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Travailleur de l’ombre

«Waro», l'homme qui ne sait pas dire adieu au Trail de Rodrigues

3 novembre 2026, 09:33

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«Waro», l'homme qui ne sait pas dire adieu au Trail de Rodrigues

«Waro», fidèle au poste, poursuit les dernières vérifications du parcours avant le grand rendez-vous du 8 novembre.

Depuis les débuts du Trail de Rodrigues, Jean-Claude Ah Kang, plus connu sous le surnom de «Waro», figure parmi les piliers de l'organisation. Responsable du balisage et des volontaires, il connaît les chemins de l'île presque par cœur et consacre une grande partie de son temps à leur préparation. À l'approche de la 17e édition, prévue le 8 novembre, il raconte les exigences d'une mission qui ne lui laisse guère de répit. La retraite ? Il y pense régulièrement. Mais son attachement à l'événement finit invariablement par le convaincre de poursuivre l'aventure.

Jean-Claude Ah Kang se fait régulièrement la même promesse : cette édition sera sa dernière. Il prendra sa retraite, passera le relais et s'accordera enfin un peu de repos. Pourtant, lorsque les préparatifs du Trail de Rodrigues reprennent, celui que tout le monde surnomme «Waro» répond présent. Comme si les chemins de son île exerçaient sur lui une attraction à laquelle il ne pouvait résister. «Tous les ans, je me dis que je vais prendre ma retraite. Mais il y a toujours quelque chose qui me pousse à continuer. Je sens qu'on a encore besoin de moi», confie-t-il.

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Cette fidélité remonte aux premières éditions, lorsque la manifestation commençait à prendre forme autour d'une poignée de passionnés. «Waro» connaissait déjà Arnaud Meunier, membre comme lui du club Rod Riders. Ce dernier, conscient de sa disponibilité et de sa volonté de s'investir bénévolement, lui avait proposé de rejoindre l'équipe aux côtés d'Aurèle André.

Depuis, Waro accompagne le développement d'un rendez-vous devenu incontournable dans le calendrier sportif rodriguais. Aujourd'hui, il assume deux responsabilités essentielles : le balisage et la coordination des volontaires. Deux missions différentes, mais qui exigent toutes deux du temps, de l'anticipation et une présence constante sur le terrain.

Les sentiers n'ont plus de secrets pour lui

Rodrigues, «Waro» la connaît à force de l'avoir arpentée. Du nord à l'ouest, en passant par l'est, il a exploré une grande partie de l'île. Certains chemins figurent sur les circuits habituels, tandis que d'autres, moins fréquentés, continuent d'éveiller sa curiosité.

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Il aime notamment retrouver d'anciens passages, parfois abandonnés, avec toujours cette idée en tête : pourraient-ils un jour offrir de nouvelles possibilités au Trail ?

Cette connaissance du terrain prend tout son sens au moment de préparer la compétition. Le balisage peut lui demander de deux semaines à un mois, selon son emploi du temps et l'état des différentes portions. Certaines doivent être nettoyées, des branches dégagées et des obstacles anticipés avant même que les premières indications soient installées.

Les montées les plus exigeantes réclament elles aussi une attention particulière. Dans les secteurs de Mourouk ou de Montagne Cabris, «Waro» a pris l'habitude de diviser mentalement les ascensions en plusieurs étapes. Une manière de mieux gérer l'effort et surtout de comprendre les difficultés qui attendront les participants.

Le parcours qui l'a le plus marqué reste pourtant celui des 75 kilomètres. Un tour de l'île qu'il considère comme le plus exigeant de tous.

Il garde notamment en mémoire la portion rocheuse située entre Pointe-Coton et Baladirou, où les grosses pierres et les reliefs accidentés compliquent fortement la progression. «Le 75 kilomètres est gravé dans ma mémoire. C'est le parcours le plus difficile pour moi», souligne-t-il. À quelques jours de la 17e édition, ce tracé occupe encore une bonne partie de son temps. Lors d'une récente reconnaissance, «Waro» a passé six heures sur le parcours, de 12h30 à 18h30. Le lendemain matin, il était déjà de retour sur le terrain pour une heure et demie supplémentaire.

Son objectif reste le même : vérifier les passages, compléter le balisage et repérer ce qui doit encore être corrigé. Le travail n'est d'ailleurs pas terminé. Dans la dernière ligne droite, il prévoit de reprendre une nouvelle fois les 75 kilomètres afin de contrôler le tracé et terminer les dernières sections. Des heures passées loin du regard du public, bien avant que les coureurs ne prennent le départ.

