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Questions à…
Rajesh Bhagwan : «Laplanet inn plin tann zis koze, li anvi trouv bann aksion konkre»
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Questions à…
Rajesh Bhagwan : «Laplanet inn plin tann zis koze, li anvi trouv bann aksion konkre»
Rajesh Bhagwan, Ministre de l’Environnement, de la gestion des déchets solides et du changement climatique.
⚫ Quelles sont les trois principales revendications que Maurice défendra à la COP31 à Antalya, et quels résultats concrets espérez-vous obtenir ?
Le dérèglement climatique touche toute la planète, mais certains pays sont plus vulnérables que d’autres. Paradoxalement, les pays qui émettent le moins de gaz à effet de serre comptent parmi les plus vulnérables. L’île Maurice ne se bat pas seule à la COP : elle s’est alliée aux autres membres de l’Alliance des petits États insulaires (AOSIS), du Groupe africain de négociateurs (AGN) et du G77 et de la Chine, pour porter d’une seule voix un appel qui soit entendu et pris en considération.
À Maurice, les investissements requis pour faire face aux inondations, notamment l’aménagement d’infrastructures adaptées, ainsi que pour la résilience côtière, les ressources en eau, l’agriculture et d’autres secteurs, sont considérables. Les petits États comme le nôtre ne trouveront pas à temps les ressources nécessaires.
La mise en œuvre de notre réponse climatique nationale dépend de la coopération, du financement, de la technologie et du renforcement des capacités, adaptés aux circonstances propres aux PEID.
Notre île subit aujourd’hui des dégâts climatiques irréversibles. Le financement climatique, qui est la pierre angulaire de notre réponse, doit arriver plus vite, plus simplement, sous forme de subventions et non de nouvelles dettes. Il doit aussi servir autant à nous protéger qu’à réduire les émissions et à alimenter le Fonds pour les pertes et préjudices, un véritable pilier de la justice climatique mondiale.
⚫ Maurice a mené deux mois de consultations avant la COP31. Quelles propositions citoyennes ont été intégrées à la position officielle du pays ?
C’est la première fois que le ministère consulte ainsi la population en marge de la COP climat. Nous l’avons fait parce que tous les citoyens, d’une façon ou d’une autre, sont confrontés aux impacts du changement climatique. Tous doivent apprendre à vivre, à consommer, à construire et à planter autrement.
Les consultations publiques menées avec les femmes à Flacq, les jeunes à Helvetia, les pêcheurs à Case-Noyale, les communautés côtières à GrandGaube et les planteurs à Saint-Pierre ont directement nourri les huit piliers stratégiques de notre position nationale : atténuation, adaptation et résilience climatique, océans, sécurité alimentaire et agriculture, transition énergétique juste, finance climatique et technologie, avec le genre et la jeunesse intégrés de manière transversale.
Face à l’érosion côtière et à la montée des eaux, nos communautés côtières et nos pêcheurs demandent des solutions fondées sur la nature, comme la restauration des mangroves et des récifs, des infrastructures de protection pour les bateaux et la préservation de nos plages publiques.
Nos agriculteurs et les femmes réclament des aides pour réussir la transition agroécologique, réduire l’usage des engrais chimiques et faire face aux sécheresses, notamment grâce au Fonds pour les pertes et préjudices et aux marchés du carbone.
Les citoyens demandent un soutien accru pour s’équiper en panneaux solaires et en réservoirs d’eau, ainsi que des mesures strictes contre la pollution plastique et l’organisation du tri sélectif à la source. Notre jeunesse porte des propositions novatrices : renforcer les lois environnementales, inscrire la justice climatique et le droit à la nature dans le cadre éducatif, et faire de la résilience sanitaire un pilier central, avec des réserves stratégiques de médicaments.
Pour réaliser tout cela, nous demandons un accès direct et simplifié aux financements internationaux ainsi qu’un transfert de technologies adaptées à l’échelle de nos petites économies insulaires.
⚫ Les besoins de financement climatique de la «Nationally Determined Contributions» (NDC) 3.0 s’élèvent à 5,7 milliards de dollars d’ici 2035. Quelle part est garantie et qu’espérezvous obtenir à Antalya ?
Cet investissement ne peut pas provenir du seul budget national. Nous attendons une évolution positive par rapport à la COP30, d’autant que la COP31 est placée sous le signe de la mise en œuvre.
Laplanet inn plin tann zis koze. Li anvi trouv bann aksion konkret. Nous savons toutefois que les tensions géopolitiques et les guerres risquent de jouer les trouble-fête. C’est pourquoi la solidarité entre PEID et pays en développement est plus cruciale que jamais pour obtenir au moins une partie de ce que nous souhaitons.
Entre 2008 et 2025, Maurice a bénéficié de 131,7 millions de dollars d’aides internationales (Fonds vert, Banque mondiale, Union européenne, etc.). Un soutien international précieux, mais insuffisant, car l’accès aux financements climatiques reste un véritable parcours du combattant. Conformément au programme gouvernemental, Maurice adopte activement un modèle de développement visant à réaliser une économie verte et à s’orienter vers une croissance écologiquement durable et respectueuse de l’environnement.
