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« Koli Xplozif » : Que jeunesse s?éclate !

7 août 2005, 00:00

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Samedi sera officiellement présenté, au rez-de-chaussée de l?immeuble Magic Lantern (librairie Le Cygne), route Royale, Rose-Hill, le premier numéro d?une nouvelle série du magazine Koli Xplozif, entièrement consacré à la BD « made in Mauritius ». Il ne s?agit certes pas du premier magazine local entièrement consacré à la bande dessinée mais l?équipe, animant Koli Xplozif, possède quelques atouts particuliers qui lui confèrent une place privilégiée dans ce secteur d?activités culturelles et artistiques.

Le groupe KXZ (l?abréviation utilisée pour Koli Xplozif) privilégie à outrance le concept de la liberté dans la création artistique. En cela, il se dissocie, par choix, d?autres groupes bédéistes locaux plus respectueux à l?égard de cette autocensure plutôt bannie chez KXZ. Cha-que membre du groupe est chaudement invité à donner libre cours à ses fantasmes artistiques et à se faire la main au sein du groupe, en attendant de pouvoir réaliser ses propres albums personnels.

Chez KXZ, on n?a moins peur qu?ailleurs de la vue du sang sur les planches à encre de Chine, du recours à des scènes empreintes de violence physique et/ou verbale, des situations les plus saugrenues, les plus débridées, les plus ésotériques. Le magazine est d?ailleurs déconseillé aux moins de 10 ans. Sage mesure d?élémentaire prudence et de respect au lait maternel et substituts qui les maternèrent jadis.

Ce parti-pris libertaire pourrait choquer de bonnes âmes. Elles feraient mieux de faire l?inventaire des scènes violentes qu?ingurgitent allégrement des bambins, scotchés quotidiennement devant leur téléviseur, ne s?effrayant plus de voir leur héros animalier préféré passer, par exemple, sous un rouleau compresseur, sachant que la galette, qu?il devient alors, ne tardera guère à retrouver rondeurs, élasticité, vivacité car tout héros qui se respecte ne saurait, à l?instar de la star des jamesbonderies, mourir à jamais.

Nouvelle illustration d?une lâche hypocrisie bien mauricienne : à défaut de pourfendre le sadisme de la Warner Bros ou de la Walt Disney Corporation, on s?acharne volontiers sur des jeunes sans défense ou presque mais avides d?exprimer ce qu?ils ont sur la patate.

La liberté artistique, que chérissent par-dessus tout les membres du groupe KXZ, se manifeste plus particulièrement dans le parti-pris humoristique. Humour et liberté feront bon ménage dans les colonnes particulièrement hospitalières des nombreux numéros à venir de Koli Xplozif. Les différentes rubriques s?alignent allégrement les unes après les autres mais toutes portent l?empreinte d?un humour particulièrement soigné tout en se voulant corrosif. Un humour de jeunes, réalisé par des jeunes, pour des jeunes. Nous assistons donc à une véritable démocratisation de la création bédéiste, ne figurant peut-être pas au sein du programme gouvernemental de l?Alliance sociale mais bénéficiant du parrainage officiel et matériel du ministère de la Jeunesse et du National Youth Council, signe d?une grande confiance de la part du nouveau gouvernement dans la force et le dynamisme, éminemment révolutionnaires, que constitue toute jeunesse au sein d?un pays donné.

La nouvelle série du magazine Koli Xplozif succède à une première plus modeste, sortant sur seulement huit pages de format B5 (soit la moitié d?une feuille A4). Chaque numéro de la nouvelle série comportera au moins 30 pages de format A4, avec une couverture en quadrichromie. Il se vendra à Rs 50 l?unité. Les pages intérieures ne comporteront, par choix, que des illustrations en noir et blanc. Il s?agira d?une publication bimestrielle (à ne pas confondre avec un bimensuel paraissant tous les quinze jours).

