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« Faut-il rendre les décorations britanniques ? »
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« Faut-il rendre les décorations britanniques ? »
oui Xavier-Luc Duval député et leader du Parti mauricien Xavier Duval
Cette proposition n?est-elle pas trop simpliste ?
Aucunement. C?est la mesure la plus appropriée pour sensibiliser l?opinion publique britannique à l?affaire des Chagos. D?autant que le retrait du Commonwealth envisagé par le gouvernement mauricien, en réplique à la récente man?uvre de Londres, est lourd de conséquences.
Expliquez-vous ?
Notre éventuel retrait du Commonwealth, nous priverait du Conseil privé de la reine (Privy Council) en tant que cour d?appel de dernière instance. N?oublions pas non plus que, dans le cadre de la juridiction mauricienne, le Privy Council a fait ses preuves. Dev Hurnam en sait quelque chose, lui qui a dû récemment faire appel à cette instance pour recouvrer sa liberté conditionnelle. Puis, quitter cet espace démocratique, qu?est le Common-wealth, nous jetterait dans le camp peu enviable de certains États scélérats, que je ne nommerai pas. N?oublions pas que la Grande-Bretagne est un pays ami. D?ailleurs dans le cadre de nos tractations avec l?Union européenne sur le dossier sucre, le soutien des autorités britanniques se fait attendre. Soulignons enfin que l?Angleterre est un de nos principaux marchés touristiques. Le tourisme anglais a augmenté de 12 % sur les trois dernières années. Dans ce cas quelle autre forme de protestation nous reste-t-il ? Le sacrifice de ces insignes d?honneurs britanniques aura peu de conséquences sur notre économie ou notre judiciaire, mais sensibilisera l?opinion publique internationale.
Si c?est un sacrifice personnel que vous demandez, pourquoi alors impliquer le gouvernement ?
Justement, il ne faut pas que ce soit une protestation isolée. Pour que cette protestation soit efficace et émeuve l?opinion publique britannique, il faut qu?elle soit concertée. Il faut que ce soit fait dans un élan de solidarité nationale envers nos frères et s?urs chagossiens. Si sous l?impulsion du gouvernement, les décorés de la reine lui rendent leur insigne, à commencer par le président de la République, cela choquerait la reine et l?opinion publique anglaise.
La reine n?est-elle pas au-dessus de la politique ?
Elle a signé les deux Orders in Council qui nous a affectés. L?idée n?est pas de l?insulter, mais de sensibiliser l?opinion publique britannique à la souffrance des Chagossiens. Imagine-t-on l?effet sur l?opinion si Sir Anerood Jugnauth rendait son titre à la reine ?
Pensez-vous que les décorés mauriciens de sa majesté vont vous suivre ?
Si le gouvernement y mettait tout son poids pour faire bouger l?opinion publique britannique, cette idée ne serait plus aussi utopique. Pour nous au PMXD, l?affaire des Chagos n?est pas qu?une affaire de revendication territoriale, mais un drame humain. Si depuis novembre 2000 quand Olivier Bancoult a obtenu le droit de retour devant la justice britannique, le gouvernement mauricien avait concrétisé sa promesse d?affréter un navire pour qu?ils regagnent leurs îles natales, la bataille des Chagos aurait été presque gagnée.
NON Sir Bhinod Bacha ancien chef de la fonction publique
Pourquoi êtes-vous contre cette proposition ?
Comprenons le contexte. Du temps où nous n?étions pas encore une République, le gouvernement, à travers le Premier ministre, recommandait certaines personnalités à la reine, qui était alors notre chef d?État, pour une distinction. Cette recommandation n?est pas automatiquement approuvée. Une enquête discrète est menée pour juger des mérites de l?éventuel récipiendaire. C?est seulement quand cet éventuel récipiendaire signifie son acceptation, que l?insigne lui est octroyé par la reine d?Angleterre en personne, en ce qu?il s?agit du titre de « Sir ». Ce serait donc un impair de retourner la distinction à la reine. Ce serait presque un crime de lèse-majesté.
Comment cela ?
Que je sache, la reine est apolitique. Elle n?a rien à voir avec la politique. Elle représente l?État britannique et est chef du Commonwealth.
Justement. Cette proposition de Xavier-Luc Duval vise à choquer l?opinion publique britannique et par conséquent la sensibiliser à la cause des Chagossiens?
Est-ce que l?opinion publique britannique est vraiment concernée par cette affaire qui nous touche principalement ? Nous sommes et resterons qu?un petit pays sur l?échiquier international. Si choc il y a, ce sera bien parce que nous aurions commis un impair envers la reine par notre manque de respect envers elle? Il faudra étudier d?autres moyens, beaucoup plus efficaces, pour alerter l?opinion internationale.
Lesquels ?
Le gouvernement se fait guider, dans cette affaire par de grands légistes. À en juger par la réaction des autorités britanniques, notre menace de nous retirer du Commonwealth pour pouvoir rechercher l?avis de la Cour internationale de justice a fait mouche. Reste que tous les Mauriciens, indépendamment de leur opinion politique, ont été choqués par la façon dont le Premier ministre britannique, Tony Blair, a traité notre Premier ministre?
Être « Sir » dans un contexte républicain, n?est-ce pas un anachronisme ?
C?est certes une situation cocasse. On est « Sir » dans une république dont le chef d?État n?est plus la reine d?Angleterre, mais un fils du sol, en la personne de Sir Anerood Jugnauth. Mais je ne me sens ni anachronique, ni embarrassé, étant donné que je ne conçois pas de distinction donnée sur une base temporaire. On reçoit une décoration pour la vie, même si dans entre-temps le statut du pays a changé. Le titre de « Sir » est octroyé honorifiquement à diverses personnalités du monde entier pour des mérites définies et reconnues. Cette distinction rejaillit sur le pays du récipiendaire. En tant qu?ancien président du Comité îlois, je connais et comprends la souffrance des Chagossiens. Mais retourner les décorations serait un coup dans l?eau !
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