Publicité
Reportage
Télémaque : Un quartier absent de la carte
Par
Partager cet article
Reportage
Télémaque : Un quartier absent de la carte
En quittant le centre de Mahébourg en direction de Pointe-d’Esny, un patelin retiré, nommé Télémaque, abrite une petite communauté. Des cases en tôle face à la mer, nichées sur un terrain boisé, loin des regards. La famille Potage se démène depuis des années pour être régularisée. De l’ombre à la lumière, le parcours est encore long pour cette dernière.
Il faut bien connaître Mahébourg pour trouver le chemin de traverse qui mène au quartier dit Télémaque. Un long chemin de terre débouche sur quelques maisons de fortune. On compte moins d’une dizaine de maisons occupées ; il y en avait plus d’une vingtaine avant, mais les conditions extrêmes du lieu ont eu raison de leur courage. «Ma famille habite ici depuis les années 1975 environ», se remémore Kinsley Potage, le plus ancien habitant de Télémaque.

«Dan nwar»
Depuis des décennies, tous ceux qui sont venus ici pour trouver un lopin de terre où poser des poutres et feuilles de tôle se sont adaptés aux conditions rudimentaires des lieux. Pas de connexion électrique, ni d’eau courante. C’est à la lumière de bougies que cette petite communauté éclaire ses nuits. Dans ces conditions d’extrême pauvreté, certains sont partis trouver refuge ailleurs, chez des proches pour ne plus vivre dans le noir, coupés de tout. «Ou kone komie banane mo res dan nwar. Al rod dilo larivier pou bwar. Monn bizin fer enn ta demars pou resi gagn kouran. Zordi mo ena kouran kot mwa e mo ed enn bann vwazin pou ki zot pa dormi dan nwar», raconte Kinsley Potage. Même s’il sait que cela n’est pas permis, il le fait pour aider ceux dans le besoin et qui n’ont pas sa chance. «Ena fami fek gagn zanfan, kouma zot pou fer dan nwar. Li pa fasil res isi. Boukou inn vini, apre inn bizin ale parski lavi tro dir isi», poursuit l’habitant de Télémaque.
Squatteurs ?
Aux yeux de l’État, ce terrain est occupé illégalement (voir plus loin), et les occupants sont ainsi en condition de squatteurs. Kinsley Potage rejette fermement ce point : «Monn ne ek grandi isi. Zordi zot dir mwa skwater. Be kouma mo kapav skwate lor enn terin ki mo bann paran inn viv depi touzour. Mo anvi zot vinn explik mwa sa». Au fil du temps, il a pu construire une maison solide et a commencé les démarches pour être régularisé, mais rien n’avance. Pourtant, il s’estime éligible. «Mo fami okip sa terin la depi plis ki 50 an. Monn grandi isi, mo bann zanfan osi. An 2021, mo ti al fer bann demars, mo ankor pe atann enn reponns. Mon resi gagn papie CEB ek CWA lor mo non. Mo anvi gagn sa bout terin osi lor mo non», poursuit Kinsley Potage.

Dans sa cour, il continue d’aménager le terrain et commence à construire les bases d’une maison en béton. «Mo fer kouma mo kapav, fer plizier lane mo pe fer sa lakaz la… tigit tigit mo fer seki mo kapav. Mo pou manz ar li. Mo lonbri fini anter isi. Mo pou mor isi», soupire Kinsley.
Repaire de drogue
Dans ce coin retiré et ses terrains en friche, sont réunis tous les ingrédients pour permettre aux consommateurs de drogues de s’installer pour consommer leur produit loin des regards et de la police. Pourtant, ces derniers sont au fait de ce trafic au grand jour. Ici, on trouve de tout. Même si la plupart de ces gens ne sont pas issus du quartier, l’isolement est un facteur qui les encourage à faire de ce coin leur repaire. «Ena bwa partou isi. Enn ta dimounn vinn dan sa sekter la pou vann ladrog ou konsome», observe l’habitant de Télémaque.
Le vent du Sud souffle sur Télémaque. Kinsley retourne à ses occupations avec une pioche de fortune pour tracer les tranchées de sa maison avant la tombée de la nuit. Télémaque replonge dans le noir.
*****
Christian Aristide, conseiller du village de Beau-Vallon : «Ces habitants sont en situation illégale»

«Le quartier de Télémaque comprend huit maisons, qui abritent une trentaine de personnes au plus, sur un terrain occupé illégale- ment, ce qui rend la situation de régularisation compliquée», explique d’emblée Christian Aristide, conseiller du village de BeauVallon. Malgré cette situation, il assure que les habitants ne sont pas laissés à l’abandon total. «Le service de voirie chaque samedi et les déblayages de bulk waste (déchets encombrants) sont pourvus aux habitants de Télémaque. Ils ont aussi droit aux poubelles offertes aux habitants des villages de Grand-Port. Il y a un gros travail à faire à Télémaque, mais on ne les abandonne pas», conclut Christian Aristide.
Publicité
Publicité
Les plus récents