Depuis l’année dernière, chaque roupie climatique est tracée grâce à la mise en place d’un système pilote de climate budget tagging. L’objectif est de mesurer précisément les dépenses publiques liées au climat. Nous utiliserons ce processus de suivi comme levier pour mobiliser des financements additionnels dans nos domaines clés nécessitant des dépenses d’adaptation et d’atténuation.
⚫ Les pays développés ont-ils respecté leurs engagements financiers antérieurs ? Quelles garanties Maurice réclamera-t-elle ?
Les financements promis lors des précédentes COP n’ont pas été respectés. Le financement mondial pour la résilience climatique est resté bien en deçà des attentes pour répondre aux besoins d’investissement des PEID en matière d’atténuation et d’adaptation, afin de faire face aux impacts du changement climatique. Les dons et prêts concessionnels sont restés très en deçà de nos attentes pour nous permettre d’atteindre les objectifs climatiques fixés dans nos contributions déterminées au niveau national, dans l’Accord de Paris. Or, le temps presse. Un dépassement du seuil de réchauffement climatique de 1,5 °C aura des conséquences encore plus visibles et, dans certains cas, irréversibles. Cela devrait être un eye-opener, un ultime signal d’alarme pour tous ceux qui peuvent et doivent agir.
La contribution des partenaires de développement est un élément indispensable pour atteindre ces objectifs, tant par un appui technique que financier.
Maurice plaidera en faveur du financement climatique des pays développés. Il faut augmenter les ressources financières prévisibles, nouvelles, additionnelles et adéquates, ainsi que le transfert de technologies et le renforcement des capacités en provenance des pays développés.
⚫ Quels mécanismes Maurice proposerat-elle pour obliger les pays à passer des promesses aux actes ?
La voix de Maurice est importante, mais seule, elle ne pourra pas faire grand-chose. La communauté internationale doit comprendre que, si les investissements nécessaires ne suivent pas, c’est l’économie mondiale qui sera touchée. Le changement climatique n’est pas seulement une urgence environnementale.
Le changement climatique et les catastrophes naturelles sont une source croissante de risques économiques et budgétaires pour le pays : ils perturbent l’activité économique, endommagent les infrastructures, affectent les moyens de subsistance et alourdissent la pression sur les finances publiques. La vulnérabilité au changement climatique constitue d’ailleurs l’un des défis structurels qui se posent à Maurice dans sa quête du statut de pays à revenu élevé. Il faut agir maintenant, car de grands bols de tisane après la mort ne serviront à rien.
⚫ Maurice défendra-t-il un accès simplifié et direct aux fonds climatiques, sans procédures complexes ni endettement supplémentaire ?
À Maurice, nos moyens sont limités. Pourtant, nous sommes très exposés au dérèglement climatique. Nous demandons donc que l’aide climatique soit accordée selon la vulnérabilité d’un pays, et non selon son seul PIB. Aujourd’hui, les agences mettent trop de temps à approuver les projets, et il arrive que l’aide expire avant que nous ayons pu agir, faute d’expertise technique et à cause de procédures de recrutement lourdes. Nous réclamons des procédures plus souples, un décaissement rapide sous forme de dons, pour que l’argent se transforme vite en actions concrètes, ainsi qu’un traitement différencié des petits États insulaires.
⚫ Après les désaccords de la COP30, Maurice soutiendra-t-elle une feuille de route internationale avec des échéances précises pour l’abandon des énergies fossiles ?
Les énergies fossiles comme le charbon, le pétrole et le gaz naturel sont, de loin, les plus grandes responsables des émissions de CO₂, un gaz à effet de serre, et donc les plus grandes contributrices au changement climatique mondial. Passer des énergies fossiles aux énergies propres n’est pas qu’une question scientifique. De puissantes corporations font pression à chaque COP pour défendre leurs intérêts.
Je suis toutefois confiant que le bon sens finira par prévaloir, au vu des impacts qui se manifestent aux quatre coins de la planète. Les inondations meurtrières au Népal, causées par la fonte accélérée des glaciers en raison du réchauffement planétaire, et qui ont fait plus de 1 451 morts et 5 705 disparus, y compris au Tibet, en sont un exemple. De telles catastrophes se reproduiront sur tous les continents et dans les cinq océans.
⚫ Maurice est-elle en mesure de respecter ses engagements au titre de la NDC 3.0, notamment sur les émissions et les énergies renouvelables ?
La crise de l’eau actuelle, avec ses tensions sociales, a fait prendre conscience à tous que la pluviométrie est déficitaire depuis le début de l’année. Ce n’est pas un événement isolé : il risque de se reproduire. Nous sommes condamnés à accroître la résilience du pays et devons faire tout ce que nous pouvons avec les ressources et les technologies dont nous disposons déjà. Tout financement obtenu pour la NDC 3.0 sera le bienvenu.