La palette allouée aux talents libertaires

Outre ses nombreuses qualités artistiques et culturelles, Koli Xplozif se veut le trait d?union d?un groupe de jeunes gens et de jeunes filles, ayant beaucoup de penchants intellectuels en commun. On peut presque parler, dans leur cas, de travail communautaire tant est grande cette soif transparente de partage et de découvrir ensemble ce qu?il y a de meilleur et de plus épanouissant dans notre île Maurice d?aujourd?hui.

Cet esprit de partage et de communion s?étend, bien sûr, aux lecteurs du magazine à qui sont spécialement destinées des rubriques consacrées aux coins valant le détour et à découvrir parfois à l?intérieur même de nos zones urbaines. Comme quoi, nous ne sommes pas toujours obligés de faire des kilomètres extra muros pour respirer un air de fraîcheur, de jamais vu et se déstresser à loisir.

Parmi les rubriques figurant au sommaire des prochains numéros, il y a, outre la place allouée aux tendances libertaires de tout un chacun, des espaces réservés aux jeux (mots et maux croisés, jeu concours, quiz-cadeaux), à la présentation de nouveaux artistes et musiciens, aux invités de marque, au courrier des lecteurs (le Reader Mad Xpress), aux tranches de vie (Raindrops), aux histoires d?horreur, à la découverte de la cité (Secre Sity), à Bibi et Bala (humour garanti), au rétrofuturisme (une vue prophétique et allégorique mélangeant allégrement futur et passé), etc.

Une place de choix sera évidemment accordée à l?initiation aux mangas japonais (l?art nippon et par excellence de la BD). Le lecteur sera alors adroitement guidé à l?intérieur du labyrinthe éminemment artistique des nouvelles écoles bédéistes japonaises.

L?art dispute à l?humourla place de choix

L?art dispute à l?humour la place de choix et la part du lion au sein du groupe KXZ. Ses membres sont volontiers des artistes ayant déjà participé à des expositions collectives ou se préparant à le faire. Bon nombre d?entre eux, par exemple, ont participé à la récente exposition du groupe « Evasion » dans le grand vestibule du centre commercial Orchard à Quatre-Bornes (voir expresso du 6 février 2005).

Le groupe KXZ est dirigé par Christelle Barbe-Emrit. Elle est épaulée par ses deux s?urs Dominique et Véronique (lauréate primée d?un récent concours de BD, organisé par l?Alliance française et qui, à ce titre, fait office d?invitée de marque de ce premier numéro de la nouvelle série de Koli Xplozif). Les autres artistes de l?équipe sont, entre autres, Lionel Anthony, Sébastien Tahucatte, Noah Nany, Sonia Chan Tin, Shapoor, Warren, Anderson, Ashley, Franco.

Aux bédéistes chevronnés, s?adjoignent des illustrateurs, n?ayant pas encore acquis la formation complète du parfait bédéiste, lui permettant d?être aussi à l?aise dans le dessin que dans le scénario, sans oublier l?art du cadrage, de la bulle pas forcément d?humour, de l?heureuse transition d?un dessin à un autre, d?une page à l?autre. Nos bédéistes ne ratent, bien sûr, aucune occasion de se former et de parfaire leurs talents, grâce aux séjours effectués à Maurice par des bédéistes français aussi expérimentés que Joseph Béhé ou encore Daphnée Collinion. Belle occasion pour le public local de témoigner sa gratitude aux centres culturels financés par des pays amis et qui multiplient les opportunités de former les artistes locaux.

Koli Xplozif témoigne bien de la bonne santé de la BD mauricienne. Les artistes sont là bien présents et tous à l??uvre. Souhaitons-leur le public le plus talentueux possible et donc perméable à l?ensemble de valeurs que ces jeunes démontrent. Nul besoin ici, bien sûr, de rappeler à nos rares bibliophiles la valeur marchande, au bout de quelques années, des premiers numéros d?un magazine BD, appelé à connaître un succès aussi fulgurant que le Koli Xplozif de la bande à Christelle.

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