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Projet de régénération de l’île-aux-Cerfs
Rs 60 millions pour redonner vie à un joyau touristique sous pression
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Projet de régénération de l’île-aux-Cerfs
Rs 60 millions pour redonner vie à un joyau touristique sous pression
Riveo, filiale du groupe CIEL, prévoit d’investir Rs 60 millions dans la régénération de l’île-aux-Cerfs et de l’îlot Mangénie. Présenté le jeudi 5 novembre, le projet comprend la création d’un éco-parc, la relocalisation de dix opérateurs de barbecue et l’aménagement d’un village artisanal. Objectif : préserver la biodiversité, mieux encadrer les activités commerciales et améliorer l’accueil des visiteurs. L’accès à l’île restera gratuit pour tous, tandis que l’écoparc sera gratuit pour les Mauriciens.
L’image de carte postale est bien connue. Des plages de sable blanc, une eau turquoise, des bateaux qui sillonnent le lagon et des visiteurs venus profiter de l’un des sites les plus emblématiques de Maurice. Mais derrière ce décor paradisiaque, l’île-aux-Cerfs fait face à une réalité moins reluisante. Déchets abandonnés, érosion, espèces envahissantes, installations commerciales non réglementées et problèmes de sécurité figurent parmi les difficultés qui menacent progressivement cet environnement fragile.
C’est ce contraste entre la beauté du site et les pressions qu’il subit que les responsables de Riveo ont voulu mettre en évidence, jeudi dernier, lors d’une conférence de presse organisée au Shangri-La Le Touessrok, à Trou-d’Eau-Douce. Devant les journalistes, photographies, cartes et présentations se sont succédé pour expliquer les grandes lignes d’un projet de régénération durable de l’île aux Cerfs et de l’îlot Mangénie.
La rencontre, suivie d’une visite guidée de l’île, a réuni plusieurs acteurs engagés dans cette transformation, notamment Gregory Coquet, Chief Executive Officer (CEO) de Riveo, et Thierry Le Breton, directeur de Dynamia, cabinet chargé du plan de gestion environnementale.
Gregory Coquet souhaite faire de l’île-aux-Cerfs un modèle de tourisme durable.
L’ambition affichée est de transformer progressivement le fonctionnement de cette destination touristique tout en restaurant ses écosystèmes. Environ 120 arpents sont concernés par la régénération annoncée, dans un ensemble insulaire qui comprend l’île-aux-Cerfs et l’îlot Mangénie.
⚫ Un patrimoine touristique arrivé à un tournant
Pour Gregory Coquet, l’île-aux-Cerfs occupe une place particulière dans l’histoire du tourisme mauricien. Il la compare à la tour Eiffel pour Paris, tant elle représente une destination incontournable pour les visiteurs étrangers et les Mauriciens.
La société Loisirs des Îles Ltd, qui exploite le site depuis plus de 40 ans, emploie aujourd’hui plus de 200 collaborateurs. Au fil des décennies, l’île s’est développée avec l’essor du tourisme. Restaurants, activités nautiques, golf, excursions, artisanat et opérations de transport maritime ont progressivement constitué un véritable écosystème économique.
Mais cette croissance a également entraîné une multiplication des activités et des intervenants, sans toujours s’accompagner d’un encadrement suffisant. «Détenir le bail implique de très grandes responsabilités», souligne Gregory Coquet, rappelant que l’exploitation touristique doit aller de pair avec la protection du patrimoine naturel.
Selon les chiffres présentés, entre 250 000 et 300 000 touristes visitent l’île-aux-Cerfs chaque année. Une fréquentation qui exerce une pression importante sur les infrastructures, les plages et les écosystèmes. Le CEO de Riveo reconnaît que la gestion de cette croissance n’a pas toujours été optimale. Pour lui, le moment est venu de changer de trajectoire. L’enjeu dépasse la simple amélioration des infrastructures touristiques. Il s’agit aussi de protéger la réputation de l’île-aux-Cerfs, d’assurer la sécurité des visiteurs et de garantir la pérennité des activités économiques qui en dépendent directement.
⚫ Pollution et érosion, l’envers du décor
Au cours de la présentation, plusieurs photographies ont illustré les problèmes environnementaux rencontrés sur l’île-aux-Cerfs et l’îlot Mangénie. Déchets plastiques, dépôts sauvages et espaces dégradés témoignent, selon les responsables, des conséquences d’activités insuffisamment maîtrisées. Les mangroves, les zones humides et la végétation littorale subissent des pressions croissantes. Les mouvements du sable, les cyclones et les effets du réchauffement climatique accentuent également la vulnérabilité du site.
