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Kronik KC Ranzé
À tout seigneur, tout honneur : C’est encore Trump !
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Kronik KC Ranzé
À tout seigneur, tout honneur : C’est encore Trump !
Lui qui disait souvent, à propos de ses propres «réussites», que ces dernières étaient sans commune mesure et sans précédent, voit son narcissisme lui monter à la tête puisqu’il faut maintenant y ajouter des décisions sans retenue aucune pour la loi internationale, les accords internationaux signés, la souveraineté des nations ou la décence pure et simple.
Lui, c’est Donald J Trump, président des États-Unis.
Les États-Unis ont été formés après la guerre d’indépendance américaine (1775- 1783), la Boston Tea Party, etc. La guerre contre les colonisateurs anglais s’organisait alors parce que les Anglais n’offraient ni respect, ni représentation aux colonisés américains. L’Angleterre perdait donc ses 13 colonies américaines sous le règne de George, communément appelé Mad King George. Presque 250 ans après, les États-Unis, devenus la plus grande puissance mondiale d’après-guerre, mais de plus en plus irritée par des questionnements et des déchirements internes, se retrouveraient désormais sous l’emprise de Mad King Donald ! Cette ironie suprême est de plus en plus inquiétante pour le reste du monde ; les mousquets et les tricornes de l’époque ayant été remplacés depuis par des F-35 et des… codes nucléaires!
Donald J Trump, réélu en 2024 pour un deuxième mandat, a beaucoup promis pour se faire élire : la paix instantanée en Ukraine, la paix presque immédiate à Gaza aussi, les prix à la consommation qui baisseraient «from day one», le contrôle des frontières, et de plus en plus d’énergie («Drill, baby, drill !») avec des prix à la baisse… mais au lieu de terminer la guerre en Ukraine et à Gaza (où il espérait probablement faire jouer ses «amitiés» avec Poutine et Netanyahu), il proposait à la place la pause à la guerre de frontières entre le Cambodge et la Thaïlande ; son intervention déterminante pour la paix entre le Pakistan et l’Inde (ce que récusait fortement cette dernière…) et un «cessez-le-feu» à Gaza, qui a produit bien des cendres et des larmes, insufflé un nouveau dynamisme à la colonisation en Cisjordanie et généré un Board of Peace (*) dont il sera le Chairman, avec tous les pouvoirs qui comptent ! Les prix à la consommation n’ont pas baissé, les tarifs n’ayant pas aidé et c’est probablement la plus grande déception de son électorat, qui y a cru. Les frontières sont bloquées, pour sûr, on déporte aussi de nombreux immigrants «illégaux», sans beaucoup de ménagement, ce qui n’est pas sans conséquences. Quant au prix de l’essence, il a baissé de presque 10% en un an, ce qui arrange le consommateur, mais pas ceux sur qui il comptait pour «drill, baby, drill !»…
Donald Trump a longtemps montré son intérêt pour le Groenland, où il avait de toute façon, grâce à un traité signé en 1951, une large facilité d’accès pour de nouvelles bases militaires au sein de l’OTAN, si nécessaires. Ilsuffisait de demander. Gentiment. Au lieu de cela, Trump, en partie emporté par sa fièvre de testostérone du Venezuela , haussait le ton et exigeait de posséder le Groenland, que ce soit par une vente ou par une invasion militaire ! Ses déclarations quasi quotidiennes ne laissaient plus planer aucun doute, d’autant qu’il y rajoutait la menace que la Chine et la Russie «entouraient» le Groenland et pourraient y débarquer n’importe quand et que l’armée danoise n’y pourrait rien avec ses luges tirées par des huskies…
Le PM du Groenland affirmait que son pays n’était pas à vendre, ni maintenant, ni jamais, mais Trump répétant qu’il considérait la manière forte, menait l’Europe entière (et quelques sénateurs républicains notoires) à se rebiffer. Quelques pays européens envoyèrent même quelques troupes symboliques au Groenland, dessinant la possibilité du scénario incroyable que le pilier principal de l’OTAN n’attaque ses partenaires pour la grande île frigide… En attendant cette invasion, Trump menaçait de punir les nations qui s’alignaient pour la souveraineté décisionnelle du Groenland, avec des tarifs additionnels de 10%. La cause paraissait entendue…
