renforce très fortement.

La préférence de vote pour l?alliance gouvernementale est au même niveau aujourd?hui, en février 2005 (44,5 %) que celle qu?on observait en février 2004 (43 %). Dans le même temps, l?opposition progresse de manière significative (+ 8 %).

<B>La situation dans le pays est perçue comme négative (43% trouvent qu?elle se détériore). Ne devrait-on pas s?attendre que la population sanctionne plus durement le gouvernement, ne serait-ce que sur le plan du bilan ? </B>

Le jugement sur le bilan du gouvernement devient de plus en plus sévère à mesure qu?un plus grand nombre de Mauriciens estime que la situation se détériore. En février 2004, l?écart entre ceux qui trouvaient que le bilan était positif et ceux qui le trouvaient négatif était de 14 points. En février 2005, il n?est plus que de 6 points.

En outre, le jugement encore positif de l?action gouvernementale (52%) est cohérent avec le poids de ceux qui estiment que la situation ne change pas (23,9% - score identique de baromètre en baromètre) et ceux qui estiment que la situation s?améliore (33,2% - score qui diminue depuis février 2004 au profit de ceux qui estiment que la situation se détériore).

Ceci démontre que l?opinion est totalement cohérente dans son appréciation de la détérioration de la situation avec le jugement de plus en plus critique de l?action gouvernementale. Mais elle n?attribue pas à la seule action gouvernementale cette détérioration de la situation.

<B>Les courbes du PTr et du MMM ne se sont jamais autant rapprochées, sur le plan de la proximité avec les partis (36-40) et sur le plan des intentions de vote (28-30). Faut-il y voir une menace sérieuse pour l?alliance gouvernementale ? </B>

Si on prend comme point de référence février 2004, l?évolution de la proximité montre que le MMM résiste face à la vraie montée en puissance du PTr. En effet, ce dernier progresse de 12 points alors que le MMM fait du sur-place même si de manière apparente, il progresse de 3 points.

Si on prend toujours février 2004 comme référence, le choix du parti au moment du vote présente les mêmes similitudes. Le PTr gagne 5 points en un an alors que le MMM reste au même niveau d?intention de votes.

La menace est donc plus que sérieuse pour l?alliance gouvernementale.

<B>Quels facteurs expliquent le bond réalisé par Navin Ramgoolam qui devient Premier ministre préféré et leader de l?opposition fortement apprécié, alors que le rapport de forces n?a pas beaucoup évolué? </B>

Au contraire, le rapport des forces a évolué et c?est parce qu?il a beaucoup évolué (le PTr renforce sa position : + 5 points) que Navin Ramgoolam renforce son leadership en tant que leader de l?opposition et se voit à ce baromètre attribué le titre de « PM préféré ».

Dans les deux cas, on observe la même tendance que précédemment, le leadership de Navin Ramgoolam gagne 7 points entre février 2004 et février 2005. La préférence entre les prétendants au poste de PM profite plus à Navin Ramgoolam (+9 points) qu?à Paul Bérenger (+2 points) ou à Pravind Junauth (-2 points).

<B>Comment expliquer que le choix d?un gouvernement post-élections reste radicalement en faveur de l?alliance MSM-MMM? </B>

Dans le jeu des alliances, les deux gros partis PTr et MMM ne peuvent à eux seul emporter la décision. L?électorat est multiple et les électeurs des autres partis se reportent mieux sur cette alliance que sur l?alliance PTr.

Ceci est à surveiller de près dans les prochains baromètres, les petits partis et leurs électeurs risquent de peser très lourds dans la balance !!!

<B>Les indécis s?étant prononcés, peut-on dire que les tendances se dessinent nettement maintenant ou rien n?est encore joué ? </B>

À ce jour, il faut prendre ce baromètre comme une photographie avec toutefois des tendances lourdes qui se dessinent en faveur de l?opposition, mais rien n?est encore joué.``

« Le jugement sur le bilan du gouvernement devient de plus en plus sévère à mesure qu?un plus grand nombre de Mauriciens estime que la situation se détériore. »

Propos recueillis par Ariane CAVALOT- DE L?ESTRAC

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