Publicité
Environnement
Stéphane Doré : «La surface corallienne vivante est inférieure à 15 % à Maurice»
Par
Partager cet article
Environnement
Stéphane Doré : «La surface corallienne vivante est inférieure à 15 % à Maurice»
Président de l’association Protez Moris, Stéphane Doré est un écologiste convaincu. Dans la région Ouest, son objectif : implanter 1 000 totems de bois pour lutter contre les déchets jetés et, par ricochet, protéger les coraux, le lagon et la santé publique. Focus sur une campagne de levée de fonds à soutenir actuellement sur www.smallstepmatters.org.
Votre association est récente et pourtant, elle a déjà à son actif quelques belles réalisations. Pouvez-vous nous les détailler ?
Notre constat : tout ce qui est jeté à terre finit dans la mer ! Protez Moris existe depuis moins d’un an et 350 totems visant la sensibilisation environnementale ont déjà pu être posés, la majorité à Tamarin, Rivière-Noire et La Gaulette. Nous en comptons également environ 80 à Cascavelle et Flic-en-Flac. Notre objectif est d’atteindre la pose de 1 000 totems dans l’Ouest, de Flic-en-Flac au Morne. Financer ces totems supplémentaires, c’est justement l’objet de la campagne de levée de fonds en cours sur www.smallstepmatters.org. Campagne ouverte aux entreprises disposant de fonds de Corporate Social Responsibility (CSR) aussi bien qu’aux citoyens désireux de protéger la nature.
S’agit-il d’un projet pilote ?
Absolument. Nous souhaitons démarrer dans l’Ouest et apporter la preuve du concept avant d’étendre notre association au niveau national. Partout, nous observons des déchets jetés dans la nature, sur les plages, les routes ou les sentiers. Même au pourtour du réservoir de Mare-aux-Vacoas, on trouve une multitude de déchets plastiques qui termineront tôt ou tard dans l’eau… et se transformeront en microplastiques qui sont un danger pour la santé publique.
Quelle est votre perception de l’état de santé du lagon ?
Il y a mon regard, mais il y a surtout des données scientifiques disponibles. Par exemple, la surface corallienne vivante est inférieure à 15 % à Maurice. Ce qui est très faible en comparaison avec d’autres régions du monde, comme les îles Fidji ou même la région Pacifique dans son ensemble, par exemple. L’impact du plastique sur le corail et la vie marine à Maurice est alarmant. Et les microplastiques dans le lagon ont forcément des conséquences sur la santé publique. Une étude scientifique vient de confirmer un rapport entre microplastiques et cancer.
Pourtant, vous faites le choix de rester optimiste ?
Eh oui ! Il y a plusieurs raisons d’être optimiste ! Maurice est classé premier pays ex æquo au niveau mondial pour sa qualité de l’air. Une récente étude scientifique démontre qu’au minimum 93 % des déchets retrouvés sur les plages et les mangroves mauriciennes proviennent de Maurice. Ce qui veut dire que la pollution marine n’est que de notre fait et que, par conséquent, la solution est uniquement entre nos mains et non dépendante d’autres pays comme ailleurs dans le monde. Arrêtons de jeter nos déchets dans la nature et non seulement nous vivrons dans un pays avec une excellente qualité de l’air, mais nous retrouverons vite des eaux pures dans nos lacs, rivières et lagons.
Vous avez l’art et la manière de procéder avec des totems plutôt originaux ?
Oui, nos totems sont des planches de bois peintes de couleurs vives sur lesquelles nous gravons des messages qui font réfléchir… Nos messages ne sont jamais culpabilisants ; ils sont parfois amusants ou même poétiques : «Small Act Big Impact», «Seki to zet isi fini dan vant enn pwason», «Déchet jeté, lagon blessé», «Fer later sourir azordi»… J’ajoute que nos totems sont faits pour durer plus longtemps que l’habitude de jeter. Nos planches de bois sont épaisses, recouvertes de trois couches de peinture tropicalisée et de deux couches de lasure de protection. Le message n’est pas imprimé, mais gravé sur 2 mm de profondeur.
En plus des fonds pour la réalisation des totems, vous avez besoin d’identifier des ambassadeurs bénévoles pour étendre votre champ d’action. Comment cela se déroule-t-il ?
L’approche communautaire est importante. Partout, je souligne que nous avons été bien accueillis et que nous avons obtenu les autorisations avant de poser un totem. Un ambassadeur, c’est par exemple une famille, un restaurateur ou un commerçant qui accepte la pose d’un totem sur sa maison, sa boutique ou son restaurant et qui se fait le relais de Protez Moris : il ramène de nouveaux membres, fait circuler le message, trouve de nouveaux emplacements… et fait «basculer» une zone vers une prise de conscience plus écologique et des actes concrets.
Notre motto : «Plus c’est propre, plus cela reste propre.» Notre objectif est de provoquer ce basculement zone par zone, totem par totem.
Combien de membres compte votre association ?
Protez Moris a moins d’un an d’existence et comptabilise déjà plus de 250 membres. La cotisation annuelle s’élève à Rs 100.
Il y a des membres qui mènent d’autres formes d’action sur le terrain. Lesquelles ?
Nous organisons régulièrement des clean walks sur les plages de la région. Mais, comme avec le projet 1 000 Totems, nous préférons intervenir avant même le geste de jeter. Donc, plusieurs de nos membres interviennent également dans les écoles pour sensibiliser les nouvelles générations autour du sujet central : «Tout ce qui est jeté à terre finit dans la mer.» Le voyage du déchet entre Curepipe et l’océan, le temps qu’il met à se décomposer une fois dans l’océan, son impact sur la vie marine… Les enfants apprécient vivement nos ateliers pratiques.
Votre espoir pour Maurice ?
Plus aucun déchet jeté dans la nature ! Une barrière de corail en croissance et des lagons qui redeviennent luxuriants dans une dizaine d’années. Je suis profondément optimiste et j’ai une grande confiance dans la population mauricienne pour protéger sa nature. Il existe un ensemble de signaux qui me laissent penser que le changement, c’est pour maintenant.
*****
Comment soutenir la protection du lagon dans la région Ouest ?
Plusieurs modalités sont possibles pour participer à cet élan solidaire lancé par Protez Moris, selon ses moyens, et permettre ainsi la pose de totems colorés, pédagogiques, en trois langues (français, anglais et kreol) :
• Par Juice, en sélectionnant Small Step Matters dans Pay a Merchant. Référence : Protez Moris ;
• Par virement bancaire : n° de compte MCB – Small Step Matters : 000444289887. Référence : Protez Moris ;
Pour les entreprises, avec une contribution CSR, merci de prendre contact par mail avec Marie-Laure Ziss-Phokeer : manager@ smallstepmatters.org.
Pour les contribuables individuels, à noter que toute donation électronique pour un montant maximal de Rs 100 000 à une institution charitable reconnue par la Mauritius Revenue Authority (comme Small Step Matters) sera déductible de la taxe.
Publicité
Publicité
Les plus récents