Refusant cette fois, cependant, les gestes doux, la patience, les rationalisations dues au «plus fort» ; les pressions, tant à Washington que dans le reste du monde, dénonçant la folie hégémonique de Trump, finiront par le faire reculer. À Davos, l’acronyme TACO (Trump Always Chickens Out), un terme qui avait vu le jour lors de la période chaotique qui suivait le lancement de tarifs délirants partout sur la planète, refaisait surface. À la tribune, dans un discours décousu, truffé de demi-vérités ou pire (**), dont il en fait une spécialité, Trump annonçait qu’il renonçait à utiliser la force et qu’il n’imposerait pas non plus les tarifs de 10 %, puis de 25 % qu’il envisageait jusque-là en punition aux États le contrecarrant. Mais il faisait quand même appel aux dirigeants du monde de le laisser prendre le contrôle du Groenland, des mains du Danemark : «Vous pouvez dire oui et nous vous serons reconnaissant. Vous pouvez dire non et on s’en souviendra !». On ne sait pas si cet appel s’adressait aussi à la Russie ou la Chine…
Qu’avons-nous donc vécu lors de cet épisode? Moi, cela me rappelle deux choses . D’abord, The Art of the Deal, son livre de 1987 qui explique très ouvertement que des négociations réussies présupposent de viser anormalement haut et de ne rien lâcher jusqu’à ce que le but véritable (qui se trouvait, dès le départ, bien en-deçà) ne soit atteint. Il faut évidemment pouvoir commencer d’une position de force quelconque. Comme développeur immobilier, il s’appuyait sur des perspectives de contrats et la surface déjà développée par son père. Pour les tarifs, la folie du départ, en avril 2024 (Jour de la libération !), menait à la reddition et au soupir de soulagement quand le tarif finalisé se tassait à bien plus bas. Vivons-nous la même tactique avec l’Ukraine et maintenant avec le Groenland ? L’avenir nous le dira, mais la désescalade de Davos semble être causée par des discussions préliminaires avec l’OTAN de Mark Rutte, qui a possiblement évoqué la cession totale et irréversible de portions de terrain, à l’image de Guantanamo ou Gibraltar, assorti de droits privilégiés sur les ressources minérales du Groenland… Ce serait le soulagement après les menaces de guerre !
Les 57 000 habitants du Groenland sentent passer le vent. Au-dessus de leurs têtes…
Ensuite, il ne faut pas oublier le grand art de Trump et de ses troupes qui ont, selon le précepte popularisé par Steve Bannon, manipulé les médias et l’opinion publique et même le congrès et le judiciaire, avec la tactique cynique du flooding of the zone! (***)
La réflexion est simple. Vous gardez vos adversaires et les forces qui pourraient vous gêner en déséquilibre constant en leur servant initiative après initiative, préférablement les unes plus outrecuidantes que les autres. Les adversaires et emmerdeurs divers qui voudraient vous empêcher de faire ce que vous voulez sont alors désarçonnés, constamment chahutés d’une initiative à une autre, d’un scandale au prochain ; ce qui a souvent le don de réécrire l’actualité et, en passant, de faire oublier certains dossiers, certaines frasques, et même des dérapages «inadmissibles»…
Quand on parle du kidnapping de Maduro, de changement de régime à Téhéran (où l’on a tué entre 3 117 et 12 000 citoyens selon les différentes sources), que Trump prétend que son pays n’a jamais rien reçu de l’OTAN (alors que les États-Unis sont LE SEUL membre de l’OTAN à avoir invoqué la clause 5 d’assistance mutuelle en allant en Afghanistan, puis en Iraq) ; et qu’il met l’énergie éolienne au rang de conspiration chinoise en assurant qu’il n’a jamais vu une seule ferme éolienne en Chine (alors que c’est le plus gros producteur mondial avec 520 GW de capacités installées et qu’il continue d’installer) ; on brouille l’actualité et on masque les problèmes encombrants qui ont surgi hier… ou avant-hier!
Dans cet environnement hautement infecté, qui est désormais encore suffisamment conscient de la corruption généralisée qui enrichit ce président et sa famille par $ 1,408 milliards en un an (****), sinon les corrupteurs ? Qui a encore conscience que les dossiers Epstein pour lesquels Trump luimême, sous pression de l’opinion publique, a dû signer un ordre exécutif à échéance du 19 décembre 2025, demeurent, pour le moment, à 99 %… fantomatiques ?
Face à Mad King Donald, celui qui dominait la scène rationnelle et éthique s’appelait Mark Carney (*****). Il était plutôt bien entouré. Ce sera jusqu’au prochain retour des autruches du compromis et du confortable, comme à l’essai de Vaclav Havel, cité par Carney…
(*) https://www.aljazeera.com/news/2026/1/21/trumpsboard-of-peace-who-has-joined-who-hasnt-and-why
(**) https://www.bbc.com/news/articles/c301jgd1qj6o
(***) https://www.facebook.com/ watch/?v=484289504736340
(****) https://www.nytimes.com/interactive/2026/01/20/opinion/editorials/trump-wealth-crypto-graft.html
(*****) https://www.youtube.com/watch?v=btqHDhO4h10
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