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« La cassure viendra avant les élections avec cette formule »
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« La cassure viendra avant les élections avec cette formule »
La formule présentée au Select Committee sur la proportionnelle par le ministre Leung Shing a été retenue par le gouvernement. Comment réagissez-vous ?
Il faut d?abord savoir ce que l?on veut. Si l?on veut abolir l?injustice du système actuel en introduisant une dose de proportionnelle, il n?y a que la formule proposée par la commission Sachs qui doit être appliquée. Si l?on veut simplement rajouter quelques députés perdants à l?Assemblée nationale, c?est la dernière formule retenue qui doit être appliquée. Faisons bien attention, tout n?est pas dit sur cette question. Cette formule est une idée qui fait son chemin et qui semble avoir été proposée dans le seul but d?arriver à un consensus. Il est bon de rappeler que la commission Sachs avait d?emblée rejeté cette proposition.
Vous voulez dire que la décision de retenir la formule Leung Shing n?a pas été prise ?
Il n?y a aucune décision, à proprement dire. La question de la réforme électorale est tellement lourde de conséquences pour une démocratie qu?elle doit toujours se faire dans la discussion. C?est pour cette raison que le gouvernement avait nommé la commission Sachs, dont le rapport a reçu l?approbation unanime lorsqu?il a été débattu au Parlement.
Vous aviez dit que la formule retenue aujourd?hui avait donné lieu à une révolution au Mexique?
Ce n?est plus la même formule. Celle qui a été retenue est une variante de la proposition Leung Shing. Elle est inédite. Bien que n?étant pas expert en la matière, je ne pense pas qu?elle ait fait l?objet d?une étude quelconque dans le monde.
Mais cette formule doit avoir des bons côtés?
Elle a ses avantages. D?abord, elle ne change pas le système actuel. Ensuite, tous les élus auront été candidats dans une circonscription. En revanche, je m?interroge sur ses dangers qui sont latents.
Que pensez-vous de la proposition concernant la représentation féminine à l?Assemblée nationale ?
C?est le grand pas de la dernière formule. Cinq ou six députées (femmes) supplémentaires entreront au Parlement. Ce qui fera, à partir des chiffres des élections générales de septembre, une dizaine de femmes sur 80-82 députés au total. Mais cela ne peut pas cacher le fait que tout en étant un pas vers la représentativité féminine, la représentativité du peuple ne sera pas corrigée.
Vous parliez des dangers de la dernière formule. Quels sont-ils ?
D?abord, on nommera dix, douze ou quinze perdants qui, grâce à cette formule deviendront des gagnants. Ensuite, cette formule est une boîte à surprises car ce n?est qu?après les résultats qu?on saura qui sont les élus. Cela existe dans le système actuel, mais entre huit et vingt, le décalage est énorme. Enfin, je m?inquiète beaucoup quant au déroulement d?une campagne électorale dans l?éventualité où cette proposition est retenue.
Pourquoi ces inquiétudes ?
Dans une circonscription où les trois candidats d?une alliance se voient perdants, ils ont une seule solution : se battre entre eux afin de sortir quatrième et rêver qu?ils seront parmi les dix ou douze meilleurs perdants au niveau national. La cassure viendra avant même les élections avec cette formule. Les candidats seront obligés de mener une campagne personnelle basée sur le communalisme et le castéisme, car pour réussir le meilleur score, ils battront d?abord le rappel des membres de leurs communautés. Un candidat encouragera ses partisans à voter deux candidats adverses afin de reléguer ses colistiers au dernier rang. C?est ce que Sachs avait décrit comme étant « a capacity to impact negatively on inner party relationship and to produce results which could intensify rather than reduce communal tensions ».
Vous dites que la formule retenue est inédite. Doit-on conclure que le travail de la commission Sachs et le rapport du Select Committee que vous avez présidé n?ont servi à rien ?
Le mandat du Select Committee que j?ai présidé était d?assurer la mise en application des recommandations de la commission Sachs. Il n?était pas question qu?il puisse recommander une alternative aux propositions de la commission, encore moins quelque chose qu?elle avait explicitement rejeté. Si la nouvelle formule dont on parle est acceptée, il est évident que le rapport Sachs deviendra caduc et que le travail de la commission aurait été un exercice futile.
Avec l?acceptation de la dernière formule, peut-on dire qu?une avancée démocratique a été sacrifiée sur l?autel du compromis politicien ?
C?est dans la façon de le dire que cela change. Si cette formule était adoptée, ce sera le résultat d?un compromis politique. Mais est-ce que ce sera le résultat d?un consensus national ? L?avenir le dira. Si tous les politiques sont d?accord avec cette formule, elle devrait être adoptée.
Mais vous-même ne semblez pas être d?accord?
Je ne suis pas d?accord avec la dernière formule proposée. J?espère que sur une question aussi importante, il y aura un vote libre au Parlement afin de permettre à chaque député d?exprimer le fond de sa pensée, plutôt que de les retrancher derrière l?abstention comme ce fut le cas avec le ministre Michel et le député Armance sur la question des organismes génétiquement modifiés.
Ce serait une fissure de plus dans l?alliance gouvernementale.
Non ! Dans la mesure où chaque député aurait la liberté d?expression et la liberté de vote, il n?est pas question de fissure. Mais approfondissons la question. La principale objection à la formule Party List, préconisée par le Select Committee, semble être que des députés seront élus sans avoir été candidats dans des circonscriptions. Mais il y a une solution.
Laquelle ?
C?est de permettre que chaque parti ait le droit de présenter des candidats sur des Party Lists. Ainsi l?électeur saura d?avance pour qui il vote et l?on évitera le danger communal, car chaque parti choisira de présenter des candidats qui refléteront les composantes de notre société, y compris et surtout les femmes.
Si la dernière formule est acceptée, ne serait-ce pas une volte-face par rapport aux propositions de la commission Sachs ?
Je n?utiliserai pas le terme volte-face car il n?y a aucune décision gouvernementale qui entérine le rapport Sachs. Technique-ment, la seule décision prise, c?était de proposer qu?un Select Committee mette en application les recommandations de la commission.
Mais c?est un désaveu du président du Select Committee qui se trouve être le secrétaire général d?un des partenaires de la majorité.
Je ne suis pas homme à mettre en avant mes sentiments personnels lorsqu?il s?agit d?une question aussi importante que la réforme électorale. Mes réactions n?intéressent que moi.
Mais c?est une question de conviction. Votre rapport reflète vos convictions?
Il est évident que je souscris entièrement aux recommandations de Sachs.
Jusqu?où les partenaires de l?alliance gouvernementale peuvent-ils aller dans la recherche du consensus ?
S?il y a un désaccord comme il y en a sur la question de la réforme électorale, un consensus doit se faire. La distinction réside dans la différence entre le consensus et la capitulation.
« J?espère qu?il y aura un vote libre au Parlement afin de permettre à chaque député d?exprimer le fond de sa pensée »
« La distinction réside dans la différence entre le consensus et la capitulation »
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