Publicité
« Dans le textile, on ne va pas vers une catastrophe »
Par
Partager cet article
« Dans le textile, on ne va pas vers une catastrophe »
> Quels sont les signes qui permettent de croire à une reprise économique en 2004 ?
De nombreux éléments nous permettent d?être optimistes. La reprise économique aux USA et en Europe dopera nos recettes textiles et touristiques. La maîtrise de l?inflation à Maurice et la baisse des taux d?intérêt devraient aussi aider la profitabilité des entreprises et les encourager à investir davantage. La hausse de l?indice boursier reflète un regain d?optimisme et la confiance des investisseurs dans l?avenir économique du pays. Les Integrated Resort Schemes (IRS), les filatures, le boom dans la construction, l?entrée en opération de la cybercité et le démarrage de notre Seafood hub aideront également l?économie. Le travail conjoint secteur privé et gouvernement sur la réforme de la douane, l?octroi des permis d?opération et des permis de travail aux étrangers porteront aussi leurs fruits.
> Quels sont les secteurs qui bénéficieront le plus de cette reprise ?
Le textile et l?hôtellerie seront les premiers bénéficiaires grâce à la situation internationale qui s?améliore. Les projets IRS ainsi que les autres développements fonciers vont également permettre à l?industrie sucrière de réduire son endettement. Quand on a deux ou trois secteurs qui repartent de manière significative, cela rejaillit sur l?économie en entier.
> Quels sont les efforts que le gouvernement et le secteur privé doivent consentir pour capitaliser sur cette conjoncture favorable ?
Cela fait presque deux ans que nous attendons les changements dans les procédures administratives pour l?octroi des permis. Des changements très importants doivent aussi être apportés au Morcellement Act, dans l?octroi des permis de travail pour les étrangers. Il ne faut pas adopter un réflexe de repli sur nous-mêmes pour protéger l?emploi. L?ouverture aux techniciens, formateurs et investisseurs étrangers nous aidera à intégrer davantage notre économie au reste du monde. L?île doit aussi être compétitive. Cela concerne les hôpitaux, les routes, le port et l?aéroport, les banques ou les usines. Il faudra mener à bien les projets de transformer Maurice en un world class seafood hub, un knowledge hub et favoriser l?émergence d?une véritable industrie de l?environnement. Nous souhaitons un vrai débat autour de l?assouplissement des lois du travail afin de mieux les adapter aux réalités économiques actuelles.
> Mais les licenciements ont des répercussions politiques importantes. On n?imagine pas le gouvernement assouplir les règles?
Nous ne demandons pas non plus d?avoir le droit de licencier quelqu?un dans un délai très court et sans compensation. La zone franche a une loi du travail relativement souple. Alors qu?elle est très rigide dans le secteur manufacturier non zone franche ou dans le tourisme. Il faudrait que les lois du travail soient assouplies dans les autres secteurs.
> Êtes-vous satisfait de la restructuration du secteur textile ?
Les efforts gouvernement, JEC et Mauritius Export Processing Zone Association grâce à la Textile Emergency Support Team (TEST) et la Policy Unit vont aider le secteur textile. Mais la TEST ne va pas tout résoudre. Les entreprises elles-mêmes doivent faire leur part. Ce n?est ni au gouvernement ni au JEC de leur dire quoi faire. On aura encore des fermetures, on n?a pas passé le cap des problèmes de la zone franche. Mais 2004 sera l?année du revirement. Les entreprises les moins performantes et structurées seront éliminées. Celles qui survivront seront plus solides que jamais et seront là pour durer. On est dans une phase de consolidation et de transition. Mais dans le textile, on ne va pas vers une catastrophe.
> Quelle approche préconisez-vous pour la création d?emplois ?
Nous ne devons pas nous satisfaire de la création d?un grand nombre d?emplois informels. Il faut plutôt encourager la création des petites et moyennes entreprises et non d?un secteur informel qui ne rapporte rien en termes de fiscalité et qui n?assure pas la sécurité de ses employés. Les nouvelles technologies, plus particulièrement le Business Process Outsourcing (BPO) sera un grand créateur d?emplois, tout comme le tourisme. Mais il faut laisser le temps au BPO de se mettre en place et de décoller.
