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Manière de voir
Baisse généralisée du niveau scolaire | Lire, écrire, calculer : On s’y prend trop tardivement ?
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Baisse généralisée du niveau scolaire | Lire, écrire, calculer : On s’y prend trop tardivement ?
Fin de la période des examens du primaire et de la célébration du World Teachers’ Day. C’est le moment de s’interroger sur l’apprentissage des tout-petits écoliers. Il n’est guère surprenant de constater, au fil des années, une baisse du niveau en lecture, en écriture et en calcul.
Et pourtant, la note finale, après correction complaisante, a été rehaussée de façon à ne pas déranger l’enfant qui va abor- der une classe supérieure malgré les lacunes déjà citées. Le personnel au ministère et autres institutions est conscient de cette baisse. Il tente de trouver des solutions à ce recul. Encore faudrait-il commencer par le bon bout !
Des chiffres et des lettres
Faisons la distinction entre l’illettrisme et l’analphabétisme. Une personne analphabète n’a jamais appris à lire et à écrire, tandis qu’une personne en situation d’illettrisme a été scolarisée, mais n’a pas acquis une maîtrise suffisante de la lecture, de l’écriture ou du calcul. Selon les données du recensement de 2022, quelque 74 000 personnes âgées de dix ans et plus à Maurice ne savent ni lire ni écrire, soit environ 6,6 % de cette population. En d’autres termes, près d’un Mauricien sur 15 est analphabète.
Il faut saluer le travail effectué sur le terrain, notamment auprès des femmes de 35 à 55 ans, voire au-delà, par le National Women’s Council et Caritas. C’est réconfortant de voir le sourire qui illumine le visage de ces femmes après cet apprentissage tardif. Comment se débrouillent celles qui ne savent pas lire ? L’une d’elles, âgée de 60 ans, procède par intuition, en se fiant à la couleur des autobus ou encore au dessin des lettres indiquant leur destination. Une débrouillardise étonnante !
Les causes de ces lacunes sont multiples : la pauvreté, le manque d’accompagnement parental, notamment lorsque les parents sont eux-mêmes en difficulté avec la lecture et l’écriture, les troubles de l’apprentissage, les échecs répétés aux examens, qui entraînent une baisse de motivation et des difficultés de concentration. Difficile de surmonter tous ces obstacles à un moment charnière où le numérique prend une place grandissante.
Remonter à la racine
Ne pas savoir lire, écrire ou calculer à la sortie du primaire est un constat d’échec inquiétant. Est-ce la faute des instituteurs et de leur formation ? Ce n’est pas leur nombre qui semble faire défaut. Maurice compte environ 17 000 enseignants : quelque 1 935 dans le pré-primaire, 6 000 dans le primaire et 8 800 dans le secondaire.
Cette chronique veut surtout s’attarder sur les effectifs du préscolaire. C’est peut-être là que réside une partie du problème. Quelle est la mission du préscolaire et qui peut se permettre d’envoyer son enfant dans un établissement privé, donc payant ? C’est la préfiguration d’un monde à deux vitesses.
■ Trouvez la réponse au bas de la page.
Le préscolaire laisse parfois à désirer parce que le personnel ne dispose pas toujours d’une véritable formation pédagogique adaptée. On a même recours à des volontaires, comme s’il s’agissait de simples garderies. Pourtant, dès l’âge de trois ou quatre ans, l’enfant découvre d’autres petits camarades et se montre particulièrement réceptif aux nouvelles expériences. Se pose alors la question des méthodes d’apprentissage, notamment de la méthode syllabique ou des petites dictées ludiques tant décriées.
Pour les spécialistes de la petite enfance, c’est à ce très jeune âge que le cerveau connaît un développement particulièrement important. L’enfant découvre et absorbe beaucoup de choses. Ne faut-il pas alors se pencher sur la formation du personnel chargé du préscolaire, qui mériterait d’être renforcée ? C’est à cette étape que doivent commencer les premières expériences d’éveil à l’alphabet, aux lettres et même aux chiffres. Il serait donc souhaitable de remonter à la base, au lieu d’attendre la fin du primaire pour constater les lacunes et préconiser des solutions quelque peu tardives.
