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« Il faut éliminer immédiatement toutes les taxes douanières »
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« Il faut éliminer immédiatement toutes les taxes douanières »
Le budget 2005-2006 vous a-t-il conforté dans l?idée d?investir dans votre projet de complexe duty-free ?
Oui et non. Oui, car nous l?avions seulement envisagée ; maintenant il paraît réalisable. Non, parce que nous nous attendions à la détaxation complète et non échelonnée sur quatre ans. On ne peut pas encore promettre à nos visiteurs qu?ils feront tout leur shopping à Maurice hors taxe. L?offre n?est pas claire. Pour notre projet, par exemple, nous comptons construire un grand magasin avec plusieurs départements. Alors, comment allons-nous procéder pour signaler que tel département vend partiellement en duty-free, le suivant 100 % duty et le troisième taxé à 40 % ?
Croyez-vous que cette annonce va attirer de nouveaux investisseurs ?
Oui, beaucoup de personnes m?ont contacté. J?ai des clients malgaches voulant investir qui ont posé des questions. Il faut que le gouvernement développe des campagnes d?information auprès d?eux. Mais cela va être compliqué parfois, car tout n?est pas détaxé. Pravind Jugnauth a eu le courage de cette décision. Mais c?est un pari qu?il fallait prendre plus tôt.
Pravind Jugnauth assure que l?île sera entièrement hors taxe d?ici 4 ans?
Ce projet ne sera pas réalisable dans trois ans si le gouvernement ne prend pas les décisions qu?il faut. Il faut éliminer immédiatement toutes les taxes douanières. Car il y a des investisseurs derrière la porte qui ne veulent pas attendre 4 ans.
Quelles sont les autres étapes à franchir pour devenir une vraie île duty-free?
J?ai l?impression qu?on oublie l?importance de notre aéroport. Pour moi, il est encore à un niveau très moyen. On pense passer de 800 000 à 3 millions de touristes. Singapour en attire 5 millions par an et son aéroport a une superficie 100 fois supérieure à celle de Plaisance ! La dernière fois que j?ai passé les services de l?immigration à Plaisance avec mes enfants, cela m?a pris 35 minutes ! J?ai attendu mes bagages pendant 40 minutes ! Vous imaginez faire subir cela au touriste qui arrive ? Au lieu de le mettre dans le mood dès le départ, on le contrarie ! Je parle d?amélioration de service. Mais il faut aussi carrément construire un aéroport d?envergure. Et ne pas parler d?agrandissement tout simplement.
Se pose alors la question du financement...
On peut penser à un financement par des entreprises locales, sans passer par des prêts. Je demande au gouvernement de créer des espaces pour duty-free shops au sein d?un nouvel aéroport et de vendre ces espaces avant même la construction de l?aéroport. Mon partenaire et moi sommes prêts à investir environ Rs 100 millions dans 4 espaces qui nous coûteraient chacun Rs 25 millions. Il y a des dizaines d?autres investisseurs qui seront intéressés par l?idée. Voilà une idée de financement !
L?ile Maurice duty-free nécessite des dépenses colossales en infrastructures?
On ne parle plus de complexe de 20 magasins, mais avec plus d?une centaine. Pensons à faire naître à Ebène ce genre de complexe. Où il y aurait les espaces de shopping avec 400 magasins, des hôtels, restaurants, cinémas et parcs d?attraction. Le temps du visiteur est limité, il veut dépenser une partie de son temps à la plage, en visite dans l?île et dans le shopping. Et si au moment de se décider de dépenser son argent, il ne trouve rien?il finit par ne pas dépenser. Nos touristes arrivent avec 10 kilos de bagage et repartent avec 10 kilos. J?aimerais qu?ils arrivent avec des valises légères et repartent avec du bagage excédentaire.
« On doit pouvoir attirer Samsung, Nokia ou Panasonic à Maurice. Non pas pour ouvrir une petite filiale... »</B>
Allez-vous démarrer votre projet ?
Nous sommes en pleins pourparlers avec notre partenaire singapourien, l?une des plus grandes enseignes de ce pays. Nous avons aussi des discussions avec un autre groupe de Singapour. Nous pensons qu?au début de l?année prochaine, les travaux devraient démarrer.
Les groupes locaux ne montrent pas énormément d?intérêt dans le duty-free?