L’érosion côtière fragilise progressivement les plages de l’île-aux-Cerfs, menaçant son équilibre naturel.
Une étude réalisée en 2016 par la Mauritian Wildlife Foundation (MWF) sur l’îlot Mangénie avait déjà révélé une végétation largement dégradée, dominée par des espèces exotiques. Près de 80 % des espèces végétales exotiques recensées étaient classées envahissantes ou très envahissantes. La présence de rats, de chiens et de mangoustes avait également été signalée. À ces problèmes écologiques s’ajoutent les difficultés liées à certaines activités commerciales. Une enquête de Business Mauritius attribue notamment une note de 2 sur 5 aux sanitaires et à la restauration autour des opérations de barbecue ; et de 2,7 sur 5 à la propreté. Pour Riveo, le maintien du fonctionnement actuel risquerait d’accélérer la dégradation des habitats et de compromettre, à terme, l’attractivité touristique de l’île.
⚫ Restaurer la biodiversité
La création d’un écoparc constitue la pièce maîtresse du programme de régénération. Contrairement à un parc de loisirs traditionnel, il s’agira d’un espace consacré à la conservation, à la restauration écologique et à la sensibilisation environnementale.
Le projet concernera une partie de l’île-aux-Cerfs et de l’îlot Mangénie, avec un zonage progressif. Dans le secteur nord de l’île-aux-Cerfs, l’objectif sera de mieux organiser l’accueil du public tout en protégeant les milieux naturels. Sur l’îlot Mangénie, la priorité sera accordée à la conservation, avec des visites guidées sur des sentiers balisés dans les secteurs concernés.

Thierry Le Breton (photo), directeur de Dynamia, explique que ce projet est le résultat d’environ six années de réflexion et de consultations. Selon lui, il ne suffit pas de planter quelques arbres ou d’enlever des espèces envahissantes pour restaurer un environnement naturel. Il faut comprendre le fonctionnement de chaque écosystème et les interactions qui existent entre les différentes zones.
Le plan de gestion, qui compte quelque 130 pages selon ses explications, établit les grandes orientations de cette transformation. L’objectif est de restaurer progressivement la végétation indigène, protéger les mangroves, réhabiliter certaines zones humides et améliorer la résistance du littoral face à l’érosion.
⚫ Retrait sélectif et progressif de filaos
La question des filaos a également occupé une place importante dans les échanges. Ces arbres, introduits à Maurice et largement présents sur l’îlot Mangénie, peuvent freiner la régénération de certaines espèces indigènes. Leur présence dans des secteurs sensibles du littoral soulève aussi des interrogations concernant la dynamique du sable et la protection des plages.
Thierry Le Breton insiste toutefois sur un point : il ne s’agit pas de procéder à un déboisement généralisé. Le programme prévoit un retrait sélectif et progressif de certains filaos, accompagné d’une restauration de la végétation adaptée aux différents milieux.
Une équipe d’experts de l’université de Maurice travaille sur un plan de conservation destiné à identifier les espèces à retirer, celles à introduire et les secteurs prioritaires. Cette démarche doit s’étendre sur plusieurs années, avec un suivi scientifique et des interventions adaptées aux résultats observés. Certaines zones conserveront leur caractère naturel, sans nouvelles infrastructures. Seuls des dispositifs de nettoyage et de gestion des déchets pourraient y être installés.
À plus long terme, les responsables espèrent créer des conditions favorables au retour de certaines espèces animales, notamment des oiseaux et des reptiles indigènes. La restauration des habitats sableux pourrait également favoriser les tortues marines, sans qu’un retour de celles-ci soit garanti.
⚫ Préserver les mangroves
Pour Thierry Le Breton, l’île-aux-Cerfs ne peut être considérée indépendamment de son environnement. Les mangroves, les zones humides, les herbiers marins et les récifs coralliens forment un ensemble écologique interconnecté. Les mangroves, notamment, jouent un rôle essentiel dans la reproduction et la croissance de nombreuses espèces marines. Elles contribuent également à retenir les sédiments, à améliorer la qualité de l’eau et à protéger les côtes.
Le projet s’inscrit ainsi dans une approche dite Ridge to reef, qui prend en compte les interactions entre les terres, les cours d’eau, le littoral et le récif. Cette dimension est particulièrement importante puisque l’île-aux-Cerfs se situe dans l’environnement du Trou-d’Eau-Douce Fishing Reserve, une aire marine protégée créée en 2000.
