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Trafic de drogue

Affaire du «Dreamer» : l’ADSU et la FCC sollicitent l’entraide judiciaire auprès de la Thaïlande

6 novembre 2026, 16:00

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Affaire du «Dreamer» : l’ADSU et la FCC sollicitent l’entraide judiciaire auprès de la Thaïlande

(Image générée par IA)

L’affaire du yacht Dreamer franchit une nouvelle étape. Après les arrestations effectuées à Maurice et l’exploitation des téléphones portables saisis, l’Anti Drug and Smuggling Unit (ADSU) et la Financial Crimes Commission (FCC) cherchent désormais à obtenir des renseignements auprès de la Thaïlande, pays dont le navire battait pavillon et dont étaient originaires les neuf membres de son équipage. En jeu  : mieux cerner l’organisation du réseau présumé derrière l’importation de cannabis et de haschich à Maurice.

L’objectif est de ne pas limiter les investigations aux seuls protagonistes arrêtés à Maurice, mais de remonter jusqu’aux éventuels organisateurs de l’opération, à leurs intermédiaires et aux personnes ayant facilité la préparation du voyage. Deux institutions sont ainsi mobilisées dans cette démarche internationale. L’ADSU s’intéresse principalement au fonctionnement du réseau présumé de trafic de stupéfiants, tandis que la FCC cherche à éclaircir le volet financier de l’affaire.

⚫ L’ADSU veut identifier les contacts et les éventuels commanditaires

Après avoir identifié N. D. comme un présumé commanditaire qui se trouverait en Thaïlande, les enquêteurs de l’ADSU souhaitent approfondir les investigations grâce à une demande d’entraide judiciaire internationale (Mutual Legal Assistance–MLA) adressée aux autorités thaïlandaises. Cette démarche devrait permettre de recueillir des éléments auxquels les enquêteurs mauriciens n’ont pas directement accès.

Un premier axe consistera à vérifier l’identité et les antécédents des neuf ressortissants thaïlandais liés au yacht. Les enquêteurs chercheront à connaître leurs parcours professionnels, leurs précédentes activités maritimes, leurs éventuels liens avec des sociétés de navigation ainsi que leurs déplacements avant leur arrivée à Maurice.

L’historique du Dreamer sera également examiné. Les autorités mauriciennes souhaitent obtenir les documents relatifs à son immatriculation, à son propriétaire légal, à ses bénéficiaires effectifs et à ses éventuels changements de propriété. Elles chercheront aussi à identifier les personnes ayant organisé ou financé son affrètement.

Les précédentes traversées du navire feront l’objet de vérifications. A-t-il déjà effectué des voyages entre la Thaïlande et Maurice ? A-t-il fréquenté d’autres ports de la région ? Les mêmes membres d’équipage étaient-ils à bord lors de ses précédents déplacements ? Ces renseignements pourraient aider à déterminer si l’expédition vers Maurice était une opération isolée ou si elle s’inscrivait dans un circuit maritime déjà utilisé.

⚫ Les communications et les déplacements passés au crible

L’exploitation des appareils électroniques saisis constitue un autre volet important de l’enquête. L’ADSU entend confronter les échanges téléphoniques et numériques du capitaine et des membres d’équipage aux renseignements obtenus auprès des autorités thaïlandaises.

Les enquêteurs tenteront d’identifier les personnes avec lesquelles les membres d’équipage communiquaient avant le départ, les éventuels intermédiaires chargés de coordonner le voyage et les contacts susceptibles d’avoir organisé la réception de la cargaison en mer. Ils chercheront également à établir si des instructions ont été données depuis l’étranger concernant l’itinéraire du yacht, les points de rendez-vous en mer, les éventuelles opérations de transbordement et les personnes chargées de récupérer les colis.

En parallèle, la chronologie du voyage sera reconstituée à partir des données de navigation, des coordonnées GPS, des journaux de bord et des documents portuaires. Ces éléments seront confrontés aux informations déjà recueillies à Maurice afin de retracer les mouvements du Dreamer, ses escales et ses éventuels changements d’itinéraire.

