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COP31
Attentes et mises en garde d’experts
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COP31
Attentes et mises en garde d’experts
À l’approche de la COP31, qui se tient à Antalya, en Türkiye, du 9 au 20 novembre 2026, Maurice fait face à plusieurs défis climatiques, notamment l’érosion côtière, la crise de l’eau et les phénomènes météorologiques extrêmes. Quels financements le pays devrait-il obtenir et quels obstacles freinent encore la mise en œuvre de ses engagements ? Nous avons sollicité l’avis de spécialistes de l’environnement sur les résultats attendus de cette conférence et les mesures urgentes à prendre par le gouvernement.
Vassen Kauppaymuthoo : «Nous n’avons jamais su capitaliser sur notre statut de petit État insulaire»
Vassen Kauppaymuthoo, ingénieur en environnement, océanographe et expert en développement durable.
L’adaptation au changement climatique demandera au minimum 5,6 milliards de dollars au cours des 25 prochaines années. Maurice devra, de ce fait, développer une diplomatie verte (et bleue) beaucoup plus agressive au niveau des instances internationales afin de pouvoir relever ce défi et d’obtenir les soutiens financiers nécessaires pour faire face aux défis majeurs liés au changement climatique, comme les crises de l’eau, les inondations, la crise alimentaire et l’érosion côtière, en priorité.
Malheureusement, malgré un appui soutenu de l’Agence française de développement et la mise en place de la Climate Finance Unit au niveau du Bureau du Premier ministre, nous accusons un retard important au niveau des négociations internationales sur le financement vert. Nous n’avons jamais su capitaliser totalement sur notre statut de petit État insulaire en développement (PEID).
Le gouvernement devrait développer ses capacités de mobilisation de financements verts et bleus tout en développant ses capacités de mise en œuvre. En effet, la majorité des ministères ne possèdent pas de personnel en nombre suffisant pour mettre en place le cahier des charges et superviser la mise en œuvre des projets aux niveaux financier et technique.
Ce manque devra être comblé si l’on veut réellement obtenir et gérer les financements internationaux en lien avec l’adaptation au changement climatique, dans un contexte où Maurice n’est plus éligible aux donations en raison de son niveau de développement économique.
Sunil Dowarkasing : «Les promesses climatiques ne remplissent ni les réservoirs, ni les plages, ni les caisses des victimes»
Sunil Dowarkasing, expert en environnement.
Après trente années de COP, une question mérite enfin d’être posée : les Conférences des Parties sontelles encore le véritable espace de négociation pour sauver le climat, ou sont-elles devenues un exercice diplomatique annuel où l’on célèbre des engagements pendant que les émissions continuent d’augmenter ?
Depuis l’adoption de la Convention climat en 1992, les émissions mondiales de CO₂ liées aux combustibles fossiles ont progressé de plus de 60 %. Et pendant que les gouvernements négocient la sortie des énergies fossiles, leurs représentants côtoient des milliers de lobbyistes de l’industrie pétrolière, gazière et charbonnière dans les couloirs des COP. Il y a manifestement quelque chose de surréaliste dans ce spectacle.
Maurice doit donc aborder la COP31 non pas avec une nouvelle déclaration d’intention, mais avec une facture précise et des engagements financiers contraignants.
À Maurice, l’enjeu est pourtant très concret. Le pays estime ses besoins supplémentaires de financement climatique à 5,7 milliards de dollars pour 2026-2035, selon sa NDC 3.0. Il doit obtenir des financements additionnels, prévisibles, majoritairement sous forme de dons et de prêts concessionnels, plutôt que de nouveaux endettements.
Les priorités doivent être clairement définies :
Érosion côtière : financer la restauration des plages, des dunes, des récifs coralliens et des zones humides, plutôt que de multiplier les ouvrages en béton.
Crise de l’eau : réhabiliter les réseaux pour réduire les quelque 60 % de pertes, protéger les bassins versants, reboiser et développer la réutilisation des eaux usées.
Phénomènes extrêmes : renforcer les systèmes d’alerte, les infrastructures résilientes et les mécanismes d’indemnisation des populations vulnérables.
En définitive, Maurice ne doit pas rentrer de la COP31 avec une nouvelle déclaration d’intention, mais avec des financements accessibles, des échéances, des mécanismes de décaissement et des obligations de résultats. Les promesses climatiques ne remplissent ni les réservoirs, ni les plages, ni les caisses des victimes de catastrophes.
Le principal obstacle à Maurice n’est pas le manque d’engagements climatiques, de stratégies ou de rapports. C’est plutôt notre remarquable capacité à annoncer des ambitions environnementales tout en poursuivant des politiques qui les contredisent.
