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Interview

Lindsay Prosper, décoré à Rodrigues pour sa contribution au secteur des médias : «J’ai attrapé le virus de l’information»

2 novembre 2026, 13:00

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Lindsay Prosper, décoré à Rodrigues pour sa contribution au secteur des médias : «J’ai attrapé le virus de l’information»

Vous avez reçu la médaille d’honneur à Rodrigues, samedi, pour votre engagement dans le monde des médias. Que représente cette distinction pour vous ?

J’ai été agréablement surpris par cette reconnaissance. Pourquoi ? En tant que l’un des nombreux éléments qui évoluent dans le segment information de l’industrie médiatique, je ne me suis jamais vu dans une situation où les projecteurs sont braqués sur moi. L’attribution de cette décoration m’a livré au regard du monde extérieur. J’aime la discrétion. Là, je suis donc obligé d’ouvrir la porte qui jusqu’ici m’a mis à l’écart du regard des autres. Je suis toujours en train de me demander ce que j’ai bien pu faire pour retenir l’attention du comité chargé de sélectionner les récipiendaires de marques de reconnaissance dans le cadre de l’édition 2026 de la célébration de l’accession de Rodrigues au titre d’île autonome au sein de la République de Maurice. Je n’ai fait que mon devoir sans attendre en retour une quelconque récompense de quelque nature que ce soit. Puis-je avouer que j’appartiens à un patrimoine dont la nature me dépasse ? Elle est venue réclamer son dû.

Quand êtes-vous arrivé à Maurice et comment votre carrière de journaliste a-t-elle commencé ?

En quittant Rodrigues le 28 avril 1973 à bord du MV Mauritius, j’ai posé les pieds sur le quai de Port-Louis le 30 avril de la même année.

Puisque vous ne m’avez pas posé la question, je ne vous dirai ce qui a occasionné ce déplacement. Sans doute Rodrigues en tant que phénomène existentiel ne m’a pas autorisé à franchir ce pas. Comment le journalisme m’a-t-il pris en son sein ? À mon retour de France, quelqu’un me demande de venir donner un coup de main à la rédaction du Cernéen, mais le journalisme n’étant pas mon premier amour, j’ai donc opté pour un poste de directeur des ressources humaines dans une usine de la zone franche. Un jour, avec le changement de direction, le nouveau Managing Director me dira : «Comment un type comme toi a pu entrer au Collège du Saint-Esprit où j’ai fait mes études.» Le lendemain, j’ai reçu ma feuille de route… Ivan Martial, alors rédacteur en chef de l’express, m’invite à me joindre à l’équipe de secrétariat de la rédaction pour quelques jours. C’est ainsi que je suis tombé dans la marmite du journalisme où j’ai attrapé le virus de l’information.

Quel regard portez-vous sur le traitement de l’actualité de Rodrigues dans les médias mauriciens ? Quel conseil donneriez-vous aux jeunes Rodriguais qui pourraient être inspirés par votre parcours ?

Je vais sans doute vous surprendre. Je pense que le concept lié à l’autonomie politique devrait s’étendre également au domaine du journalisme. Il faut un modèle de journalisme dont le point de départ se situe à Rodrigues en ayant un regard tourné vers le monde extérieur. Sur ce plan, la Mauritius Broadcasting Corporation fait un travail formidable. Elle a les moyens d’installer une unité de production dans l’île. Prenons l’exemple du problème d’eau. Vu de Maurice, on aurait tendance à croire que le problème d’eau est insurmontable. Rodrigues dispose d’une ressource en eau exceptionnelle à Mourouk. Les natifs de Rodrigues ne laissent pas une goutte d’eau de pluie se perdre en terre. C’est la récolte de l’eau pluviale. Voici ce qu’une dame m’a dit : «L’eau peut ne pas couler dans les robinets pendant un an, cela ne m’affectera pas.» Son secret, outre la récolte de l’eau de pluviale : l’aménagement d’un réservoir sous sa maison et l’installation de deux réservoirs dans sa cour. Elle achète un camion d’eau puisée du réservoir de Mourouk. Parlons maintenant de la question d’ordures. Lors de mon déplacement dans l’île, j’ai voulu offrir en cadeau une pince à ordures à un habitant. Je l’ai retournée dans mes affaires car là-bas, par respect pour l’environnement, les ordures ne traînent pas. Que dire des routes ? C’est comme du velours. Pas un caillou sur la surface des routes. Pas de nids de poule qui sont de vrais pièges pour les automobilistes. Qu’à cela ne tienne ! Les journaux basés à Maurice font tout pour suivre l’actualité rodriguaise. Cependant, les jeunes de Rodrigues sont talentueux, d’où la nécessité d’un ou plusieurs investisseurs qui osent miser sur eux pour valoriser le Made in Rodrigues. Rien n’est impossible avec les atouts des technologies innovantes, dont l’intelligence artificielle. Je profite de cette occasion qui m’a été donnée pour remercier l’Assemblée régionale d’avoir eu l’idée qu’il fallait absolument éviter que cette humble contribution au secteur mauricien des médias ne se perde et se disperse dans et avec le temps.

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