⚫ Dix opérateurs BBQ relocalisés à Mangénie
La transformation de l’île-aux-Cerfs ne sera pas uniquement environnementale. Elle concernera directement les activités commerciales, à commencer par les traditionnels barbecues proposés aux touristes. Dix-sept opérateurs BBQ exercent actuellement sur l’île dans un cadre non réglementé. Lors de la conférence, les responsables ont évoqué un nombre pouvant varier selon les opérateurs présents ponctuellement.
Une évaluation réalisée en 2022 par la Tourism Authority avait relevé plusieurs lacunes concernant l’hygiène alimentaire, la gestion des déchets et les conditions de sécurité. L’absence d’installations sanitaires adaptées, de systèmes de traitement des déchets et, dans certains cas, d’une chaîne du froid satisfaisante figure parmi les problèmes identifiés.
Pour y remédier, un nouvel espace BBQ sera aménagé sur l’îlot Mangénie. Dix opérateurs historiques ont été retenus selon les critères de la Tourism Authority. Ils ont signé des protocoles d’accord en avril 2025. Le futur espace comprendra des kiosques, des installations de cuisine, un accès à l’eau potable, des tables pour les visiteurs et un dispositif de gestion des déchets. Un bloc sanitaire est également prévu, avec trois cabines pour femmes et trois pour hommes, ainsi qu’un espace réservé aux déchets.
Toutes les autorisations ministérielles ont été obtenues en janvier 2026. Les travaux, dont le démarrage était annoncé pour novembre, doivent permettre une relocalisation des opérateurs autour de janvier 2027. Gregory Coquet précise que les installations seront démontables, sans fondations en béton, afin de limiter leur impact sur l’environnement.
⚫ Quel avenir pour les opérateurs non retenus ?
La sélection de dix opérateurs soulève une question importante : que deviendront ceux qui ne bénéficieront pas d’un emplacement dans le nouvel espace BBQ ? Interrogé, Gregory Coquet assure que l’objectif n’est pas de les exclure de l’activité économique. Selon lui, des discussions commerciales sont engagées pour permettre à certains opérateurs disposant également de licences de bateaux de plaisance de participer au projet autrement. Ils pourraient notamment devenir des apporteurs d’affaires en orientant leurs clients vers l’écoparc, en échange de commissions. Le CEO de Riveo soutient que ce modèle pourrait leur offrir de nouvelles perspectives économiques. Ces arrangements restent toutefois en cours de finalisation. La question de leur acceptation par l’ensemble des opérateurs demeure donc un enjeu de la réorganisation.
Les opérateurs d’activités nautiques et les propriétaires de bateaux de plaisance sont également concernés. Six opérateurs d’activités nautiques sont identifiés au Welcome Kiosk, dont trois ont déjà signé un accord avec Loisirs des Îles Ltd. L’objectif est de formaliser les relations commerciales, de vérifier la conformité des licences et des assurances, et de renforcer les protocoles de sécurité. En parallèle, environ 72 opérateurs commerciaux de bateaux de plaisance disposent d’un point d’embarquement attribué à l’îleaux-Cerfs. Riveo souhaite mieux organiser les mouvements de ces embarcations, notamment dans les secteurs fréquentés par les baigneurs. La séparation entre les zones de baignade, de navigation et de débarquement constitue l’une des mesures envisagées.
⚫ Les rabatteurs dans le viseur
Autre problème soulevé lors de la conférence : la présence de rabatteurs, communément appelés «canvasseurs», qui sollicitent les visiteurs pour leur proposer des excursions ou des activités nautiques. Selon les responsables de Riveo, plusieurs de ces personnes opéreraient sans autorisation valable.
Certains comportements sont jugés agressifs ou intimidants, avec des conséquences possibles sur la sécurité des visiteurs et l’image de la destination. Les licences de bateaux de plaisance n’autorisent pas automatiquement leurs détenteurs à pratiquer le démarchage commercial sur l’île. Des discussions sont en cours avec le ministère du Tourisme et les autorités compétentes afin de renforcer l’encadrement de ces activités.

⚫ Un village pour une vingtaine d’artisans
L’artisanat local occupe également une place dans le projet. Une vingtaine d’opérateurs historiques du Craft Market exercent actuellement sur l’île-aux-Cerfs. Riveo prévoit de les regrouper dans un village artisanal aménagé au cœur de l’écoparc.
Chaque artisan pourrait disposer d’un espace destiné à présenter et vendre ses produits. Le projet prévoit également une place de village où les visiteurs pourraient découvrir certaines pratiques artisanales traditionnelles. Pour Gregory Coquet, cette initiative doit permettre de valoriser le savoir-faire local et d’intégrer davantage les communautés de la région Est dans l’activité touristique.
