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PTR-PMSD : L’équation redevient possible
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PTR-PMSD : L’équation redevient possible
Certaines équations paraissent insolubles jusqu’au jour où l’une des inconnues quitte la table. En mars 2024, avant les élections générales, nous écrivions que Navin Ramgoolam devait résoudre «l’équation impossible» : ménager le rouge, le mauve et le bleu. Le nombre des tickets. Le rang des uns et des autres. Les ambitions personnelles. Les héritages dynastiques. Et, surtout, cette vieille difficulté mauricienne : réunir durablement des alliés qui ont chacun leur histoire, leur ego et leur conception du pouvoir.
Deux ans plus tard, l’équation a changé. Elle redevient même possible. Le 20 mars 2026, Paul Bérenger a quitté le gouvernement et son poste de n°2 de Navin Ramgoolam. Son départ a créé un vide politique et profondément modifié la géométrie du pouvoir. Les rumeurs persistantes d’une entrée du PMSD au gouvernement doivent être lues à travers cette nouvelle configuration.
Le leader du MMM affirme avoir «double-check» ses informations. Selon le scénario qui lui serait parvenu, Adrien Duval démissionnerait, permettant à son père, Xavier-Luc Duval, de revenir au Parlement comme Best Loser – comme sir Gaëtan Duval l’avait fait, en son temps, pour son fils. Le leader du PMSD pourrait alors retrouver le ministère des Finances et Adrien Duval, paradoxalement, le fauteuil de speaker, comme sous le précédent gouvernement MSM.
Politique-fiction, répond le PMSD. Peut-être. Mais l’histoire politique mauricienne enseigne que les «fictions» les plus invraisemblables deviennent parfois des communiqués officiels quelques semaines plus tard. Ce qui importe, au-delà des noms et des postes, c’est le mouvement de fond.
Les relations entre Navin Ramgoolam et Xavier-Luc Duval ne datent pas d’hier. Elles ont survécu aux alliances, aux ruptures et aux campagnes électorales. Le PMSD avait quitté l’Alliance du changement, mais les relations personnelles entre les deux hommes ne se sont pas pour autant évaporées. Au plus fort des récentes émeutes, Xavier-Luc Duval a d’ailleurs appelé le Premier ministre. Les deux hommes ont longuement échangé, comme des hommes d’État et comme deux vieux amis. Ce détail n’est pas anodin. En politique, les coups de téléphone ne sont jamais totalement innocents.
La conférence de presse de Xavier-Luc Duval, la semaine dernière, mérite elle aussi d’être lue entre les lignes. Il n’a pas simplement joué son rôle traditionnel d’opposant. Son discours sur les jeunes ni en emploi, ni en études, ni en formation – les NEET (Not in Employment, Education or Training) –, la pauvreté, l’Extended Programme, le CSR, les crèches et l’Intégration sociale ressemblait davantage à une note de politique publique qu’à un simple réquisitoire. Duval a identifié des problèmes, mais aussi esquissé des solutions. Et il a reconnu les améliorations apportées par le nouveau gouvernement au Foundation Programme. Autrement dit, il n’a pas fermé toutes les portes.
Ce n’est évidemment pas une preuve d’un accord imminent. Mais ce n’est pas non plus le langage d’un homme qui brûle méthodiquement tous les ponts. L’express a souvent relaté les tensions qui traversaient l’ancienne Alliance du changement. Nous avions expliqué comment le MMM avait intérêt à empêcher un rapprochement trop solide entre le Parti travailliste et le PMSD. Une telle proximité réduisait mécaniquement l’espace politique des Mauves et leur capacité de négociation face à Navin Ramgoolam.
En 2024 déjà, la bataille portait sur le nombre et le rang. Navin Ramgoolam avait finalement refusé de donner davantage de terrain au MMM. Avec le recul, ce calcul apparaît moins absurde qu’il n’en avait l’air. Paul Bérenger, sa fille et Chetan Baboolall ont quitté le gouvernement. Une partie majoritaire du MMM, elle, y est restée. Le nombre suffira-t-il pour conserver l’électorat mauve, peut-on se demander...
C’est toute l’ironie de la situation. Celui qui représentait la principale force d’équilibre au sein de l’alliance gouvernementale se retrouve désormais à l’extérieur, tandis que plusieurs de ses anciens camarades continuent de participer au pouvoir. Dans le même temps, le PMSD, qui avait choisi de ne pas faire partie de cette coalition, pourrait retrouver une centralité inattendue.
Rendre publique une alliance avant même qu’elle ne soit conclue peut aussi être une manière de la compliquer. Exposer des tractations supposées à la lumière publique, c’est obliger les intéressés à démentir, à se justifier et à calculer le coût politique d’un rapprochement. La meilleure manière de prévenir une alliance est parfois de convaincre tout le monde qu’elle existe déjà.
Le contexte rend, en tout cas, cette hypothèse moins invraisemblable qu’elle ne l’aurait été il y a quelques mois. Un gouvernement fragilisé par les tensions sociales, confronté aux conséquences politiques des récentes émeutes et à des élections villageoises dont le calendrier demeure incertain, a besoin de stabilité. Or, après avoir laissé entendre qu’elles auraient lieu rapidement, le gouvernement parle désormais d’amendements. Le calendrier devient politique.
L’opposition, elle, cherche à se repositionner. Le MSM se dit prêt. Le FMP (qui dispute l’ADN du MMM) se veut combatif. Le PMSD observe. C’est là que l’équation de 2024 refait surface. Hier, le rapprochement entre Rouges, Mauves et Bleus nous paraissait impossible parce que les trois forces devaient se partager le pouvoir avant même de l’avoir conquis. Aujourd’hui, une recomposition entre Navin Ramgoolam et Xavier-Luc Duval pourrait devenir possible précisément parce que la géométrie du pouvoir a profondément changé.
Un retour de Xavier-Luc Duval au centre du pouvoir – éventuellement aux Finances – et une nouvelle promotion d’Adrien Duval sur le fauteuil du speaker à la place de l’ex-Mauve Shirin Aumeeruddy-Cziffra ne seraient donc pas seulement une affaire de postes. Ce serait une recomposition stratégique.
En politique, il existe deux façons de combattre une alliance : l’empêcher dans les coulisses ou la révéler avant qu’elle ne puisse se faire. La rumeur du PMSD au gouvernement est peut-être à moitié vraie, à moitié fausse. Mais l’empressement avec lequel elle est devenue un sujet politique mérite, lui, d’être pris très au sérieux. Surtout lorsqu’elle semble provoquer autant d’agitation chez ceux qui auraient le plus à perdre de son éventuelle concrétisation. Et puisque nous sommes au lendemain d’Halloween, ajoutons que certains cauchemars politiques ont parfois la fâcheuse habitude de survivre à la nuit à River Walk.
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