Les groupes existants ont des intérêts particuliers dans le secteur manufacturier à Maurice. Ils ne veulent pas se tirer une balle dans le pied tout de suite. Mais il arrivera un moment où les produits mauriciens ne seront plus compétitifs face aux importations qui rentreront en hors taxe dans le pays. Alors pourquoi ne pas se lancer maintenant au lieu d?attendre 4 ans avant de réagir ? On entend davantage parler de 55 000 emplois qui seront perdus à cause de cette décision.
Mais on ne parle pas de ceux qui seront créés ?
Mon entreprise opère en ce moment une entreprise dans le port franc. Elle a un grand nombre de petits clients. Nous employons 20 personnes. Mais je peux dire que j?emploie indirectement environ 200 ou 300 personnes. Nos petits clients remplissent les avions. Ils prennent nos taxis. Ils séjournent dans de petits hôtels. Ils vont manger dans nos restaurants et faire du shopping. On ne se rend pas compte du nombre d?emplois indirects qui sera créé. Mais directement, notre projet générera environ 100 emplois.
Qui seront les clients de la future île Maurice duty-free ?
D?abord, il y a des clients de la région. Maurice est peut-être géographiquement plus proche d?eux, mais ils vont ailleurs, car on ne leur propose pas les produits qu?il faut. On a tendance à croire qu?il ne faut attirer que les gros clients. Nous devons également toucher les plus petits, ceux qui ne veulent pas voyager loin et qui n?ont pas nécessairement des millions à dépenser. A Maurice, ils pourront se regrouper à quatre ou cinq pour expédier leurs achats dans un container vers leur pays.
Pourrons-nous offrir toutes les gammes de produits recherchés?
Le client, qu?il soit touriste ou revendeur, veut le choix. A Maurice, il n?en a pas beaucoup. L?acheteur ne veut pas se balader dans 10 magasins. Il veut arriver à un endroit et trouver une gamme complète et faire son choix. D?où l?importance d?avoir de très grands magasins qui vendent toute une gamme de produits et dans toutes les quantités. On doit pouvoir attirer Samsung, Nokia ou Panasonic à Maurice. Non pas pour ouvrir une petite filiale, mais pour carrément ouvrir une division régionale. Ces enseignes vendront alors avec les grossistes et revendeurs du pays, mais aussi avec les revendeurs des pays de la région qui se déplaceront alors à Maurice pour acheter ces marques.
Votre famille a débuté avec un magasin de tissus. Avec la duty-free island, ce type de magasin sera-t-il encore viable ?
Ces commerçants de tissus et de prêt-à-porter de la rue Desforges me posent les mêmes questions. Il n?y a pas de problème immédiat pour ces magasins. Mais, dans deux ou trois ans, ce sera compliqué. C?est pourquoi je les exhorte à réagir immédiatement, de changer.
Comment ?
Il faut qu?ils importent du prêt-à-porter pour donner le choix aux clients. Aujourd?hui, si on veut s?acheter une veste, on n?a pas énormément d?adresses où aller. Au lieu de vendre du tissu pour confectionner des vestes, pourquoi ne pas vendre vestes et vêtements de ville? Ils trouveront ainsi de nouvelles opportunités.
La plupart de ces commerces sont de vieux business familiaux. Ils sont un peu réfractaires au changement?
Adapt or perish! On peut prendre l?exemple de Singapour. Vers les années 1970, ce pays ressemblait à Maurice d?aujourd?hui ? même style de vie, mêmes magasins de tissus. Mais maintenant, il n?y en a presque plus. Ceux qui restent dorment toute la journée, faute de clientèle. Ils ont su changer et évoluer. La famille Kathrada était dans le tissu, mais aujourd?hui on importe plus de 1 000 variétés d?articles. Si volonté il y a, on s?en sortira.
Ces magasins doivent aussi adopter des méthodes modernes de gestion et de vente. C?est une culture à réinventer?
Nous ne possédons pas le savoir-faire à Maurice. Le Mauricien est intelligent, éduqué, courtois, il sait vendre. Mais cela ne suffit pas. Nous avons besoin de cerveaux étrangers maintenant. Nous n?avons plus à mendier pour de l?argent. Nous devons, par contre, tout faire pour avoir les personnes et les entreprises de Singapour, Dubayy ou ailleurs qui puissent nous apprendre à mettre ce projet d?envergure en route.
Ont-ils compris l?urgence de changer?
Pas du tout. Je crois qu?il faut vraiment les informer et les éduquer sur la nécessité de réagir avant qu?il ne soit trop tard.
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