⚫ Un écomusée dédié à la nature
Au-delà des plages et des activités de loisirs, les promoteurs veulent faire de l’île-aux-Cerfs un lieu de découverte et d’éducation environnementale. Un écomusée est prévu dans le cadre du projet. La première phase comprendra un centre d’interprétation installé dans un bâtiment existant, qui sera réaménagé, ainsi qu’un parcours de découverte en sept étapes.
Les visiteurs pourront y découvrir la biodiversité, les écosystèmes côtiers, les activités traditionnelles et les relations entre les communautés et leur environnement. Les scolaires et les Mauriciens figurent parmi les publics particulièrement ciblés. Cette dimension pédagogique doit également accompagner les travaux de conservation, afin de mieux expliquer les changements apportés au site.
⚫ Accès aux Mauriciens toujours gratuit
C’est l’un des points sur lesquels Gregory Coquet a particulièrement insisté pendant la conférence : l’île-aux-Cerfs ne deviendra pas une destination payante. L’accès général à l’île restera gratuit pour les Mauriciens comme pour les touristes étrangers, indépendamment des frais habituels de transport ou des prestations commerciales.
En revanche, l’accès au futur écoparc sera payant pour les visiteurs étrangers. Les Mauriciens pourront y accéder gratuitement. Les tarifs destinés aux touristes n’ont pas encore été arrêtés. Les responsables indiquent qu’ils seront communiqués ultérieurement. Les recettes de billetterie serviront à financer les activités de conservation, de restauration écologique et d’éducation environnementale. Pour les promoteurs, il s’agit d’établir un mécanisme de financement durable sans remettre en cause l’accès des Mauriciens à ce patrimoine naturel.
La gestion de l’écoparc sera confiée à l’île-aux-Cerfs Eco-Park Foundation, une structure à but non lucratif déjà constituée. Cette fondation aura pour mission de coordonner les opérations de conservation, de gérer les recettes et les dépenses liées à l’écoparc et de développer des partenariats scientifiques. Elle pourra également rechercher des financements auprès d’institutions internationales pour soutenir certains projets environnementaux.
Selon Gregory Coquet, la prochaine étape consistera à mettre en place un conseil d’administration réunissant différents acteurs, notamment des représentants des opérateurs, des autorités et des partenaires techniques. Cette gouvernance devrait être structurée au cours du premier semestre 2027. Des comités consultatifs sont également envisagés pour permettre aux différents intervenants de participer aux discussions sur l’avenir du site. Thierry Le Breton insiste sur l’importance de la transparence et du suivi scientifique, afin que les engagements environnementaux puissent être évalués dans la durée.
L’accumulation de déchets sur l’îlot Mangénie constitue un défi majeur pour la préservation de son environnement naturel.
⚫ Un calendrier jusqu’en 2027
Le programme de régénération représente un investissement initial annoncé d’environ Rs 60 millions. Les premières interventions concernent notamment la réorganisation des opérations BBQ sur l’îlot Mangénie, avec une mise en service envisagée autour du 15 janvier 2027. Les travaux d’aménagement de la première phase de l’écoparc devraient, quant à eux, commencer en janvier 2027. Gregory Coquet précise qu’il s’agira principalement de réaménager et de réutiliser des bâtiments existants, plutôt que de multiplier les nouvelles constructions.
Si le calendrier est respecté, une première ouverture de l’écoparc pourrait intervenir au cours du second semestre 2027. Les autres phases seront déployées progressivement sur plusieurs années, notamment entre 2027 et 2029, dans le cadre d’une vision environnementale de plus long terme.
⚫ Un lourd défi à relever
Malgré les ambitions affichées, la transformation de l’îleaux-Cerfs devra composer avec les intérêts parfois différents des opérateurs commerciaux, des communautés locales et des acteurs de la conservation. Interrogé sur l’existence d’un consensus, Gregory Coquet reconnaît que les discussions n’ont pas toujours été faciles.
Les consultations ont commencé il y a environ six ans et se poursuivent encore aujourd’hui. Selon lui, une large majorité des parties prenantes soutient désormais la démarche, même si certaines réticences persistent. Le responsable affirme privilégier le dialogue plutôt que l’imposition de nouvelles règles.
Pour conclure, Gregory Coquet a tenu à rassurer : les travaux sur l’île-aux-Cerfs seront réalisés par phases, sans interrompre les activités touristiques et commerciales dont dépendent de nombreuses personnes pour gagner leur vie.
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