> Dans quels secteurs les licenciés du textile peuvent espérer se recycler ?
Dans le BPO, il y a des tâches faciles comme la saisie de données sur ordinateur. Avec un minimum d?enseignement secondaire on peut le faire. Mais pour l?ouvrière de 50 ans qui n?a travaillé que sur un métier à tisser, je ne vois pas d?issue. Les jeunes, eux, sont flexibles, avec une formation rapide ils se débrouilleront.
> Les entreprises à Maurice sont-elles condamnées à se tourner vers les sources traditionnelles de financement, les banques ?
Se tourner systématiquement vers les prêts bancaires n?est pas une bonne chose. Cela crée un surendettement qui empêche les entreprises d?investir. Il faut moderniser notre infrastructure financière afin d?avoir un accès plus facile dans l?Equity. Les Equity Funds sont une solution, mais il faut aussi être novateur en allant démarcher des institutions internationales de financement. On est passé par une période où il y a eu une sous-évaluation des actions en Bourse. Depuis quelque temps on voit des valeurs plus raisonnables. On peut espérer que certaines entreprises lèveront des capitaux sur la Bourse.
> Mais n?est-ce pas la culture d?entreprise qui consiste à retenir le capital en famille qui devrait être remise en cause ?
Indéniablement. La structure du capital ne favorise pas forcément la récolte de fonds. Les entreprises devront se tourner plus vers la Bourse pour la levée des capitaux
> L?investissement privé à Maurice va-t-il enfin repartir ?
De nombreux facteurs expliquent la baisse relative de l?investissement : la conjoncture internationale défavorable, une transition économique pénible qui a créé des incertitudes ou un système administratif encore trop lourd par exemple. Avec les nouvelles donnes nationales et internationales, je suis convaincu que l?investissement va s?accélérer en 2004 et 2005.
> Le Premier ministre pense que l?Icac a fait beaucoup de tort au pays. A-t-elle aussi affecté les décisions d?investissements à Maurice ?
Cela n?a pas nécéssairement influencé l?investissement même s?il est vrai que cela a affecté l?une des banques qui influence le climat général des affaires dans le pays. L?Icac doit avoir un cadre légal plus précis que celui en vigueur actuellement.
> Les Technologies de l?information et de la communication (Tic) ont été présentées comme le nouveau créneau porteur. Partagez-vous cet optimisme ?
C?est plus dans la seconde partie de 2004 ou de 2005 que l?on aura les premières retombées. Nous avons une cybertour, mais ce n?est pas autant qu?on deviendra un monstre dans le BPO du jour au lendemain. Mais on n'a pas le choix. Il n?y a pas d?autres secteurs qui pourraient créer autant d?emplois et de richesses.
> Le seafood hub est un projet auquel le secteur privé tient?
Le gouvernement et le JEC travaillent sur la mise en place d?un cadre favorable pour son développement. Cela concernera des exonérations fiscales ou la mise à disposition de certains terrains si nécessaires. Et même l?élaboration de certains partenariats avec l?Union européenne ou l?Inde pour la surveillance de nos eaux. Le seafood hub est important pour le tourisme, le port, les activités de stockage, de transport, le fret aérien, la construction de bateaux, la conserverie et les services maritimes.
> Assistera-t-on à une nouvelle orientation de notre tourisme en 2004 ?
Il faut le diversifier. Avec le manque de sites aussi beaux que Trou-aux-Biches, par exemple, il faut bien qu?on offre autre chose : des produits différents comme l?écotourisme, le golf ou les Spa. Les nouveaux hôtels doivent apporter des unique selling propositions qui comprennent ces différents éléments. L?aspect culturel ne doit pas non plus être négligé. On pourrait repenser l?architecture des villages pour leur donner un cachet touristique. Il faut aussi ne pas voir dans le secteur touristique une vache à lait en augmentant les charges par de nouvelles taxes.
Propos recueillis par Rabin BHUJUN
« Nous ne devons pas nous satisfaire de la création d?un grand nombre d?emplois informels. Il faut plutôt encourager la création des petites et moyennes entreprises. »
Publicité
Publicité
Les plus récents