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Encore deux ans de Trump
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Encore deux ans de Trump
Deux ans encore. C’est long quand l’homme le plus puissant du monde refuse obstinément de devenir un canard boiteux. Les élections de mi-mandat viennent d’infliger à Donald Trump une défaite dont l’ampleur dépasse les habitudes de la politique américaine. Les démocrates reprennent le contrôle de la Chambre des représentants et du Sénat. Le président conserve la Maison Blanche, mais perd le Congrès qui, jusqu’ici, avait largement accompagné et soutenu son programme.
Washington, DC, entre dans cette période étrange que les Américains appellent la présidence du lame duck. Avec Trump, il serait toutefois imprudent de croire qu’un président affaibli est un président immobilisé. Il s'agit donc de comprendre comment il va gouverner.
Trump ne pourra plus faire voter facilement ses grandes lois. Les démocrates pourront bloquer certaines nominations, convoquer les membres de son administration, exiger des documents, ouvrir des enquêtes et utiliser l’arme la plus redoutable du Congrès : le pouvoir de la bourse. Les crédits budgétaires peuvent devenir des instruments de résistance. Les commissions parlementaires, elles, promettent de transformer les deux prochaines années en une longue séance de surveillance. Mais il ne faut pas confondre contrôle du Congrès et contrôle du pouvoir. Trump a passé une bonne partie de son second mandat à démontrer qu’un président américain dispose d’une formidable capacité d’action sans attendre le Capitole. Décrets présidentiels, proclamations, tarifs douaniers, sanctions, règlements, déréglementation : l’exécutif conserve une vaste boîte à outils. Et Trump connaît désormais son contenu bien mieux qu’en 2017.
Sur l’immigration, il peut continuer à agir par voie administrative, même si les tribunaux restent un obstacle. Sur le commerce et les droits de douane, la Maison-Blanche garde de larges marges de manœuvre. En politique étrangère, le président demeure le premier acteur américain. Et sur l’intelligence artificielle, l’énergie ou la déréglementation, une administration déterminée peut encore faire beaucoup sans demander la permission au Congrès.
La victoire démocrate ne met donc pas fin au trumpisme. Elle lui retire l’un de ses moteurs. Le paradoxe est même que Trump pourrait devenir moins législateur et davantage empereur de l’exécutif. Incapable de faire adopter de grands textes, il sera tenté de multiplier les décisions unilatérales. Ce serait, après tout, dans sa nature.
Mais il y a désormais une autre réalité : Trump vient de recevoir un avertissement politique. Les électeurs ont voté avec leur portefeuille, leur inquiétude devant le coût de la vie et leur fatigue devant les guerres. L’Iran, notamment, est devenu le symbole d’une politique étrangère dont les conséquences finissent par se retrouver à la pompe et dans les factures. Même les marchés ont interprété le résultat comme une promesse de contraintes : Wall Street a rebondi, comme si la perspective d’un pouvoir présidentiel enfin surveillé constituait, en soi, une bonne nouvelle. Pour Trump, les deux années qui restent seront celles de l’héritage. Il ne peut plus se représenter. Il cherchera donc à laisser sa marque : une paix spectaculaire en Ukraine, une sortie du bourbier iranien, un nouvel ordre commercial. Donald Trump ne se résignera pas à finir son mandat dans l’ombre.
Et Maurice dans tout cela ?
La question est moins lointaine qu’elle n’y paraît. Trump avait publiquement critiqué l’accord entre le Royaume-Uni et Maurice sur les Chagos. Lorsque la Maison-Blanche disposait d’un Congrès acquis, l’objection présidentielle pouvait peser lourd dans les discussions concernant Diego Garcia et les arrangements de sécurité qui accompagnent la reconnaissance de la souveraineté mauricienne. Le paysage vient de changer. La politique reste l’art du possible. Les élections américaines n’ont évidemment pas transformé Washington, DC, en allié automatique de Maurice. Elles multiplient, cependant, les portes auxquelles frapper. Le Sénat et la Chambre disposent désormais de leurs propres commissions, de leurs propres priorités et de leur propre capacité à influencer la politique américaine.
C’est peut-être le moment de ne plus regarder uniquement vers le Bureau ovale. Le dossier mauricien possède un argument que peu de causes territoriales peuvent réunir avec autant de force : l’avis de la Cour internationale de justice, le vote massif de l’Assemblée générale des Nations unies en 2019 et, surtout, une évidence stratégique. La reconnaissance de la souveraineté de Maurice ne menace nullement Diego Garcia.
Au contraire. La base peut rester ce qu’elle est aujourd’hui – et ce qu’elle devra probablement rester pendant encore un siècle : un actif essentiel de la sécurité occidentale dans l’océan Indien. C’est là que se trouve le véritable espace du possible. Maurice ne demande pas à Washington, DC, de choisir entre sa sécurité et notre intégrité territoriale. Les deux peuvent coexister. Diego Garcia peut demeurer une base américaine sans que l’archipel reste éternellement le vestige d’une décolonisation inachevée.
Les résultats de mardi ne changent pas cette équation. Ils changent peutêtre les interlocuteurs capables de l’entendre. Encore deux ans de Trump, donc. Deux années pendant lesquelles il pourra encore beaucoup faire. Mais aussi deux années pendant lesquelles il ne pourra plus faire tout ce qu’il veut. Pour Maurice et Londres, le moment est, peut-être, venu de tester cette nouvelle réalité : lorsque la porte de la Maison-Blanche se referme un peu, il reste les fenêtres du Capitole. À condition, cette fois, de frapper assez fort.
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