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« Désormais les pays riches sont contraints de nous écouter »
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« Désormais les pays riches sont contraints de nous écouter »
<B>La conférence ministérielle du G 90, qui a pris fin mardi, semble avoir rétabli le dialogue Nord-Sud?</B>
Effectivement, depuis le sommet de Cancun, les négociations étaient bloquées et la conférence de Maurice avait justement pour objectif principal de relancer le dialogue entre les pays riches et notre groupe. Les trois blocs du G 90 ? les Pays les moins avancés, l?Union africaine, le groupe ACP ? avaient eu des rencontres séparées d?abord et nous avons accordé nos violons à la conférence ministérielle du G 90.
<B>Donc il n?y a plus de notes discordantes intra G 90 ? </B>
Certes il existe une grande diversité dans les pays en développement car, en raison de nos productions différentes, nous n?avons pas toujours les mêmes préoccupations. Cependant, nous avons tous choisi d?oublier nos différends et de nous unir plutôt car le cycle de Doha nous concerne tous. À la fin de ce mois, à Genève, nous allons parler d?une seule voix à la tribune de l?OMC. L?objectif est de défendre l?importance des préférences commerciales pour des économies vulnérables comme les nôtres. Et je pense que désormais notre voix est plus forte que jamais.
<B>C?est un peu normal, vu que le G 90, en nombre, est désormais le plus important bloc de l?OMC?</B>
Réunir 90 pays en développement, venant d?horizons différents a été une excellente initiative. L?échec de Cancun aura au moins servi à cela. Désormais les pays riches ne peuvent plus dicter leurs lois comme auparavant. Le fait que des personnalités de grandes puissances, telles Robert Zoellick et Pascal Lamy, se soient déplacées pour nous écouter en est une preuve. À Cancun les pays riches étaient sourds ! Aujourd?hui les bonnes intentions affichées par eux, afin de considérer nos préoccupations quant au maintien des préférences, augure de bonnes perspectives. Après toutes ces concessions de part et d?autre, dans un esprit de respect et de solidarité, je pense que le cycle de Doha est appelé à repartir sur de nouvelles bases pour que le commerce mondial soit plus juste et équilibré.
<B>La baisse programmée du prix du sucre augure des jours sombres. L?ACP, qui ne compte que 19 pays producteurs en son sein, peut-il nous défendre comme il se doit ? </B>
Parmi les ACP, certains produisent du sucre, d?autres de la banane, du café, etc. Mais cela ne veut nullement dire que nous ne sommes pas solidaires lorsqu?un danger nous guette. Sur la question du sucre et d?autres sujets du volumineux dossier agricole, nous avons adopté une position commune : pour maintenir des industries viables, il faut que les accords existants soient maintenus.
Le gouvernement mauricien sait que nous sommes derrière lui.
<B>Si tel n?est pas le cas, le groupe ACP envisage même une contestation légale?</B>
Cette possibilité de recours juridique, qui n?est pas aussi simple que cela, doit être l?ultime démarche.
Il nous faut d?abord épuiser toutes les cartouches diplomatiques, et à ce stade, il n?est pas question de froisser les relations avec l?Union européenne. Nous avons besoin d?eux et il ne faut pas l?oublier?
<B>Parlons justement de l?Union européenne. Son agrandissement ne risque-t-il pas de changer les relations historiques qui la lient avec les pays en développement ? </B>
Ce risque est bel et bien réel, il ne faut pas se voiler la face. C?est vrai que parmi les nouveaux membres européens, plusieurs sont eux-mêmes dans le besoin. Et il n?est pas à écarter que les programmes d?aide envers nous soient altérés. De même, certains produits que nous exportons risquent d?entrer en compétition avec ceux que fabriquent déjà ces nouveaux membres. Froisser les relations avec l?Union européenne, qui demeure notre principal partenaire économique, équivaudrait à perdre d?un côté ce que nous pouvons toujours gagner de l?autre?
<B>Mais doit-on pour autant tout accepter pour survivre économiquement ? </B>
L?ACP a toujours entretenu des relations historiques avec la Communauté européenne, avec laquelle nous partageons les mêmes valeurs. Mais il est aussi vrai que certaines formes d?aide sont liées à des conditions qui ne sont pas acceptables. Par exemple, les États-Unis réclament, dans l?un de leurs accords, ni plus ni moins une immunité juridique. Ce qui est inadmissible.
Ce n?est pas parce que nous sommes pauvres que nous n?avons pas de valeurs et que nous devons tout accepter. D?où encore l?importance que les pays faibles se regroupent. Ensemble nous sommes plus forts.
<B>Il y a de plus en plus de regroupements entre pays et d?accords multilatéraux qui se font. Est-ce que le groupe ACP a toujours sa raison d?être aujourd?hui?</B>
Plus que jamais. Les regroupements régionaux, tels le Comesa et la SADC, peuvent revendiquer leurs privilèges séparément, et si leur voix ne se fait pas entendre, ils peuvent compter sur l?ACP qui viendra appuyer leurs demandes. Dans ce monde au commerce de plus en plus mondialisé, le regroupement des semblables est nécessaire pour ne pas être marginalisés.
<B>Votre mandat de secrétaire général expire bientôt. Est-ce bien d?avoir une nouvelle équipe alors même que les négociations avec l?UE sont ardues ? </B>
Cette question fait actuellement débat au sein des ACP. Je m?en remets pour ma part au groupe. Je suis conscient qu?il faut respecter la rotation de cinq ans, mais si on estime qu?en raison des dossiers urgents, je dois rester encore, je suis prêt à relever le défi, du moins jusqu?à ce que les choses se décantent.
<B>Le groupe ACP vient d?honorer feu Raymond Chasle, homme de culture et fin négociateur des conventions de Lomé. Aujourd?hui, le diplomate mauricien serait triste de constater qu?on ne parle pas du tout de culture mais uniquement de commerce?</B>
Vous avez raison. Les accords commerciaux et politiques dominent les échanges culturels. C?est dommage, mais nous voulons changer cela, d?où la reconnaissance de Bruxelles à votre illustre compatriote Raymond Chasle. Le groupe ACP ambitionne de redonner à la culture la place qu?elle mérite. Nous planchons sur l?organisation d?un festival culturel tournant des ACP. Il était prévu à Haïti, mais en raison des conflits, il n?a pas encore pu être tenu. Dans le monde d?aujourd?hui, on réalise de plus en plus que sans la culture, nous ne sommes rien.
<B>« Le fait que Robert Zoellick et Pascal Lamy se soient déplacés jusqu?ici en est une preuve ? »</B>
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