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« Je recommande le traitement de substitution »
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« Je recommande le traitement de substitution »
Vous avez remis un rapport au gouvernement sur le lien qui existe entre les toxicomanes par intraveineuse et le sida. Quel est votre principal constat ?
Il y a eu un changement dans le mode de transmission. Depuis 2002, la majorité des nouveaux cas est attribuable aux utilisateurs de drogues injectables. On a vu venir la propagation de l?épidémie car ils se partageaient les seringues et contractaient l?hépatite C. C?était un avertissement de ce qui allait arriver plus tard.
Pourquoi ces toxicomanes se partagent-ils les seringues ?
La toxicomanie se fait en groupe. Et même si la vente des seringues et d?aiguilles n?est pas illégale, il est difficile pour eux de s?en procurer en raison de la réticence des pharmaciens. Les pharmacies qui acceptent sont assez éloignées, à 30 ou 40 minutes du lieu. Un toxicomane n?attendra pas car il redoute le manque.
Y a-t-il d?autres raisons ?
Lorsqu?un toxico commence à s?injecter de la drogue, il développe un vein collapse, un problème avec ses veines. Il préfère s?en remettre à un hit doctor. C?est un professionnel qui manie la seringue avec dextérité. Faire appel au hit doctor comporte des avantages : ce dernier possède des seringues et offre un service efficace, alors que si le toxicomane s?injectait sa drogue, il en gaspillerait une partie.
De combien de toxicomanes le « hit doctor » s?occupe-t-il par jour ?
Une moyenne de 15. Voilà pourquoi le taux de transmission du virus par intraveineuse est si élevé.
Et si chacun possède sa seringue, y a-t-il toujours un risque de propagation ?
Le partage indirect de l?attirail utilisé pour s?injecter de la drogue contribue à répandre l?hépatite C. Cette maladie, très présente chez les toxicomanes, est aggravée par la consommation d?alcool. Il faut absolument qu?ils soient informés.
Ces toxicomanes représentent un danger pour leur conjoint?
Oui car on assiste à une féminisation du virus. En ayant des relations sexuelles avec le toxicomane, la femme est contaminée et peut transmettre la maladie à son enfant. Utiliser un préservatif ? Le toxicomane n?y pense pas. En Inde, 45 % des conjointes des utilisateurs de drogues injectables sont séropositives. Maurice n?est pas à l?abri.
Quelle est la situation pour ce qui est des prostituées ?
La plupart prennent de la drogue en intraveineuse. Une prostituée qui se shoote ne rechignera pas si son client refuse d?utiliser un préservatif. Son but c?est d?être payée pour acheter sa dose.
En prison, on pratique la ségrégation envers les prisonniers séropositifs?
Cela accentuera la stigmatisation. J?ai constaté que l?on n?offre pas de comprehensive drug treatment services en prison. Chaque prisonnier devrait bénéficier ce que j?appelle le VTCC, le Voluntary Testing, Confidential and Counselling.
Quelles solutions préconisez-vous pour limiter la propagation du virus dans ce groupe ?
You still have a great window of opportunity to intervene. Je recommande le traitement de substitution qui a fait ses preuves ailleurs. En leur procurant de la méthadone, on leur enlève le besoin de s?injecter de la drogue, et le virus ne se propage pas. La criminalité baissera, car plus besoin alors de voler pour payer sa dose. L?État devra donc investir, mais à chaque fois qu?il empêchera une personne de s?injecter de la drogue, il fera des économies.
L?échange des seringues est un sujet qui fait polémique. Comment convaincre les décideurs et le public de son efficacité ?
Il faudra faire un plaidoyer auprès d?eux, les sensibiliser, car le sida menace de se propager dans la population. Il faudra expliquer au public que le programme d?échange des seringues s?attaque à un problème de santé publique. Le but n?est pas d?inciter les toxicomanes à se droguer, mais de stopper la progression de la maladie.
Sur 20 000 toxicomanes, seuls 1 000 suivent un traitement. Comment attein-dre les autres ?
Il faudra aller vers eux avec l?aide de leurs pairs et d?ex-toxicomanes. Les attirer en proposant des soins de base avant de leur offrir un traitement de substitution.
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