Sur le terrain, les préoccupations s'effacent

Cette présence constante dans la nature n'est pourtant pas vécue comme une contrainte. Pour «Waro», les sorties constituent aussi une manière de s'évader du quotidien. Une fois engagé sur les chemins, l'attention se porte sur les obstacles, le travail à accomplir et l'objectif du jour.

Les préoccupations s'éloignent progressivement.

Même loin de la période du Trail, il n'est pas rare qu'il prépare spontanément son matériel pour repartir sur le terrain. Sac, peinture, marteaux, panneaux et clous font partie de ses compagnons habituels. «J'adore ce que je fais», résume-t-il simplement.

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Cette passion explique en grande partie sa longévité au sein de l'organisation. Mais si le terrain lui apporte autant de satisfaction, la gestion des volontaires peut parfois se révéler beaucoup plus éprouvante.

Des nuits sans sommeil

À mesure que le jour de la course approche, les nuits deviennent plus courtes. Les questions se multiplient : les préparatifs sont-ils suffisamment avancés ? Tous les postes seront-ils occupés ? Les bénévoles seront-ils présents comme prévu ?

Ce sont surtout les désistements de dernière minute qui préoccupent «Waro». Un problème de santé, un événement familial ou un autre imprévu peuvent bouleverser une organisation préparée depuis plusieurs semaines. Il faut alors trouver rapidement un remplaçant, revoir les affectations et éviter que cette absence ne perturbe le dispositif. «Lorsqu'un bénévole ne peut pas venir, je dois trouver un plan B tout de suite. Il faut réagir immédiatement pour le remplacer», explique-t-il.

L'expérience aide à trouver des solutions, mais elle ne fait pas disparaître la tension. C'est aussi cette partie invisible de l'organisation que le public découvre rarement. Derrière une ligne de départ et les performances des coureurs se trouve toute une équipe appelée à gérer les urgences jusqu'au dernier moment.

Les femmes, piliers du bénévolat

Lorsqu'il parle de cette équipe, «Waro» tient particulièrement à souligner la place occupée par les femmes. Elles constituent, selon lui, la majorité des volontaires placés sous sa responsabilité et jouent un rôle déterminant dans le fonctionnement de l'événement. «La plupart de mes bénévoles sont des femmes. Je tiens à les remercier pour leur engagement. Elles sont toujours présentes, par amour du Trail», insiste-t-il.

Leur disponibilité et leur fidélité prennent une dimension particulière cette année. La 17e édition se déroule sous le thème «FAM MOTER TRAIL», qui place justement la contribution féminine au centre de l'événement.

KAP_8066 Derrière l’organisation du Trail, «Waro» s’appuie aussi sur une importante équipe de volontaires, dont une majorité de femmes. © Krishna Pather

Pour «Waro», cette reconnaissance est naturelle. Beaucoup donnent de leur temps dans la discrétion, sans chercher à être vus, mais leur présence demeure indispensable au bon déroulement de la manifestation.

«Pour l'amour du Trail»

Après toutes ces années, la fatigue existe. L'idée de s'arrêter aussi. Mais «Waro» ne semble toujours pas prêt à tourner complètement la page. La 18e édition, en 2027, revient déjà dans ses réflexions. Peut-être sera-t-elle la dernière. Il l'a souvent pensé auparavant. «Je me dis que l'année prochaine, peut-être, je prendrai ma retraite. Mais j'espère avoir encore la force et le courage de continuer avec le comité», reconnaît-il.

Ce qui le retient n'est pas seulement le travail à accomplir. Il y a surtout le sentiment d'appartenir à une aventure collective à laquelle il a consacré une grande partie de son temps. Il résume cette relation en quelques mots : «Pour l'amour du Trail.»

Une expression qu'il revendique et qui explique beaucoup de choses : les heures passées sur les chemins, les nuits écourtées, les imprévus, mais aussi l'envie de continuer à épauler ceux qui prendront progressivement davantage de responsabilités.

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À ses yeux, l'essentiel reste que l'esprit du Trail survive aux personnes et aux générations.

Le 8 novembre, «Waro» sera donc une nouvelle fois fidèle au poste. Avec son matériel, ses volontaires et cette connaissance du terrain acquise au fil des années.

Quant à sa retraite, elle attendra peut-être encore.

Jean-Claude Ah Kang n'a toujours pas trouvé de raison suffisamment forte pour dire adieu au Trail de Rodrigues.

Toujours pour l'amour du Trail.

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