Il sera sans doute trop tard pour les enfants issus de milieux défavorisés qui n’auront pas eu accès au préscolaire et à ce premier éveil à l’apprentissage, et qui n’auront pas non plus eu de frères ou sœurs pour les initier. Dès leur entrée au primaire, ils se retrouvent en terre inconnue. Comment alors enseigner l’inconnu par l’inconnu ? De lourds handicaps risquent de s’accumuler au fur et à mesure qu’ils gravissent automatiquement les échelons du primaire.
Des méthodes de rattrapage existent et sont mises en place, mais elles doivent encore faire la preuve de leur efficacité. Se pose alors logiquement la question primordiale : que deviendront ceux qui restent à la traîne ? Pour être pragmatique, il faut s’intéresser de près à des programmes précis, appliqués par du personnel formé dès le parcours préscolaire. Évidemment, cela a un coût, mais quel investissement pour l’avenir !
Niveau chez les ados
Ces lacunes ne concernent pas que les enfants. Nous assistons au même phénomène chez beaucoup d’adolescents. Ces derniers lisent de moins en moins ou, plutôt, pensent lire grâce à leurs portables. Ce ne sont certainement pas les réseaux sociaux, consultés souvent à la va-vite, et leurs contenus qui peuvent remplacer la lecture. L’intelligence artificielle (IA) ne remplacera jamais un vrai livre.
Auparavant, les parents – eh oui ! – encourageaient leurs ados à lire, ne serait-ce qu’en mettant entre leurs mains un journal qui traînait à la maison. Dans chaque foyer, quelques ouvrages bien rangés étaient à leur disposition. Ils ont été remplacés par des jeux vidéo et la lecture se limite souvent au strict minimum, c’est-à-dire aux manuels scolaires au programme, que ce soit en français ou en anglais. Restent quand même les bandes dessinées.
En outre, offrir des livres en cadeau pendant les fêtes se fait plutôt rare, d’autant plus que les livres coûtent cher. Ne faudrait-il pas réduire les taxes sur certains livres ; instaurer – si ce n’est imposer – la lecture de quelques pages chaque soir de la semaine ; en profiter pour faire connaître de grands auteurs étrangers ou locaux ; alimenter de petites bibliothèques dans les collèges ou les centres de jeunesse et réinstaurer les visites de bibliobus dans certaines régions ?
Même cause, mêmes effets sur l’écriture. L’orthographe pourrait faire l’objet de toute une chronique. Les ados n’écrivent plus de lettres, même d’amour comme autrefois, ni leurs confidences ou leurs pensées dans leur journal personnel et intime. La génération actuelle invente même son propre vocabulaire, pas très fourni, que l’on retrouve dans ses conversations. Ces dernières ressemblent fort à ses messages minimalistes et courts, qui lui servent de moyen de communication. Le vocabulaire s’en trouve limité, d’où l’appauvrissement du langage.
Heureusement, certains collèges organisent des débats, des échanges d’idées et même des concours d’éloquence. Un exemple qu’on devrait généraliser, surtout dans les classes terminales du secondaire. Pourquoi ne pas inviter, à chaque trimestre, un conférencier local à intervenir sur un sujet d’actualité qui les concerne ou les intéresse ?
Nous sommes très loin des générations biberonnées au Claude Augé ou au Bernon et qui ne disposaient pas de l’IA, une arme à double tranchant. Ce nivellement par le bas dans la lecture et l’écriture creuse l’écart entre les nantis (private tuition indéracinable ?) et les parents au bas de l’échelle sociale. De quoi se faire des calculs… biliaires.
To finn al lekol anba ban?
P.-S. : Réponse au petit quiz dans la photo centrale : La faute à relever est tout simplement quelle à remplacer par quel. Tout le reste est correct. Avoir l’œil.
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