Les enquêteurs devront aussi déterminer qui a approvisionné le bateau en carburant et participé à la préparation de l’expédition. Une question essentielle demeure : les neuf ressortissants thaïlandais avaient-ils uniquement pour mission d’assurer la navigation du yacht ou certains d’entre eux connaissaient-ils la nature de la cargaison et la destination réelle du voyage ? Les investigations devront permettre d’établir les responsabilités individuelles, sans présumer de la culpabilité de chacun.

⚫ La FCC veut remonter aux véritables propriétaires et aux financiers

Parallèlement, la FCC entend approfondir le volet financier de l’affaire. Sa coopération envisagée avec plusieurs agences anticorruption thaïlandaises devrait lui permettre de solliciter des renseignements sur les intérêts économiques liés au Dreamer et les personnes susceptibles d’avoir financé son utilisation.

L’une des priorités sera d’identifier les véritables propriétaires du yacht. Au-delà du nom figurant sur les documents d’immatriculation, la commission cherchera à connaître les bénéficiaires effectifs, les éventuels intermédiaires et les sociétés ayant participé à son acquisition, à sa gestion ou à son affrètement.

La FCC voudra également établir l’origine des fonds ayant servi à financer le voyage. Qui a payé les frais de navigation, le carburant, l’entretien et les dépenses de l’équipage ? Des sociétés ont-elles servi d’intermédiaires pour effectuer les paiements ? Des transferts bancaires ou des mouvements financiers suspects ont-ils précédé l’expédition ?

Les éventuels liens entre les propriétaires du bateau, les personnes ayant organisé son affrètement et les suspects identifiés à Maurice seront également examinés. L’objectif est de déterminer si le financement de cette opération pourrait être lié à un réseau de trafic organisé et si certains avoirs sont susceptibles de provenir d’activités criminelles.

⚫ Les devises retrouvées à bord au centre des vérifications

Les sommes découvertes à bord du yacht constituent un autre point d’intérêt pour les investigations financières. Lors de la fouille du 21 octobre, les policiers avaient retrouvé 38 000 euros, 900 dollars américains, 28 330 bahts thaïlandais et 1 865 dollars singapouriens.

La FCC cherchera à établir la provenance de ces fonds, leur destination éventuelle et leur lien avec les dépenses ou les activités du navire. Les enquêteurs pourront vérifier si ces montants correspondent à des retraits, à des transferts ou à des paiements effectués avant le départ du yacht.

La présence de plusieurs devises étrangères soulève également des interrogations sur la gestion financière du voyage. Il s’agira de comprendre pourquoi ces différentes monnaies se trouvaient à bord et à qui elles étaient destinées.

⚫ Un recoupement des renseignements entre les deux pays

Les démarches de l’ADSU et de la FCC devraient ainsi se compléter. Les informations recueillies sur les communications, les déplacements et les relations entre les membres du réseau présumé pourront être confrontées aux renseignements financiers obtenus par la commission.

Si un propriétaire, un intermédiaire ou une société apparaît dans les documents thaïlandais, les enquêteurs pourront vérifier si cette personne ou cette entité entretient des liens avec les suspects identifiés à Maurice. De même, les mouvements financiers pourront être rapprochés des dates de navigation, des escales et des communications retrouvées dans les appareils électroniques saisis.

Cette coopération pourrait également permettre de déterminer si le réseau présumé disposait de relais à l’étranger pour organiser le transport maritime, financer l’expédition ou coordonner la réception de la cargaison.

⚫ Remonter au-delà des exécutants

Au-delà des arrestations déjà effectuées, l’enjeu est désormais d’identifier les personnes qui auraient pu agir en amont de cette opération. Qui aurait commandité le transport ? Qui aurait financé le voyage ? Qui aurait coordonné les contacts avec les intervenants mauriciens ? Et qui devait réceptionner et distribuer les produits stupéfiants une fois ceux-ci acheminés dans les eaux mauriciennes ?

La coopération avec la Thaïlande pourrait apporter des réponses à ces interrogations en permettant aux enquêteurs de confronter les éléments recueillis à Maurice aux documents et renseignements détenus à l’étranger.

L’enquête sur le Dreamer entre ainsi dans une nouvelle phase. Au-delà des personnes arrêtées et de la cargaison présumée, les autorités cherchent désormais à identifier les structures, les intermédiaires et les éventuels financiers qui auraient rendu cette opération possible.

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