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« Dans les familles mauriciennes, la drogue et le sida sont toujours tabous »
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« Dans les familles mauriciennes, la drogue et le sida sont toujours tabous »
Vous avez participé à une campagne de sensibilisation sur la drogue et le sida à Camp-Levieux avec une centaine de jeunes. Qu?est-ce qui vous a motivé pour y participer et comment cela s?est-elle déroulée ?
Le Youth Leader de SOS Village, qui nous prend en charge, nous a expliqués qu?il y aurait une campagne de sensibilisation contre la drogue et le sida pour les jeunes. Cela m?a intéressé, car nous pouvions avoir plus d?informations. La journée a débuté avec la projection d?un film illustrant ces fléaux. Le lendemain, nous avons été répartis en petits groupes, avec d?autres participants de SOS Village, du diocèse anglican, des groupes de jeunes de La Caverne, de Camp-Levieux, Cassis et d?autres qui suivent une cure de désintoxication au Centre de solidarité, pour débattre sur la question de la transmission du VIH. Le troisième jour de la campagne, treize enfants de SOS Village ont présenté un sketch sur la violence domestique et l?alcool.
Quelles en sont les retombées ?
Cette campagne a été enrichissante. Les échanges entre jeunes nous ont permis de témoigner de notre vécu. Le film était également instructif, grâce aux séquences mais aussi aux dialogues. Cela nous montre la réalité du sida. Par exemple, dans une scène illustrant une fille atteinte du sida, on pouvait voir que les gens ne s?approchaient pas d?elle, croyant qu?elle pouvait les contaminer. Alors qu?elle avait soif, quelqu?un lui a donné un verre d?eau en le poussant avec les pieds. Il a fallu qu?un vieillard vienne boire dans ce verre pour que les autres comprennent que cela n?allait pas les contaminer. Nous avons aussi beaucoup appris sur les modes de transmission. Par exemple, on sait que l?on ne peut pas contracter le sida par une morsure.
Et nous avons compris que l?usage du préservatif pendant les relations sexuelles n?offre pas une protection à 100 %.
Aujourd?hui, de plus en plus de jeunes tombent dans l?alcool, la drogue et s?exposent davantage au risque de contracter le VIH. Qu?est-ce qui les pousse dans ce gouffre ?
Je connais plusieurs jeunes qui ont été influencés par des amis et qui sont prisonniers de l?alcool, de la drogue et du tabac. Je pense qu?il est difficile de ne pas se laisser tenter quand il y a la pression des pairs. Parfois, certains se sentent inférieurs à des groupes de jeunes et, par souci d?intégration dans une bande, il faut les imiter, quitte à se droguer ou à boire de l?alcool. En fumant, d?autres cherchent à se sentir plus mûrs. Au niveau de la contamination du sida, nous sommes plus exposés. Une de mes amies qui l?a contracté ne sait plus vers qui se tourner. Elle doit le cacher à ses parents qui réagiraient trop violemment en découvrant sa séropositivité. Nous essayons de la soutenir du mieux possible.
Le thème de la 18e Journée internationale contre la drogue, célébrée le 26 juin dernier, et repris lors de la campagne de prévention est « To valer pli gran ki sa swazir to lasante ». Pensez-vous que les jeunes sont conscients des répercussions sur leur santé ?
Je pense que certains jeunes sont au courant des risques qu?ils encourent, mais peut-être qu?ils n?en réalisent pas la portée. Ce qu?ils cherchent avant tout, c?est d?échapper aux problèmes personnels ou familiaux ? par exemple, lorsqu?ils se sentent abandonnés par leurs proches. Dans d?autres cas, ils sont aveuglés par le plaisir procuré par ces drogues et ne se soucient guère des risques ; ce qui fait que beaucoup sont ancrés dans la toxicomanie.
Pourquoi ces sujets sont-ils tabous ?
À SOS Village, nous disposons de l?encadrement des Youth Leaders qui nous guident et nous informent. Cela nous aide aussi à comprendre les fléaux qui existent actuellement, et nous permet d?éviter de nous faire piéger lorsque nous quittons le centre après la majorité. Nous avons aussi la possibilité de participer à des ateliers de travail pour nous sensibiliser. Mais dans les familles mauriciennes, la drogue et le sida sont toujours tabous. Ce sont des thèmes dont les parents ont peur de parler. Parfois, ils esquivent les questions de leurs enfants car ils ne sont pas informés. Je crois que ce serait une bonne chose que les parents puissent assister à ces campagnes de sensibilisation avec leurs enfants. Cela pourrait aussi favoriser le dialogue entre eux.
En tant que jeune de SOS Village, comment pouvez-vous contribuer à la lutte contre la drogue et le sida ? Peut-on sensibiliser les jeunes à s?engager davantage dans ce combat ?
Je pense qu?il faut favoriser ce genre de programme, mais on ne pas se limiter à ces fléaux. On peut aussi parler plus de sexualité, d?obésité chez les enfants, avoir plus d?interaction entre jeunes. Le principal, c?est que nous fassions des activités ensemble, par exemple en aidant les personnes en difficulté. Du moment que les jeunes adhèrent à des activités qui prennent de leur temps, ils ne diront pas que l?oisiveté les a conduits à la drogue. Grâce aux échanges, ils sentiront qu?ils ne sont pas seuls et ils peuvent se soutenir mutuellement pour ne pas être happés par la toxicomanie. Il faut que les jeunes agissent et se serrent les coudes. Ainsi, on pourra mieux être informés et dire non à ces fléaux.
■ Propos recueillis par Melhia BISSIÈRE
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