À la COP31, Maurice plaidera aussi pour des partenariats renforcés afin de mobiliser un soutien financier, technique et institutionnel ciblé pour la mise en œuvre de notre feuille de route climatique. Nous tiendrons également un side event sur le thème Faire avancer la mise en œuvre des NDC et la préparation dans les régions insulaires. Un panel d’experts y siégera, composé de représentants du NDC Partnership, du UNEP Copenhagen Climate Centre, de la Deutsche Gesellschaft für Internationale Zusammenarbeit (GIZ), d’*Ocean Conservancy et de hauts cadres du ministère de l’Environnement.
Concernant les énergies renouvelables, mon collègue, le ministre de l’Énergie et des services publics, Patrick Assirvaden, a récemment fait le point et a indiqué qu’au 15 octobre, Maurice disposait d’une capacité totale de près de 395 mégawatts d’énergies renouvelables, dont près de 198 mégawatts d’énergie solaire. Ce chiffre continuera d’augmenter avec d’autres projets d’énergie propre prévus avant la fin de cette année, avec pour objectif, comme mentionné dans notre NDC 3.0, d’atteindre 60 % d’énergies renouvelables dans le mix énergétique d’ici 2035.
⚫ Face à la montée du niveau de la mer et à l’érosion côtière, Maurice solliciterat-elle des financements spécifiques pour protéger le littoral ? Nous n’avons pas attendu. Dix-sept sites prioritaires ont été identifiés sur le littoral.
L’appel d’offres pour les travaux de réhabilitation de la plage de Trou-aux-Biches a été lancé vendredi, et celui de Souillac est lui aussi enclenché. Notre gestion du littoral ne se limite pas aux études. Certains travaux sont achevés, comme à Bois-desAmourettes, tandis que d’autres projets sont en chantier, notamment à Vieux-Grand-Port, où l’achèvement des travaux est prévu en février 2027.
Concernant la Stratégie nationale de gestion du littoral, une assistance technique a été sollicitée auprès de l’Agence française de développement et de l’Union européenne pour renforcer la résilience côtière à Maurice. L’étude devrait démarrer ce mois-ci pour une durée d’un an. La Division de la gestion intégrée des zones côtières de mon ministère sera aussi assistée d’un ingénieur côtier pour une période de trois à quatre ans à compter de février 2027.
En tant que pays à revenu intermédiaire, Maurice peine de plus en plus à obtenir une aide concessionnelle, notamment des dons d’organisations internationales. Nous appelle rons donc à une architecture financière équilibrée et transparente, compte tenu de notre exposition disproportionnée aux risques climatiques et écologiques. Parallèlement, les usagers du littoral et du lagon, les propriétaires et les hôtels ont aussi une responsabilité à assumer, notamment celle de considérer sérieusement le recul par rapport à la high water mark.
⚫ Quel rôle Maurice souhaite-t-elle jouer sur les marchés internationaux du carbone ? Quels bénéfices pourraitelle en retirer ?
Fin septembre, lors d’un atelier de travail sur l’élaboration du cadre et de la réglementation nationaux relatifs au marché du carbone, j’ai exprimé ma position. L’article 6 de l’Accord de Paris ouvre la voie à des marchés du carbone qui permettent à Maurice de mobiliser des financements internationaux et privés dédiés à l’atténuation, de réaliser des projets de réduction des émissions à fort impact dans l’énergie, les transports et les déchets, et d’accélérer le transfert de technologies et le renforcement des capacités pour une transition verte rapide et économiquement soutenable.
Ces mécanismes sont toutefois complexes. Pour en tirer pleinement parti et protéger l’intérêt national, Maurice doit d’abord se doter de solides capacités institutionnelles et techniques, et garantir une intégrité environnementale absolue, la transparence et des garde-fous contre le double comptage.
C’est l’objet de cet atelier de quatre jours, organisé en collaboration avec l’Organisation internationale de la Francophonie et l’Institut de la Francophonie pour le développement durable : former les participants aux trois mécanismes, à la conception de projets de haute intégrité et à la procédure nationale d’autorisation, avec, comme critère de réussite, des bénéfices réels et durables pour les communautés, les écosystèmes et l’économie.
Zisteman sa zour-la mo ti dir ki deregleman klimatik li afekte nou biosfer, sa ve dir tou form lavi lor later ek dan lamer. Pou ki ena la zistis klimatik, fode pa nou trouv zis zarb ek nou pa trouv lafore. Planet Later pe gagn sofman. Li bizin rafresi. Nou, nou bizin reflesi. Pa zis trap banderol ek al konferans pou fer selfi. Nou tou ena enn rol, dan sak zes ki nou fer dan nou lavi toulezour. Se kan nou sanz nou mod konsomasion ek prodiksion ki nou pou kapav amenn bann sanzman dirab.
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