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« Je crois que l?Église catholique doit faire son mea culpa »
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« Je crois que l?Église catholique doit faire son mea culpa »
Croyez-vous vraiment qu?on peut payer une indemnisation aux descendants d?esclaves ?
Écoutez, l?Afrique du Sud de Mandela et de M?Beki a payé une compensation aux victimes de l?apartheid. Des indemnités ont été payées aux victimes des génocides de la Deuxième Guerre mondiale. Des Juifs et des Chinois ont reçu des indemnisations. Je ne vois pas pourquoi cela ne pourrait pas être le cas pour les descendants des victimes de l?esclavage.
Vous pensez que c?est une bonne chose de payer des indemnités à titre individuel ?
Si je ne le pensais pas, je n?aurais pas été à Londres pour retenir les services d?une entreprise privée (Rs 400 000), afin de faire une étude sur la question. Celle-ci est en cours actuellement.
Qui doit effectuer le paiement ?
D?abord les descendants des colons qui ont bénéficié des indemnités à l?abolition de l?esclavage. Nous avons les noms de ces bénéficiaires. Ensuite, le gouvernement et enfin, les pays qui ont pratiqué l?esclavage et la traite négrière.
Comment réagissez-vous au remplacement du nominé de votre parti à la direction du Centre culturel Nelson Mandela qui tente de reconstituer l?arbre généalogique des descendants d?esclaves ?
Je préfère ne rien dire à ce sujet parce que c?est assez douloureux.
Pourquoi ?
Je n?en dirai pas davantage.
<B> Le président des Verts fraternels, votre frère Élie Michel, exprime son mécontentement sur la question de l?indemnisation. Mais vous, le leader du parti, vous vous taisez. Pourquoi ?
Je ne me tais pas. Je n?ai pas pu être présent à la conférence de presse de la semaine dernière, car j?étais en mission au Cap-Vert. Si j?avais été là, j?aurais tenu le même langage que mon frère Élie. Il n?y a pas de différence de point de vue entre nous.
Visiblement, votre point de vue n?est pas écouté au gouvernement?
Si l?on doit faire l?historique de cette question, il y a beaucoup à dire. Quand nous avons voulu en parler le lendemain de la présentation du discours programme, le Premier ministre d?alors, sir Anerood Jugnauth, nous a déclaré qu?il n?avait pas le temps, car il partait à l?étranger. Le vice-Premier ministre, Paul Bérenger, m?a répondu qu?il ne pouvait pas intervenir. Finalement, nous avons été obligés d?avoir recours à une motion privée présentée par Jean-Claude Armance, député de notre parti.
La motion n?a pas eu beaucoup de succès auprès de la direction de l?alliance gouvernementale?
La présentation de la motion Armance a été acceptée après maintes difficultés. Elle a d?abord été rejetée par le Chief Whip, José Arunasalom. Le secrétariat de l?Assemblée nationale l?a également refusée. Finalement l?affaire a été réglée. Mais au moment du tirage au sort des motions, sir Anerood Jugnauth avait démandé au député Armance de retirer sa motion, car si elle était débattue il y aurait des problèmes, disait-on. Néanmoins nous avons maintenu notre position. Alors, on nous a dit que la motion serait amendée.
<B> N?était-ce pas un moyen de la rendre caduque ?
Non, je pense que le gouvernement voulait dire par là qu?il réparait la non-inscription de la revendication dans le discours programme. Puis, quand l?amendement est arrivé, Paul Bérenger a évoqué trois raisons pour justifier le non-paiement d?une compensation. C?était en contradiction avec la motion, car si on ne veut pas payer des indemnités, il ne faut pas faire voter une motion pour en réclamer.
Après tout est rentré dans l?ordre?
Le 1er mai 2003, mon parti a organisé un rassemblement à Mahébourg alors que l?alliance gouvernementale réunissait ses partisans à Rose-Hill. Par la suite, nous avons eu une première réunion à ce sujet entre partenaires de l?alliance. Cela a permis un dégel de la situation.
Quelle est la situation maintenant ?
Dimanche dernier, lors de la journée de réflexion, le Premier ministre a déclaré que toute la question de la compensation serait reprise durant le prochain mandat.
Vos partisans sont surtout des habitants des cités, des Chagossiens, des pêcheurs et des éleveurs de porcs?
Dire que nos partisans viennent uniquement de ces catégories sociales, c?est nous marginaliser. Il faut savoir que nous avons commencé notre action en 1968. Nous avions alors travaillé avec les victimes des violences ethniques à Port-Louis. Et durant les trente-six dernières années, nous avons ?uvré en faveur des exclus. C?est une coïncidence s?ils se trouvent dans ces catégories sociales.
Aujourd?hui, ils ont d?autres porte-parole. Est-ce un effritement de votre base ?
Non ce n?est pas le cas. Nous avons toujours considéré que notre travail est de permettre à ces personnes de se prendre en charge. Quand c?est fait nous nous retirons. Aujourd?hui, Olivier Bancoult et ses camarades chagossiens peuvent se défendre tout seuls. Je trouve ridicule la démarche de Lalit de vouloir se mettre à leur côté, maintenant.
<B> Pensez-vous que le sort de ceux que vous défendez s?est amélioré ?
Quand je suis parti dans les cités pour la campagne électorale de Piton-Rivière-du-Rempart, j?ai constaté que, là-bas, les choses se sont détériorées. Je pense que c?était une erreur de nous retirer dès que les habitants sont devenus propriétaires de leurs maisons. La situation est intenable, nous envisageons d?y retourner pour reprendre notre travail.
On ne vous a pas beaucoup entendu sur la question des 50 % de places réservées dans les collèges catholiques ?
Nous sommes restés à l?écart, parce que les 50 % de places dans les écoles catholiques sont destinés à des personnes qui ne font pas partie de ceux pour lesquels nous nous battons. Ces 50 % ne sont pas attribués à des exclus. Ce sont d?autres personnes qui ne sont pas défavorisées qui en bénéficient.
Vous dites donc que l?Église catholique ne prend pas parti pour les défavorisés ?
Je crois que l?Église catholique doit faire son mea culpa. Si l?Église veut se mettre du côté des pauvres, il ne suffit pas de le dire, mais de le faire. En revanche, je trouve inadmissible la dernière allégation de Suttyadeo Tengur. Autant je comprenais sa position sur les 50 % de places réservées, autant j?estime que ses accusations de fraude soi-disant commises par l?Église sont inacceptables.
<B> Quelle est votre position par rapport à l?introduction de la langue créole dans le cursus scolaire ?
J?estime que l?île Maurice est prête pour l?introduction du créole dans le cursus scolaire. La population l?utilise quotidiennement; je ne vois pas pourquoi elle s?opposerait à cette proposition. Toutefois, il n?est pas question d?imposer quoi que ce soit. Il faut donner l?occasion à ceux qui voudraient prendre le créole comme sujet de le faire. Cela permettra de mettre fin à ce contentieux autour du fait que certains élèves ne peuvent prendre que cinq sujets au Certificate of Primary Education alors que d?autres ont la possibilité d?en étudier six.
« Les 50 % de places réservées dans les écoles catholiques ne sont pas attribuées à des exclus. Ce sont d?autres personnes qui ne sont pas défavorisées qui en bénéficient. »
Propos recueillis par Jérôme BOULLE
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