Prenons l’énergie. Maurice s’était fixé un objectif de 35 % d’énergies renouvelables dans son mix électrique pour 2025. Résultat : 17,8 % seulement en 2025, contre 82,2 % d’électricité produite à partir de sources non renouvelables. Le charbon représente encore 26,4 % de nos besoins en énergie primaire importée. Nous parlons de transition énergétique depuis des années, mais nous restons profondément ancrés dans le charbon et les énergies fossiles.
Le bilan climatique est tout aussi éloquent : les émissions de gaz à effet de serre ont augmenté de 3,4 % en 2025, atteignant 6,775 millions de tonnes de CO₂ équivalent. Le secteur énergétique représente à lui seul 75 % des émissions.
Et que dire de notre biodiversité ? Nous affichons 22,5 % de couverture forestière, mais seulement environ 2 % du territoire conserve des forêts indigènes de bonne qualité. Par ailleurs, 61 espèces végétales indigènes ont déjà disparu et 141 espèces de plantes endémiques des Mascareignes sont classées en danger critique d’extinction.
Après la COP31 , l e gouvernement devrait donc :
• Fixer un calendrier légal de sortie du charbon, avec des étapes annuelles vérifiables.
• Accélérer la production décentralisée d’énergies renouvelables et démocratiser l’accès au solaire.
• Protéger les forêts restantes, restaurer les bassins versants et stopper les conversions injustifiées de terres naturelles.
• Publier un bilan annuel des engagements climatiques, avec des indicateurs, des budgets et des responsabilités ministérielles.
• Réorienter les investissements vers la restauration des écosystèmes, la gestion de l’eau et la résilience côtière.
En définitive, Maurice n’a pas besoin d’une quatrième génération de promesses climatiques. Elle a besoin d’une première génération de gouvernements qui acceptent de mesurer leurs résultats à l’aune de leurs engagements.
Car planter quelques arbres pour une cérémonie officielle, inaugurer quelques panneaux solaires et prononcer le mot «résilience» dans chaque discours ne constituent pas une politique climatique.
La COP31 devrait marquer le passage des discours aux actes. Sinon, nous continuerons à célébrer nos ambitions environnementales pendant que nos émissions, elles, ne prennent manifestement aucun engagement de réduction !
Sébastien Sauvage : «Notre première réponse ne dépend pas de financements étrangers»
Sébastien Sauvage, écologiste et directeur général d’Eco-Sud.
Depuis la première COP en 1995, nous arrivons à la 31ᵉ conférence avec un constat alarmant : selon l’ONU, les engagements actuels nous mènent vers 2,6 °C de réchauffement et les politiques réellement appliquées vers 2,8 °C. Les financements climatiques restent largement insuffisants face aux besoins.
Notre première réponse ne dépend pas de financements étrangers. L’étude MauRisCot du Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM) envisage, dans un scénario défavorable, une élévation du niveau marin pouvant atteindre 1,80 m d’ici 2100 et un recul du trait de côte dépassant localement 200 mètres.
Quelle stratégie nationale pour anticiper ce recul, accompagner les populations qui pourraient devoir être déplacées et redonner de l’espace aux écosystèmes dunaires afin qu’ils puissent renforcer leur résilience et nous protéger ?
Le secteur privé, particulièrement les promoteurs immobiliers, les hôteliers et les investisseurs, doit prendre pleinement ses responsabilités : cesser d’artificialiser les espaces vulnérables, réorienter les investissements hors des zones à risque et contribuer au financement de la restauration écologique et de l’adaptation. Les bénéfices de l’aménagement ne peuvent rester privés tandis que ses conséquences deviennent des charges collectives.
Maurice, responsable de seulement 0,01 % des émissions mondiales, vise une réduction de 40 % d’ici 2035 par rapport au scénario de référence. Mais le principal obstacle reste la contradiction entre nos engagements et la poursuite du business as usual : artificialisation du littoral, destruction des zones humides, déforestation, dépendance aux pesticides et restauration écologique fragmentée.
Il faut traduire nos engagements en décisions concrètes : renforcer l’Environment Act 2024, adopter la loi sur les Environmentally Sensitive Areas, concrétiser les droits de la nature dans notre Constitution, actualiser les Outline Planning Schemes conformément à la National Development Strategy 2025 et rendre les procédures Environmental Impact Assessment et Building and Land Use Permit transparentes et participatives.
Il est également urgent d’engager une véritable concertation nationale sur l’avenir de notre littoral, réunissant populations, scientifiques, société civile, autorités et secteur privé, pour définir les zones à protéger, celles où un recul stratégique devient nécessaire, les mécanismes de relocalisation et la mise en œuvre de solutions fondées sur la nature.
Nous devons sortir des effets d’annonce et construire une stratégie nationale cohérente de protection, de restauration écologique et de transition agroécologique.
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